Une tâche partagée – La bataille de L’atlantique

FMAR(A) - Le point de vue de l'amiral / Le 29 avril 2014

Dans l’embouchure du port d’Halifax, le dragueur de mines NCSM Esquimalt repose au fond de l’eau, victime d’une torpille de U-boot qui avait frappé la cible le 16 avril 1945, à peine quelques semaines avant la fin de la guerre.

L’Esquimalt, les 44 vies perdues à bord du navire et le port d’attache si près du lieu de l’épave sont emblématiques des services que les Canadiens ont rendus durant la bataille de l’Atlantique. En reconnaissance de cette grande réalisation nationale, la Marine royale canadienne se joint à l’Aviation royale canadienne, aux anciens combattants et aux citoyens pour commémorer le 69e anniversaire de la campagne le 4 mai 2014.

Ce fut une lutte épique dont l’intensité a fluctué pendant six tumultueuses années; une condition stratégique préalable à la défaite de l’Allemagne nazie. Contrairement aux autres campagnes, elle a amené la guerre au Canada. Des navires ont coulé dans les approches de nos ports, dans les eaux abritées de la baie de la Conception à Terre-Neuve, du détroit de Cabot et du golfe du St-Laurent. La perte du traversier entre Sydney et Port aux Basques, le SS Caribou, qui a causé la mort de 136 personnes, dont 10 enfants, a mis en lumière le fait que la bataille n’avait pas de limite. En tout, elle a entraîné la mort de près de 4 300 membres de la Marine royale canadienne, de la marine marchande canadienne et de l’Aviation royale canadienne.

Le caractère immédiat de la guerre s’est fait sentir à Halifax à de nombreuses occasions. La perte dès le début de l’un des navires de la marine marchande du Canada, le Saint Malo, le 12 octobre 1940 a coûté la vie à 28 marins. Ils étaient originaires de diverses localités de partout au Canada, dont de petites collectivités de la Nouvelle‑Écosse, y compris Bayswater, Creignish, Digby, Granville Ferry et Lahave. Mais la plupart d’entre eux venaient d’Halifax. William Davie, Arthur Knight, Donald McDonald et Frederick Hansen, âgé à peine de 17 ans, ont fait le sacrifice ultime en servant leur nation.

Pour Halifax, les épreuves de la guerre ont marqué une période de l’histoire tout aussi importante que sa fondation, le naufrage du  Titanic ou l’explosion d’Halifax. En fait, la bataille de l’Atlantique est encore présente dans la mémoire des anciens combattants et des citoyens qui ont vécu le drame des six années de lutte pour défaire l’ennemi caché en mer. Mon beau-père, Joseph Purcell, se souvient par exemple encore très bien des scènes du temps de guerre à Halifax.

La réalité d’une ville entière touchée par la Deuxième Guerre mondiale est décrite on ne peut mieux par Thomas Raddall dans son livre « Halifax, Warden of the North ». Il y avait les Américains, prêts à aider, mais pas encore à se battre; il y avait les produits des forêts, des champs et des usines du Canada; il y avait les troupes canadiennes en partance pour l’étranger; il y avait les convois qui s’assemblaient; il y avait les navires d’escorte qui faisaient le plein de carburant et de provisions et qui étaient remis en état pour la longue et dangereuse traversée de l’océan; il y avait les bâtiments gris de la marine marchande, endommagés par les actions ennemies, par les tempêtes ou par des collisions dans des nuits d’encre, qui étaient réparés et qui retournaient au combat. »

Les flottes de navires marchands de l’Europe occupée avaient établi leurs quartiers généraux ici. Des terres étaient expropriées, et des bases militaires, des hangars, des casernes et des écoles construits en toute hâte se multipliaient. Les ateliers, les chantiers navals et les dépôts servaient la grande flotte et grandissaient en même temps que la campagne en mer. À terme, la suprématie des tactiques et de la stratégie, les efforts herculéens déployés et les activités de construction navale menées à une cadence de temps de guerre ont permis de renverser la situation.

Les citoyens se sont aussi joints à la lutte. Le rationnement touchait tout le monde. L’hébergement ne suffisait pas du tout à la demande, les hivers étaient glacials, et les efforts déployés dans le domaine de la construction pour remédier aux pénuries l’étaient à un rythme frénétique.

Les adultes étaient organisés en légions de forces policières, de services d’incendie et de premiers intervenants auxiliaires. Les black‑out étaient mis en vigueur avec grande discipline. Malgré tout cela et la triste réalité des pertes en mer, Halifax nourrissait les marins physiquement et émotionnellement dans les hôpitaux, les églises, les cinémas et les théâtres, les restaurants, les salles de danse et les foyers. La victoire de la bataille de l’Atlantique fut une réalisation conjointe.

Le 4 mai 2014, à 10 h 30, des contingents de la Marine royale canadienne, de l’Aviation royale canadienne et de l’Armée canadienne défileront à Halifax et dans de nombreuses communautés au Canada pour commémorer la bataille de l’Atlantique. Se joindront à nous des anciens combattants de la marine marchande du Canada et d’autres associations militaires, ainsi que des dirigeants gouvernementaux et toutes les personnes inspirées par cette grande réalisation nationale. En mer devant le parc Point Pleasant, le NCSM Sackville, le monument naval du Canada et la dernière de la flotte massive de petites corvettes qui ont contribué à renverser la situation, marquera solennellement l’occasion tout juste devant le Monument commémoratif des marins à Halifax. Les membres du grand public qui voudraient se joindre à leurs Forces armées canadiennes pour assister à cette cérémonie sont certainement les bienvenus.

Nota : vous pouvez suivre le contre-amiral Newton sur Twitter via @greatbigseas. Vous pouvez également rejoindre la communauté des Forces maritimes de l’Atlantique sur Twitter à @MRC_FMARA ou sur Facebook à facebook.com/maritimeforcesatlantic