Une question d’équilibre : Responsabilités envers l’environnement et priorités en matière de sécurité maritime

Galerie d'images

La Vigie - Hiver 2016 / Le 26 janvier 2016

Par Darlene Blakeley

Dans son plan de carrière, Danielle Smith n’avait pas prévu travailler pour la Marine royale canadienne (MRC). En fait, elle aurait sûrement parié qu’une telle situation ne se produirait jamais. La vie est par contre remplie de surprises et elle travaille maintenant depuis près de 13 ans en tant qu’agente de l’environnement auprès des Forces maritimes du Pacifique [FMAR(P)] à Esquimalt, en Colombie-Britannique.

« Je m’imaginais travailler pour une organisation non gouvernementale pour le ministère des Pêches et des Océans (MPO) ou le ministère de l’Environnement, déclare-t-elle. Je n’aurais jamais pu prévoir mon cheminement, ni la satisfaction personnelle que j’en tirerais. » 

Mme Smith est originaire de Vanderhoof, une ville dans le nord de la Colombie‑Britannique, située une heure à l’ouest de Prince George. Elle a terminé la plus grande partie de ses études secondaires aux États-Unis, mais est revenue au Canada pour réaliser ses études postsecondaires. Elle a obtenu un diplôme en technologie de l’environnement du Camosun College, puis un baccalauréat en science de l’environnement de l’université Royal Roads, à Victoria.

Après ses études, elle a travaillé pour une entreprise spécialisée dans le domaine de l’environnement dans l’État de Washington, où elle devait réaliser des relevés biologiques, principalement dans l’État de Washington, en Oregon et en Californie, pour un certain nombre d’espèces, y compris des petits mammifères, des oiseaux et des gastropodes (des escargots et des limaces). Elle a aussi travaillé dans la collection de mammifères du Musée royal de la Colombie-Britannique, pour le United States National Park Service à Cape Cod, au Massachusetts, et en tant que guide d’écotourisme à Victoria.

Un retournement inattendu

Elle a ensuite connu un retournement inattendu dans sa carrière : elle a accepté un poste au sein des FMAR(P) à la Base des Forces canadiennes (BFC) Esquimalt. « En fait, je n’avais pas compris qu’en travaillant pour une organisation dont le mandat principal n’était pas en lien avec l’environnement, j’aurais la possibilité de vraiment changer les choses, explique-t-elle. J’ai eu le privilège de représenter le ministère de la Défense nationale (MDN) pour la protection d’espèces en péril et la désignation d’aires marines protégées, et j’ai eu la chance de travailler avec des militaires qui se consacrent à la protection de l’environnement. »

Dans le cadre de ses fonctions actuelles, elle joue divers rôles. Par exemple, elle apporte un soutien aux opérations de la Flotte en veillant à ce que les lois et politiques sur l’environnement en vigueur soient connues, comprises et intégrées; elle conseille des membres supérieurs d’état-major lorsque les activités à l’appui du mandat de la Flotte se heurtent à l’environnement; elle fournit des briefings sur l’environnement à l’intention du personnel à bord et à terre dans le cadre d’exercices et de préparatifs au déploiement ainsi que sur d’autres sujets comme l’identification des mammifères marins; elle assure la communication avec d’autres ministères, comme le MPO et le ministère de l’Environnement, et les Premières nations de la région pour soutenir les opérations et exercices de la Flotte; elle supervise les projets environnementaux associés à la Flotte comme les études sur les sonars et la démolition; elle élabore des politiques qui concernent particulièrement l’environnement unique et les aires protégées de la côte ouest; elle sensibilise le personnel de la Flotte du Pacifique à l’environnement afin de promouvoir l’intégration des opérations durables dans le processus décisionnel et les activités quotidiennes; et elle représente le MDN au sein d’équipes de rétablissement des espèces en péril.

Mme Smith est la première à admettre que l’environnement unique de la côte ouest pose des défis particuliers. « Comme dans toute chose, les plus grands défis donnent les plus grandes récompenses. Nous vivons à une époque où le contexte environnemental est en constante évolution, autant du point de vue juridique que de la perception du public. On remarquera que les résidents de la côte ouest ont généralement très à cœur la santé et la protection de l’environnement.»

Elle ajoute que les responsables de la protection des aires terrestres et maritimes doivent trouver un moyen d’intégrer de telles attentes et exigences juridiques dans les activités quotidiennes, et ce, tout en fournissant aux militaires l’entraînement et l’expérience opérationnelle qui leur permettront de s’acquitter en toute sécurité et avec succès de leurs obligations au pays et à l’étranger.

« Notre personnel doit réaliser un travail qui est en soi dangereux et mon devoir est de veiller à ce qu’il ne compromette pas notre engagement envers l’environnement, explique-t-elle. Il s’agit d’une question d’équilibre et pour atteindre cet équilibre, il faut bien évaluer où, quand et comment nous menons nos activités. Parfois, de petits changements peuvent faire toute la différence. »

Une meilleure compréhension

De plus, Mme Smith a eu un autre défi à relever : elle n’est pas membre des Forces armées canadiennes (FAC) et ne possède donc aucune expérience militaire, mais elle a tout de même souvent été appelée à fournir des directives aux marins sur certains aspects de leur travail. « Je me fis aux militaires pour mieux comprendre leur travail et définir les façons dont je pourrais apporter la plus grande valeur ajoutée à l’organisation. La clé de la réussite des opérations durables est de reconnaître que nous possédons chacun un morceau du casse-tête. J’estime que mes collègues comprennent que nous avons tous le même objectif, c’est-à-dire réussir la mission. Mon rôle consiste à veiller à ce que nous atteignions notre objectif tout en respectant les engagements pris par le Ministère envers l’environnement et les opérations durables. » 

Selon elle, il est irréaliste de supposer que les militaires devraient également connaître et comprendre d’eux-mêmes la complexité du contexte réglementaire lié à l’environnement. « Sans l’aide de membres du personnel comme moi, présents sur les deux côtes et au centre du pays et responsables du système de gestion de l’environnement qui assure la conformité, le MDN ne réussirait pas à respecter ses engagements en la matière. Le gouvernement fédéral nous accorde une grande portion de son budget et les Canadiens s’attendent à ce que nous évaluions constamment comment, quand et où mener nos activités ainsi que les incidences possibles de nos activités sur les réseaux d’alimentation en eau et en air et le système naturel desquels nous dépendons. » 

Parmi les réussites récentes des FMAR(P), mentionnons un barrage à bulles d’air qui a été construit à Whirl Bay, près de Victoria, en réaction à la mortalité massive de poissons associée à un champ de tir de démolition sous-marin utilisé par l’Unité de plongée de la Flotte (Pacifique) [UPF(P)]. Diverses solutions ont été étudiées et, en collaboration avec le MPO, il a été décidé que le recours à un barrage à bulles d’air pourrait réduire considérablement les conséquences sur la population de poissons dans les environs immédiats.

Mme Smith explique que le barrage est une barrière d’air en forme de demi-cercle créée par un tuyau souple placé sous l’eau, au niveau du sédiment. Les deux extrémités du tuyau croisent le littoral pour former un demi-cercle. Les poissons sont poussés hors de l’enceinte à l’aide de petites charges de dissuasion qui émanent du littoral, au bord de l’espace occupé par l’eau et délimité par le tuyau. Dès que les poissons quittent l’espace, un compresseur d’air remplit le tuyau d’air. Un puissant jet de bulles d’air s’échappe ensuite par de petits trous percés le long du tuyau et forme une barrière qui empêche les poissons de retourner dans l’espace.

« Grâce à cette technologie, nous sommes en mesure de respecter les exigences du permis émis par l’organisme de contrôle et de réduire de manière exponentielle l’incidence de l’entraînement sur les poissons », déclare Mme Smith.

Un engagement envers des opérations durables

Mme Smith ajoute que l’utilisation restreinte de sonars dans l’habitat essentiel des épaulards résidents est un exemple d’engagement pris par les FMAR(P) envers des opérations durables conformément à la Loi sur les espèces en péril du Canada. « L’utilisation de sonars n’est pas explicitement interdite dans l’habitat essentiel, mais elle est définie comme une menace. Les FMAR(P) ont adopté une approche de précaution et ne permettent pas l’utilisation de sonars de coque dans cette aire importante sur le plan écologique. »

La désignation de sites dédiés à la réinhumation de restes humains des Premières nations sur un certain nombre de terrains de la BFC Esquimalt représente aussi un sujet de préoccupation. Il y a un risque que des restes humains appartenant aux Premières nations soient découverts quand des activités sont menées sur les terrains de la BFC Esquimalt, soit principalement pendant la construction de nouveaux bâtiments ou la décontamination de sites historiques.

« En raison du riche passé des Premières nations qui est associé à de nombreux terrains gérés par la BFC Esquimalt, il faut maintenir des relations solides avec les collectivités des Premières nations de la région, explique Mme Smith. L’importance du respect mutuel devient particulièrement évidente quand des restes humains sont découverts. Conformément à la culture et aux traditions, les restes humains doivent souvent demeurer dans le sol où ils ont été placés au moment de l’inhumation. En appui aux pratiques spirituelles des collectivités, la BFC Esquimalt a mis à leur disposition des portions d’un certain nombre de terrains pour les cérémonies de réinhumation de leurs ancêtres. »

De plus, le commandant de la base et d’autres membres supérieurs d’état-major participent aux cérémonies de réinhumation dans le but d’honorer et de soutenir un travail si important, et ce, tout en démontrant que la BFC s’est engagée à renforcer ses relations avec les collectivités des Premières nations avoisinantes.

Même si elle a déjà parié que son cheminement professionnel ne la mènerait jamais dans le domaine militaire, Mme Smith estime que son poste d’agente de l’environnement au sein des FMAR(P) est stimulant et enrichissant. « À tous les paliers de l’organisation, je rencontre des gens qui jouent un rôle actif et qui sont soucieux de changer les choses, dit-elle. Je suis toujours agréablement surprise de constater que les membres des équipes de commandement prennent des engagements sérieux en matière d’environnement et que leurs subalternes acceptent volontiers de relever les défis qui leur sont présentés. Sans un solide leadership, nous n’aurions pas été en mesure de véritablement intégrer l’environnement dans nos activités quotidiennes. »