Un marin canadien commande une force opérationnelle multinationale

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La Vigie - Printemps 2015 / Le 27 avril 2015

Le commodore Brian Santarpia de la Marine royale canadienne a pris le commandement de la Force opérationnelle multinationale 150 (CTF-150) en décembre 2014; il est basé à Bahreïn. La CTF-150 est l’une des trois forces opérationnelles navales internationales de la Force maritime multinationale (FMM) qui regroupe 30 pays.

1. En quoi consiste votre travail en tant que commandant de la CTF-150?

À titre de commandant de la CTF-150, je dirige une équipe de trente personnes, Canadiens et Australiens, ici à Bahreïn pour exécuter les opérations de contre‑terrorisme et de sécurité maritime de la Force maritime multinationale (FMM) au Moyen-Orient. Notre zone d’opérations couvre plus de deux millions de milles marins carrés.

Mon travail comprend trois volets. Premièrement, en vertu du droit et des conventions maritimes internationaux, je suis chargé de mener des opérations de sécurité maritime à l’aide des moyens navals et aériens que la FMM m’a affectés. Ces opérations ont pour but d’assurer la sécurité dans les eaux internationales pour que les navires de commerce puissent traverser librement la région. Pour cela, nous avons des navires en mer et des aéronefs dans les airs qui observent ce que nous appelons « les habitudes de vie ». Ensuite, nous analysons l’information et nous intervenons quand et où c’est nécessaire. Ces opérations viennent s’ajouter aux mesures de contre-terrorisme et de sécurité des pays de la région et visent à perturber l’utilisation des mers pour des attaques ou pour le transport illégale de cargaisons comme des armes, des stupéfiants, des marchandises de luxe, de l’ivoire et, plus récemment, même du charbon.

Deuxièmement, je dois veiller à ce que le personnel et les moyens de la CTF‑150 soient prêts à réagir en cas de menace ou d’attaque terroriste maritime, de crise environnementale ou humanitaire, et de situations en mer où des vies peuvent être en danger. Ces attaques constituent une menace réelle dans la région et elles pourraient avoir des répercussions énormes sur l’économie mondiale. C’est pour cela que nous sommes prêts à dissuader les terroristes et à les empêcher d’exécuter de telles attaques contre les forces de la coalition ou des navires marchands.

Enfin, je suis chargé de rencontrer des dirigeants et de mener d’activités de renforcement des capacités pour aider les marines et les organismes de sécurité de la région à améliorer leur état de préparation et leurs capacités, et aussi pour accroître constamment l’interopérabilité entre tous les partenaires.

2. En quoi consiste une journée normale pour vous?

Ici, nous avons un rythme de combat assez rigide et normalisé. Au cours d’une journée typique, je commence par la séance d’information du commandant du matin donnée par l’équipe de quart (qui fonctionne 24 heures sur 24, sept jours sur sept). Après cela, le personnel et moi discutons des opérations et de l’emploi du temps de la journée, de façon à ce que je sois là où je dois être pour diriger les opérations, tenir au courant la FMM ou rencontrer des représentants d’autres marines partenaires (il y a 30 pays dans la FMM). Quand je ne suis pas dans la salle de surveillance pour recevoir de l’information ou pour donner des directives, à la FMM pour écouter ou pour donner des séances d’information, je passe le reste du temps dans mon bureau à examiner des ordres et à faire du travail d’état-major.

Environ toutes les deux semaines, je dois quitter Bahreïn pendant quelques jours pour rencontrer des dirigeants dans les pays de la région. La sécurité de notre zone de responsabilité nécessite un travail d’équipe à l’échelon international et chaque pays peut jouer un rôle très important. C’est pourquoi, je suis assez souvent en voyage.

3. Combien de Canadiens font partie de votre équipe, et y a-t-il du personnel d’autres pays?

Notre équipe a une composition tout à fait unique et réunit des talents divers. Premièrement, elle est composée de 24 Canadiens et de sept Australiens. Les Australiens viennent de la marine australienne (RAN), alors que le contingent canadien est plus diversifié. Nous avons 17 membres de la Marine royale canadienne (MRC), deux de l’Aviation royale canadienne, trois de l’Armée canadienne et deux de la fonction publique. Il s’agit d’une équipe entièrement interalliée et pluridisciplinaire, qui comprend des membres de tous les services des Forces armées canadiennes. C’est un concept qui fonctionne très bien pour l’Australie et pour le Canada. Je m’attends à ce que notre réussite vienne plus souvent de ce type de coopération à l’avenir.

4. Comment faites-vous pour intégrer efficacement des employés venant de différents pays et ayant des antécédents divers?

Nous avons fait ce que toute équipe, qu’il s’agisse d’un état-major, d’un navire ou d’une autre unité, ferait avant un déploiement : nous avons planifié, nous nous sommes entraînés et nous avons été certifiés. Notre parcours a commencé en juin 2014 lorsque j’ai rencontré notre chef d’état-major de la RAN à Bahreïn pendant la reconnaissance. En septembre, nous nous sommes revus à Ottawa où les principaux membres de l’équipe, le chef d’état-major de la RAN et moi-même avons passé deux semaines pour bien comprendre la mission, acquérir les connaissances nécessaires, rédiger les plans et les ordres, et finaliser le programme d’instruction.

Durant la dernière semaine d’octobre, l’équipe au complet s’est retrouvée à Halifax pour effectuer les exercices préparatoires au Centre de guerre navale (CGN). Cet entraînement, préparé par le CGN et des militaires canadiens et australiens expérimentés de la FMM, a été extrêmement utile. Grâce à lui, nous avons pu nous mettre immédiatement au travail dès que nous avons pris le commandement.

5. Pouvez-vous nous indiquer quelques-unes des difficultés de la CTF-150 et quelques-unes de ses réussites?

La FMM est une organisation militaire unique. Il n’y a pas d’organe directeur qui régit les activités; la participation est purement volontaire. De plus, la FMM n’a pas été constituée par un traité; elle n’est pas non plus le résultat d’un pacte défensif et ce n’est pas une organisation d’application de la loi. Ces caractéristiques donnent à la FMM à la fois de grands avantages et des désavantages. L’organisation est forte, car chaque pays participant apporte un ensemble de compétences unique et un mandat national, ce qui permet aux pays contributeurs de se compléter les uns les autres. Cependant, cela peut aussi être un désavantage, parce qu’on ne peut pas ordonner à un pays d’exécuter une mission qui ne fait pas partie de son mandat national. Par conséquent, la tâche la plus ardue que nous ayons est d’affecter convenablement et efficacement les unités qui nous sont confiées pour produire le meilleur effet opérationnel possible, tout en respectant le mandat national de chacun.

L’autre difficulté est de gérer le débit de la force, qui varie constamment, passant de très peu de navires et d’aéronefs à un nombre considérable de moyens. Dans les deux cas – que l’on ait de nombreux navires et aéronefs ou très peu – l’état-major doit faire preuve de créativité et de souplesse pour accomplir la mission. Pour cela, il faut avoir une compréhension parfaite de celle‑ci, de la région et des limitations nationales de chaque navire ou aéronef qui contribue à la réalisation de la mission.

Jusqu’à présent, notre plus belle réussite a été de parvenir à une interopérabilité efficace entre tous les moyens différents à notre disposition, comme maximiser la couverture aérienne de chaque aéronef pour protéger les moyens déployés en mer, ou avoir de grands bâtiments de guerre soutenant de petits navires de guerre. Ainsi, nous pouvons maximiser le temps que les navires passent sur zone et l’effet opérationnel qu’ils produisent.

6. Pourquoi est-ce important que la MRC occupe ce type de poste avec nos alliés et nos partenaires?

Le Canada, les Forces armées canadiennes et la MRC ont beaucoup à gagner à savoir diriger une force opérationnelle multinationale dans un théâtre opérationnel. Premièrement, cela donne à notre personnel une meilleure compréhension des difficultés associées à la conduite d’opérations de sécurité maritime au sein d’une coalition. Bien que de nombreux pays utilisent des méthodes semblables pour les opérations et le travail d’état-major, d’autres partenaires agissent différemment. Lorsqu’on en aura besoin, les connaissances et l’expérience acquises ici en travaillant efficacement avec d’autres pays seront d’une très grande utilité au Canada. Quand une crise survient, il est trop tard pour apprendre.

Deuxièmement, cela démontre l’engagement pris par le Canada pour travailler avec des partenaires et des alliés afin de garantir la paix et la sécurité en mer au Moyen-Orient et au large de la côte de l’Afrique de l’Est. Le commerce maritime qui passe par le détroit d’Ormuz représente 30 p. 100 des expéditions de pétrole brut du monde, alors que 12 p. 100 du commerce maritime mondial passent par Bab el-Mandeb – la sécurité de ces échanges commerciaux est vitale pour la stabilité mondiale. La protection des voies maritimes de cette région du monde maintient la libre circulation du commerce maritime et contribue à la croissance économique du Canada. De plus, les perturbations au commerce maritime causées par des menaces à la sécurité comme le terrorisme font accroître le coût du transport maritime, créent de l’incertitude sur les marchés financiers et menacent la stabilité de l’approvisionnement en énergie et autres marchandises. Les opérations de sécurité maritime menées dans la zone d’opérations de la CTF-150 sont une réponse proactive à ces menaces.

7. Quand votre commandement prend-il fin et qui vous remplacera?

Le commandement de la CTF-150 est assumé par rotation entre les pays participants pendant une période de quatre à six mois. Notre fonction prend fin en avril et je transmettrai le commandement à la marine française.

8. Comment composez-vous avec le fait que vous êtes absent de chez vous pendant des mois, et que faites-vous pour aider votre personnel, qui se trouve dans la même situation?

Tout d’abord, je suis convaincu que les déploiements comme celui-ci sont plus faciles à gérer quand on a l’appui de ses amis et de sa famille au Canada. Ce serait certainement plus difficile sans ce soutien et je ne remercierai jamais assez les familles et les amis de notre équipe pour leur affection et leur appui.

On remédie à la séparation en étant toujours occupé et en se consacrant entièrement à la mission (après tout, nous sommes ici pour travailler). Toutefois, j’encourage le personnel à maintenir un juste milieu entre le travail et les loisirs afin que nous nous reposions suffisamment quand c’est possible. Nous essayons également de faire du sport et d’organiser des activités sociales en groupe chaque semaine, car c’est bon pour le moral et pour l’esprit de corps.