Un frère de l’ère spatiale

FMAR(A) - Le point de vue de l'amiral / Le 2 octobre 2014

Par le contre-amiral John Newton, commandant de la Force opérationnelle interarmées de l’Atlantique et des Forces maritimes de l’Atlantique.

Dans une marine, certains événements viennent s’ajouter à la mémoire institutionnelle et renforcent les liens. La perte d’un navire au combat ou les actions héroïques d’un équipage en sont des exemples. La mise hors service de navires qui ont servi avec distinction évoquent des sentiments similaires.

Mon premier navire était le NCSM Iroquois, DDG 280 – bâtiment amiral de la classe Tribal, frère de l’ère spatiale, destroyer aux oreilles de lapin et gardien des honneurs de guerre de la Deuxième Guerre mondiale et du conflit en Corée. Mes meilleurs souvenirs me viennent de l’Iroquois.

En fait, tous les hauts dirigeants en service de la Marine ont fait une partie de leur apprentissage sur ses ponts. Le commandant de la Marine royale canadienne, le vice‑amiral Mark Norman, le commandant adjoint de la MRC et le commandant des Forces maritimes du Pacifique ont tous servi à bord de l’Iroquois. Le premier maître de la MRC, le premier maître des Forces maritimes du Pacifique et le premier maître des Forces maritimes de l’Atlantique ont aussi servi à son bord. Son influence se ressent jusque dans les importants bureaux du vice-chef de l’état-major de la Défense et du chef de l’état-major de la Défense, où les adjudants de ces commandements conservent de bons souvenirs de leurs propres histoires de l’Iroquois.

Je me suis joint à un navire de marins experts gonflés à bloc après une périlleuse mission de sauvetage.  Le 4 décembre 1983, l’Iroquois a secouru tous les 20 membres d’équipage du navire de charge Ho Ming sur le point de sombrer dans un coup de vent.  Pour leurs actions, 12 membres de l’équipage de l’Iroquois ont reçu l’Étoile du courage, et six la Médaille de la bravoure.

Le navire était un exemple extraordinaire de technologie canadienne. Il pouvait déployer un sonar dans les profondeurs de l’océan à partir d’un système de mise à l’eau en poupe. On aurait dit que les conditions dans lesquelles nous récupérions le submersible étaient toujours pires que celles dans lesquelles nous l’avions mis à l’eau; la menace de le perdre créait une tension constante entre la passerelle et l’équipe de mise à l’eau. C’était un endroit où s’aventurer la nuit était plutôt effrayant, baigné dans une lumière rouge avec de furieuses vagues qui écumaient à vos pieds.

Nos deux hélicoptères ont mené un nombre incalculable de sorties anti-sous-marines contre une marine soviétique active. La coordination entre les opérateurs de combat à bord du navire et les équipages des aéronefs  nécessitaient une attention de tous les instants; les vols semblaient toujours avoir lieu la nuit et par grands vents. Une merveilleuse invention canadienne, le système d’aide à l’appontage, d’amarrage et de manutention, rendait tout cela possible, parce qu’il faut bien dire que l’Iroquois roulait énormément. Il était une monture parfois capricieuse qui nous laissait épuisés après de longs quarts, incapables de dormir même lorsque nous étions affalés dans nos couchettes.

Le capitaine de l’Iroquois de l’époque est devenu par la suite le chef d’état-major de la Défense par intérim durant la difficile période des années 1990; un leader grandement respecté dans les Forces canadiennes.  Une personnalité de marque même après son service militaire, le vice-amiral Murray a servi ensuite à titre de sous-ministre des Anciens Combattants et de Pêches et Océans.

L’Iroquois a connu de longs déploiements, a souvent pris la mer avec l’OTAN et était le navire-amiral de la Force navale permanente de l’Atlantique (1987) sous le commandement du commodore Lynn Mason. Plus tard, en tant que commandant des Forces maritimes de l’Atlantique, il a influencé les valeurs du leadership lorsque la Marine a procédé rapidement à l’intégration des femmes dans des rôles de combat. Le vice-amiral Mason a ensuite été nommé sous-chef de l’état-major de la Défense et commandant de la Marine.

Notre commandant en second était un capitaine de corvette sérieux. Greg Maddison a travaillé sans relâche à nous faire perfectionner nos qualités d’officier, et il nous a appris comment produire la disponibilité opérationnelle navale ainsi que des concepts tels que le service altruiste. Plus tard, à titre de commandant de la Force navale permanente de l’Atlantique avec sa flamme hissée au mât de l’Iroquois, il a mené l’escadron dans l’ancienne Yougoslavie et fait en sorte que l’opération contribue à étouffer le flot d’armes qui alimentait la guerre civile. Il a aussi commandé le navire, puis a passé quatre années fort occupées en tant que sous-chef de l’état-major de la Défense à superviser toutes les missions des Forces canadiennes.

Au fiI du temps, l’Iroquois a été modernisé et a reçu de nouvelles capacités de commandement et de contrôle ainsi que de puissant systèmes de défense aérienne, lesquels lui permettaient d’assurer la sécurité de groupes opérationnels navals déployés partout dans le monde dans des situations de plus en plus tendues. Appelé à l’action immédiatement après les événements du 11 septembre, il a été le navire-amiral du groupe opérationnel déployé en avant-garde de l’engagement canadien qui est devenu la mission en Afghanistan.  Drew Robertson, alors commodore, a ensuite commandé la Marine, où il a peaufiné les énoncés de besoins des projets du navire de soutien interarmées et du navire de patrouille extracôtier et de l’Arctique.

En 2003, durant un déploiement qui le ramenait en mer d’Oman, l’Iroquois a vu son hélicoptère s’écraser, mais son équipage alerte a réussi à éviter une calamité qui aurait pu être bien pire encore. Le commandant du navire, Paul Maddison, a plus tard commandé la Marine royale canadienne.  Avant cela, il a été commandant adjoint de la Marine et a travaillé de concert avec le vice-amiral  Dean McFadden à lancer la MRC sur son cap actuel de transformation organisationnelle et de renouvellement de la flotte.

Plus récemment, la dernière génération de marins de l’Iroquois mérite une mention tout aussi spéciale. Ils se sont occupés avec diligence de leur fameux navire et ont été très occupés à contribuer à produire la préparation au combat de la classe Halifax durant la modernisation rapide de cette dernière, tout en exécutant des tâches de défense continentale.Si un très, très grand nombre d’officiers et de militaires du rang ont eu le privilège de servir à bord de l’Iroquois, d’autres dans notre Marine ont partagé des expériences similaires à bord de l’Algonquin, du Protecteur et du Preserver. Nous sommes tous intensément fiers de chacun de ces navires à la riche histoire. Il est certain que nous exercerons une influence intelligente et résolue sur les affaires navales, inspirés par les leçons que nous aurons apprises à bord de ces navires exceptionnelles au cours des 44 dernières années.