Persévérance et passion

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La Vigie - Printemps 2014 / Le 24 avril 2014

Par Darlene Blakeley

Elle est une femme puissante, selon le Réseau des femmes exécutives, mais elle est également mère, enseignante, mentor et marin-citoyen.

Le capitaine de vaisseau (Capv) Jill Marrack, commandante adjointe de la Réserve navale, a été désigné comme l'une des 100 femmes les plus influentes au Canada, une distinction qui souligne les contributions des femmes dirigeantes d’exception dans les secteurs privé, public et sans but lucratif. Officier de logistique originaire de Thunder Bay (Ontario), le Capv Marrack a reçu le prix dans la catégorie Chefs de file du secteur public, « en reconnaissance de son leadership, de sa vision et de son orientation stratégiques au sein de la Réserve navale, et en exemple à toutes les femmes qui aspirent à des rôles de leadership. »

« Ce fut pour moi un grand honneur d'être récompensée, affirme le Capv Marrack. Toutes les femmes en liste étaient des femmes inspiratrices, et cela a renforcé l’idée qu’avec une attitude positive, de la persévérance et une éthique de travail exceptionnelle, on peut aller au‑delà de nos rêves. »

Le rêve du Capv Marrack commence dans les années 1970, lorsque le gouvernement canadien introduit le Programme d'emploi d'été pour les jeunes. Financé par le secrétariat d’État et le ministère de la Défense nationale, ce programme offrait aux jeunes Canadiens l’occasion de suivre huit semaines d’instruction militaire générale pendant les vacances d’été.

« À la fin des huit semaines, ravie par l'expérience d’être « en mer » dans le nord de l’Ontario et d’être appelée à diriger, j’étais captivée, et j’ai soumis une demande d’enrôlement auprès du NCSM Griffon, la division de la Réserve navale à Thunder Bay », explique le Capv Marrack.

            Après avoir terminé son baccalauréat en géographie à l’Université Lakehead, le Capv Marrack commence sa carrière d’enseignante, tout en continuant à occuper divers postes au sein de la Réserve navale sur la côte ouest. Elle retourne par la suite à Thunder Bay comme commandant du Griffon, avant d’être affectée au Quartier général de la Réserve navale, à Québec, à temps plein.

Réussissant à combiner ses connaissances militaires et sa compréhension théorique des questions administratives lors d’un stage à l’Institut de management de Singapore, elle obtient également une maîtrise en administration des affaires de l’Université Athabasca.

Dans la vie très occupée du Capv Marrack, tout est une question d'équilibre. Tout en maintenant un horaire de travail très exigeant, elle pratique rigoureusement divers sports, en particulier le ski de fond – elle a remporté à trois reprises la randonnée de ski Sibley de 50 kilomètres de Thunder Bay. Elle a deux garçons, et réussir son rôle de mère est essentiel : « Mes enfants sont très coopératifs et très compréhensifs lorsque le dîner n’est pas encore servi à 20 h. L’un de mes principes est d'habiter près de mon lieu de travail. J’ai presque toujours eu l’occasion de me rendre au travail à pied. Cela permet de gagner du temps et d’arriver à la maison, fraîche et dispose pour entamer les activités du soir. »

La Capv Marrack a une passion pour la Réserve navale et croit que cette institution est vitale pour le Canada : « Nous avons un vaste pays avec deux bases principales [Halifax et Victoria], qui sont à des milliers de kilomètres l’une de l’autre. C’est la Réserve navale qui répond à la reconnaissance de Walter Hose, selon laquelle les Canadiens vivant entre les deux arsenaux maritimes doivent être informés de la nécessité d'une marine. Il n’arrive pas souvent qu’un enseignant de Murillo (Ontario), par exemple, réfléchisse sur le fait que sans la Marine, l’accessoire qu’il vient d’acheter chez Canadian Tire ne serait pas sur les étagères. C’est la Marine qui garantie la liberté des mers aux marchands. »

Le Capv Marrack dit qu’avec la fin de la guerre froide, toutes les organisations de la Réserve sont devenues plus professionnelles : « Le professionnalisme de la Réserve navale est évident, par exemple, dans le travail réalisé par le NCSM Edmonton lors de l’opération Caribbe, qui a joué un rôle essentiel dans la saisie de 639 kilogrammes de cocaïne en une journée, contribuant ainsi à empêcher l’entrée de drogues illicites au Canada. »

Sa fierté à l’égard des marins de la Réserve navale est visible : « Les personnes qui choisissent de servir dans la Réserve navale comptent parmi les Canadiens exemplaires. Ils placent l’intérêt de l’organisation au-dessus de leurs propres intérêts. La modification du calendrier des examens avant l’instruction d’été et toutes les démarches qu’ils entreprennent auprès de leurs employeurs afin d’obtenir des permissions pour aider lors de situations d'urgence nationales comme les inondations survenues au Québec en 2011 ou la tragédie de la Swissair en 1998, en sont des exemples. »

Le Capv Marrack attribue sa réussite à plusieurs personnes, notamment ses parents, ses sœurs, les ex-commandants et capitaines d'armes qui lui ont enseigné que si vous êtes prêt à persévérer et que votre contribution à l’organisation vous tient à cœur, vous réussirez.

Elle pense également que, depuis un certain temps, la Marine royale canadienne est ouverte à l’idée d’avoir des femmes à des postes de commandement. En 1989, Lorraine Francis Orthlieb devient la première femme promue au grade de commodore; en 2009, le Capf Josée Kurtz est la première femme à commander un gros navire de guerre – le NCSM Halifax; et en 2011, Jennifer Bennett devient la première femme à atteindre le grade de contre-amiral, ainsi que la première femme nommée Chef - Réserves et cadets, le poste le plus élevé de la Force de réserve.

Le Capv Marrack dit que d’autres officiers supérieurs, tels que le contre-amiral (à la retraite) Ray Zuliani, ont également ouvert la voie, intégrant pleinement les femmes dans l’équipage malgré le manque de logement pour les femmes matelots à bord des navires à cette époque. « Je pense que le plafond virtuel existe dans nos limites perçues. Pour moi, toute personne qui se consacre au travail réussira », affirme le Capv Marrack.

Elle ajoute cependant qu’elle aimerait travailler avec les alliés de l’OTAN afin de les encourager à encadrer leurs femmes officiers. « Les équipes les plus performantes comprennent des hommes et des femmes, et les défis futurs de la Défense nécessiteront notre sagesse collective. »

L’incidence et l’expérience d’avoir grandi dans le nord de l’Ontario, d’avoir servi sur la côte Ouest et d’avoir vécu au Québec ont développé chez le Capv Marrack un profond sentiment de fierté nationale. Elle sait également que la Réserve navale lui a permis, à elle et à d’autres marins-citoyens, d’exceller comme leaders dans une organisation qui exige le dévouement et le travail acharné, mais qui offre également le défi, la satisfaction et la reconnaissance du mérite.