Les navires de défense côtière surpassent les attentes

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La Vigie - Automne 2015 / Le 3 novembre 2015

Par Darlene Blakeley

Des eaux glaciales de l’Arctique aux eaux chaudes de la mer des Caraïbes, les 12 navires de défense côtière (NDC) de classe Kingston de la Marine royale canadienne ne cessent de cumuler les rôles et de faire leurs preuves.

Mis en service entre 1995 et 1998 comme plateformes d’entraînement en remplacement des bâtiments de garde et de nombreux autres partout au pays, ils ont par la suite été associés à un rôle de démineur.

« Au départ, les navires de classe Kingston étaient destiné à l’instruction des officiers, à l’instruction de base en mer pour la Réserve navale et à des tâches liées au déminage, comme le dragage de mines mécanisé, le levé des fonds marins au moyen de véhicules téléguidés et de sonars à balayage latéral et le soutien des opérations de déminage par plongeur », explique le capitaine de frégate Peter Koch, commandant de la Division côtière, 5e Groupe des opérations maritimes, à Halifax.

L’arrivée de huit patrouilleurs-écoles de classe Orca entre 2004 et 2008 a atténué la demande de navires de classe Kingston pour l’instruction des officiers des opérations maritimes de surface et sous-marines. Ces navires ont été réaffectés à la Réserve navale et leur vocation principale est passée de l’instruction aux opérations.

« Comme l’apport des NDC à l’instruction a été réduit, les programmes opérationnels ont pu être étoffés. Ce sont surtout les opérations dans l’Arctique et dans le Nord canadien et les opérations d’application de la loi dans les Caraïbes qui en ont bénéficié », déclare le Capf Koch.

La Stratégie de défense Le Canada d’abord insiste sur l’importance pour les Forces armées canadiennes de mener des opérations dans l’Arctique canadien. « Puisque leurs construction comprend un givromètre et qu’il peuvent manœuvrer de manière très efficace dans l’Arctique, les NDC sont les navires tout désigné pour la tâche, affirme le Capf Koch. Ils n’ont pas la robustesse d’un navire conçu expressément pour les glaces, mais ils sont conçu pour franchir en toute sécurité de la glace de première année d’une profondeur de 40 centimètres. »

Les missions des NDC en Arctique s’articulent autour d’activités essentielles liées aux opérations de surveillance et de présence, mais elles peuvent également servir à l’atteinte des objectifs d’autres ministères fédéraux, notamment la surveillance des pêches avec Pêches et Océans Canada; la production de levés et de cartes pour le Service hydrographique du Canada; les patrouilles dans les zones de protection de la faune pour Environnement Canada, la recherche d’artefacts qui ont une valeur historique avec Parcs Canada; la contribution à la recherche et au développement pour Recherche et Développement pour la Défense Canada; la disponibilité pour la recherche et le sauvetage ainsi que pour l’intervention en cas d’urgence environnementale.

« Pour les missions dans l’Arctique, les officiers de ces navires suivent le cours sur les opérations dans l’Arctique, et bon nombre d’entre eux ont déjà suivi un entraînement pertinent à bord de navires de la Garde côtière canadienne, explique le Capf Koch. Les membres d’équipage assistent à des séances de sensibilisation à la culture et d’information sur la mission en guise de préparation pour leurs tâches. »

Pour les missions dans les Caraïbes, les NDC ont appuyé la tâche de lutte transnationale contre le crime organisé confiée à la force opérationnelle interorganisationnelle interarmées – Sud des États-Unis (ou JIATF-S). Les navires ont d’abord participé à des activités manifestes et secrètes de recherche de renseignement. Maintenant, ils se chargent surtout de prendre à leur bord des équipes du détachement de l’application des lois de la garde côtière américaine chargées de procéder à des interdictions fondées sur le renseignement en mer.

« Les navire de classe Kingston ont bien rempli leur rôle dans la lutte transnationale contre le crime organisé dans les Caraïbes, poursuit le Capf Koch. La JIATF-S dispose au quotidien d’un éventail de ressources (capteurs aériens, maritimes, terrestres et spatiaux) pour remplir son mandat. Ainsi, même si les détecteurs et senseurs des navires de classe Kingston ne sont pas aussi robustes que certains des autres navires affectés à la mission, leur taille relativement petite permet à la JIATF-S de surveiller des secteurs de moindre profondeur et des concentrations de navires qui circulent en toute légitimité là où des ressources de grande taille ne seraient pas à leur avantage. »

Ces rôles plutôt récents ont mené à de grandes réussites. En effet, pour la première fois depuis les années 1950, des navires de la Marine royale canadienne (MRC), en l’occurrence les NCSM Nanaimo et Saskatoon, ont quitté Esquimalt (Colombie-Britannique) l’été dernier pour partir en déploiement dans le delta du Mackenzie, dans l’Arctique, et pour participer à l’opération Nanook (qui se déroule chaque année au Yukon, dans les Territoires-du-Nord-Ouest et au Nunavut, soit la plus vaste opération de souveraineté à se dérouler dans le Nord du Canada).

Pendant la saison de navigation de 2014, le NCSM Shawinigan a été déployé dans le bassin Kane, au Nunavut, à 80 degrés, 28 minutes de latitude nord. Cette année, le NCSM Moncton a navigué plus loin à l’ouest, jusqu’au centre de l’Arctique, à quelques milles du 100e méridien.

Les navires ont également connu du succès dans les Caraïbes, tant dans la zone d’opération de l’Atlantique que dans celle du Pacifique, et ont contribué à d’importantes saisies de drogue.

Outre les succès qu’ils remportent dans ces tâches émergentes, les NDC continuent de mener à bien ses déploiements à l’appui d’activités générales de renforcement de la souveraineté nationale, de missions d’instruction de déminage et de plusieurs activités de relations communautaires comme la visite des collectivités côtières et le long du fleuve Saint-Laurent.

Ces missions ne devraient pas changer même lorsque la MRC disposera de sa nouvelle flotte de frégates de classe Halifax modernisées, de navires de patrouille extracôtiers de l’Arctique et de navires de soutien interarmées.

« En vertu du principe selon lequel il faut que l’outil soit bien assorti à la tâche à effectuer, les frégates capables de fonctionner dans un environnement de menace intégral n’importe où dans le monde ne seront pas toujours la ressource idéale pour la lutte transnationale contre le crime organisé, les opérations dans l’Arctique ou le déminage, dit le Capf Koch. Or, les navires de classe Kingston ont certainement la capacité de remplir de tels rôles. »