Le NCSM Winnipeg patrouille les eaux très fréquentées de l’Asie-Pacifique

Galerie d'images

Nouvelles de la Marine / Le 8 février 2021

Par le capitaine Chelsea Dubeau

Un navire, deux opérations, trois exercices multinationaux. Un programme intensif d’entraînement en disponibilité opérationnelle – niveau avancé (navires multiples) avant et durant l’exercice RIM OF THE PACIFIC (RIMPAC). Une expérience de déploiement sans précédent, qui a mis la résilience de l’équipage à l’épreuve et qui a montré ce qu’il est possible de faire quand un leadership positif, axé sur les personnes, se conjugue à l’innovation.

Plus encore, ce fut une expérience d’apprentissage à tous points de vue : depuis la planification du déploiement jusqu’au déploiement dans un contexte de COVID, en passant par l’intégration de la dernière et de la meilleure technologie Wi-Fi, par le souci de garder l’équipage motivé et le moral au beau fixe durant un déploiement sans escales, et par la gestion des défis de la chaîne d’approvisionnement provoqués par la pandémie. C’est ce qu’on appelle « naviguer en eaux inconnues ».

Même s’il s’agit d’une région où le Canada mène des opérations depuis des décennies, ce déploiement n’a pas cessé de mettre à l’épreuve les connaissances de l’équipage du Navire canadien de Sa Majesté (NCSM) Winnipeg, parfois de la manière la plus inattendue qui soit. Les eaux de la région sont vivantes et très fréquentées. Elles sont tout sauf bénignes.

Le Winnipeg a été déployé le 1er août 2020 et s’est joint à l’opération PROJECTION en septembre pour mener des opérations de présence navale avancée dans la région de l’Asie-Pacifique.                                           

Pendant son déploiement dans la région, le Winnipeg a également participé à l’opération NEON, qui est la contribution canadienne à un effort multinational coordonné pour soutenir l’application des sanctions imposées à la Corée du Nord par le Conseil de sécurité des Nations Unies. Les sanctions visent à faire pression sur la Corée du Nord afin qu’elle abandonne son programme d’armes de destruction massive. Elles sont aussi une réaction aux essais d’armes nucléaires et aux lancements de missiles balistiques de la Corée du Nord.

Les unités œuvrant sous les auspices de l’opération NEON, principalement une mission de surveillance, sont chargées de recueillir des preuves essentielles sur les navires d’intérêt, ou les navires soupçonnés de se soustraire aux sanctions maritimes, comme les transferts entre navires de carburant et d’autres marchandises interdites par la résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies. Ces preuves sont ensuite soumises à des instances supérieures, y compris le Groupe d’experts des Nations Unies, qui recueille, examine et analyse l’information pour évaluer les cas de non-conformité.

Mais si le détroit de Taiwan était occupé, la mer de Chine orientale était bondée de navires. La nuit, les eaux étaient éclairées à des kilomètres des feux de centaines de navires à proximité. L’opération NEON est menée dans l’une des zones de trafic maritime les plus fréquentées au monde, ce qui rend la tâche d’autant plus difficile lorsqu’on essaie de trouver et de surveiller quelques navires d’intérêt.

« Cette région du globe présente une densité extrêmement élevée de navires de transport de marchandises et de pêche. La gestion des ressources de l’équipage entre deux sorties, la mise en place de stratégies pour couvrir au mieux les zones assignées, la familiarisation avec le système complexe de capteurs de l’hélicoptère servant à localiser les navires d’intérêt sont autant de leçons qui ont été rapidement retenues », a déclaré le major (maj) Kris Sutton, officier de l’air à bord du Winnipeg.

Le CH148 embarqué du Winnipeg s’est révélé un atout inestimable pendant l’opération NEON, étendant la portée du renseignement, de la surveillance et de la reconnaissance du navire au-delà de l’horizon et permettant une surveillance accrue des navires.

« Le CH148 joue efficacement le rôle pour lequel il était conçu. C’est bien d’avoir la validation de sa capacité à exécuter ce type de mission dans un théâtre d’opérations réel », a précisé le Maj Sutton.

Naturellement, le CH148 n’était pas le seul à utiliser un radar pour confirmer qui contrevenait à la résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies. Dans la salle des opérations du Winnipeg, c’est l’essentiel du travail de beaucoup, y compris le matelot de 1re classe (mat 1) David Mason, opérateur de détecteurs électroniques (Marine) (OP DEM).

« Mon travail d'OP DEM est de signaler rapidement tout contact en surface ou dans l’air qui pourrait se produire près de nous à un moment donné. Nous aidons à brosser un tableau de la zone environnante et donnons une idée de la situation à l’équipe de commandement du navire. Au cours de l’Op NEON, notre travail consistait à localiser les radars des navires d’intérêt », a expliqué le Mat 1 Mason.

« Il y avait beaucoup plus de navires marchands et de bateaux de pêche que je ne le pensais, et tous utilisaient des radars de navigation courants. Pendant que nous cherchions les navires d’intérêt qui nous étaient assignés, les seuls radars que nous pouvions repérer étaient des radars de navigation courants, ce qui revenait à chercher une aiguille dans une « botte d’aiguilles ». Heureusement, nous avons pu compter sur l’aide des aéronefs de patrouille maritime alliés et d’un CP140 Aurora pour localiser ces (navires) », a ajouté le Mat 1 Mason.

Le matelot de 2e classe (Mat 2) Chad DeMan est un manœuvrier à bord du Winnipeg et monte fréquemment la garde en tant que vigie sur la passerelle. Son travail consiste à détecter visuellement et à signaler les navires, les débris et autres dangers pour la navigation. Pendant l’opération NEON, le Mat 2 DeMan a signalé et identifié visuellement les navires d’intérêt, ce qui n’a pas été sans difficultés.

« Parfois, on a l’impression d’être sur l’autoroute au milieu de l’océan. Il est difficile de savoir où vont les navires, lequel est prioritaire, et même quels sont les différents pays qu’ils représentent », a dit le Mat 2 DeMan.

La tactique que ces navires peuvent employer pour dissimuler leur identité est une autre difficulté qui se présente lorsqu’il s’agit de les repérer visuellement.

« Il nous est arrivé de trouver un navire d’intérêt et de constater que les renseignements fournis ne correspondaient pas à la description du navire, comme la couleur de la coque, les numéros de coque, ou même certains éléments et caractéristiques à bord du navire », a ajouté le Mat 2 DeMan.

Entre les opérations, les exercices multinationaux et l’entraînement continu, le déploiement du NCSM Winnipeg a été un succès à tous points de vue. Le Winnipeg s’est mérité plusieurs éloges provenant de différents échelons de commandement, tant à l’échelle nationale qu’internationale, pour ses réalisations dans toute une gamme d’activités, y compris la collecte d’images et de données de renseignement, et la lutte anti‑sous‑marine.

Le NCSM Winnipeg est retourné à son port d’attache d’Esquimalt (en Colombie‑Britannique) le 19 décembre 2020. Au cours de son déploiement, le Winnipeg a intercepté 17 navires d’intérêt, observé 13 transbordements de navire à navire, visité le Japon et les États-Unis, mené des opérations avec 9 marines partenaires et participé à 3 exercices multinationaux. Au total, le NCSM Winnipeg a parcouru 29 178 milles marins.

Le 14 décembre, pendant le trajet de retour, le matelot-chef (matc) Duane Earle a été porté disparu. De vastes recherches, auxquelles ont participé l’hélicoptère Cyclone du navire, un CP140 Aurora de l’Aviation royale canadienne, un aéronef de recherche et de sauvetage C27J de la Garde côtière américaine et un C130 Hercules de la Garde nationale aérienne de Californie, ont été menées sur une zone d’environ 2 000 milles marins carrés. Les recherches ont duré 30 heures pour se terminer malheureusement sans succès le 16 décembre.

Les Forces armées canadiennes (FAC) mènent une enquête sur les circonstances de la disparition du Matc Earle.