La MRC se joint à une initiative de l’OTAN pour tirer parti de l’expérience de ses alliés avec leurs systèmes sans pilote

Innovation / Le 4 février 2021

La Marine royale canadienne (MRC) reconnaît, tout comme ses alliés de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), que les systèmes à distance et autonomes seront des outils clés de la guerre navale future et s’est jointe à l’initiative de l’OTAN sur les systèmes maritimes sans pilote (ISMSP).

L’objectif de l’ISMSP est de promouvoir un projet multinational de développement et d’expérimentation de systèmes à distance et autonomes.

Les différents pays qui participent à l’ISMSP en sont à des stades différents de développement et de mise en œuvre de leurs propres technologies.

« C’est vraiment une bonne occasion pour nous de profiter des leçons que nos alliés ont déjà tirées par eux-mêmes en mettant en œuvre leurs propres programmes. Certains sont un peu plus avancés que nous à cet égard », a déclaré le capitaine de frégate (capf) Chris Taitt, chef de section – Systèmes à distance et autonomes, commandement et contrôle, renseignement, surveillance, acquisition d’objectifs et reconnaissance (C2ISTAR) au sein de l’équipe du directeur – Besoins de la Marine (DBM) à Ottawa.

Les pays participants ont beaucoup à offrir et à apprendre les uns des autres dans des créneaux spécifiques, surtout s’ils travaillent ensemble à une stratégie et une doctrine unifiées pour l’utilisation par l’OTAN de systèmes à distance et autonomes, a-t-il ajouté.

« Notre participation à l’ISMSP montre que le Canada continue à valoriser la défense collective. »

« Étant donné que chaque pays de l’OTAN est à court de ressources, si nous œuvrons à l’atteinte d’objectifs communs et trouvons des points communs entre nos programmes respectifs, nous serons tous gagnants. »

« Il s’agit en réalité de mettre en commun notre expérience et nos ressources en matière de systèmes à distance et autonomes au fur et à mesure que nous les acquérons. »

La MRC mène plusieurs projets de systèmes à distance et autonomes qui en sont à divers stades de mise en œuvre, notamment le projet de système d’aéronef sans pilote ISTAR de la MRC, dont elle pourrait faire la démonstration aux participants à l’ISMSP de l’OTAN afin de profiter de leur savoir-faire.

Le projet ISTAR, qui est en phase de définition, aboutira à l’acquisition d’un système d’aéronef tactique télépiloté pour les navires de la classe HALIFAX de la MRC.

La MRC a commencé à utiliser le PUMA, un système maritime d’aéronef miniature sans pilote, sur ses navires de la classe KINGSTON en 2019. Ce système a également été mis à l’essai récemment à bord du nouveau navire de patrouille extracôtier et de l’Arctique, le Navire canadien de Sa Majesté (NCSM) Harry DeWolf.

« Le PUMA est précieux sur le plan tactique et aussi culturel, car il permet à nos opérateurs d’acquérir de l’expérience dans son utilisation et d’intégrer les données qu’il génère au processus décisionnel tactique », a expliqué le Capf Taitt.

« ISTAR rendra les aéronefs nettement plus performants si on le compare au PUMA, ne serait-ce qu’en raison de sa taille. L’aéronef pourra transporter des charges utiles plus avancées et plus sophistiquées, et sera également capable de mener des opérations à des distances beaucoup plus grandes du navire. »

« ISTAR représentera un changement radical pour la MRC pour ce qui est de l’utilisation d’un aéronef à distance, si l’on ne tient compte que du niveau de formation et d’expertise qui sera nécessaire pour utiliser en toute sécurité un avion de ce type. »

Un volet de l’ISMSP sera consacré à l’atteinte d’une certaine interopérabilité et d’une certaine communité entre les systèmes d’aéronef sans pilote utilisés par les alliés de l’OTAN.

« La MRC a beaucoup à apprendre de l’expérience des autres pays quant à l’utilisation physique d’un nouveau système autonome et à distance sur un navire comme les frégates de la classe HALIFAX qui n’ont pas été conçues pour des systèmes à distance et autonomes. Viendra ensuite l’intégration des données au processus décisionnel tactique. »

Un nouveau système d’aéronef sans pilote pourrait à lui seul nécessiter jusqu’à 14 antennes différentes, et comme les navires disposent d’un espace et d’une puissance limités, il faut une norme de l’industrie pour les contrôleurs.

« La MRC a des besoins particuliers puisqu’elle souhaite acquérir un large éventail de systèmes et pouvoir les utiliser tous sur le même navire, alors que les utilisateurs de l’industrie ont des applications particulières qui ne se chevauchent pas nécessairement », a déclaré le Capf Taitt.

« C’est donc de là que vient la nécessité d’avoir de multiples contrôleurs universels. »

Une partie des travaux en cours de la MRC consiste à déterminer comment les nouvelles technologies ou ressources mises au point dans le cadre de cette initiative pourraient être intégrées à la flotte actuelle et future. Les prochains navires de combat canadiens seront dotés d’une baie à missions multiples et d’un pont roulant qui leur donneront l’espace et la flexibilité nécessaires pour stocker des systèmes à distance et autonomes, les lancer et les faire fonctionner.

Les systèmes sous-marins des différents pays ont beaucoup plus de points communs que leurs systèmes d’aéronef sans pilote, et la MRC a beaucoup à apprendre des participants à l’ISMSP sur les systèmes sous-marins.

La MRC a lancé le projet de système télécommandé de chasse aux mines et de déminage afin de pouvoir mener toute la gamme des opérations maritimes de chasse aux mines et de contribuer à la connaissance du domaine sous-marin.

« Comme le système télécommandé de chasse aux mines et de déminage sera nouveau pour la MRC, nous espérons pouvoir mener des entraînements et des exercices/opérations conjointement avec d’autres pays et découvrir leurs concepts d’opération », a déclaré le Capf Jérôme Phaneuf, chef de section – Plateformes navales au sein de l’équipe du DBM.

« En outre, s’il existe des points communs entre les systèmes des pays participants, nous analyserons les leçons que ceux-ci en ont tirées ainsi que leurs méthodes de maintien en puissance, la disponibilité et la maintenabilité des ressources, et le programme d’entretien. »

En plus du projet de système télécommandé de chasse aux mines et de déminage, il est nécessaire de déterminer les intrus potentiels pouvant s’introduire dans les eaux nordiques du Canada par voie sous-marine afin de renforcer la souveraineté, et de mener des opérations autonomes de levés des fonds marins pour dégager les voies de navigation dans les eaux minées ou qui pourraient l’être et pour fournir des données de navigation aux navires de la MRC.

« Cet exercice de la souveraineté sera mieux mené si l’on assure une surveillance efficace, ce qui nécessitera une compréhension très claire du milieu sous-marin de l’Arctique », a expliqué le Capf Phaneuf.

« Ce milieu est complexe par sa géographie et ses caractéristiques physiques comme le fond marin, la couverture de glace et l’acoustique sous-marine, ce qui se traduit par une abondance de données complexes qui changent rapidement. »

Afin d’atteindre le niveau nécessaire de saisie et d’analyse des données, il convient de combiner des plateformes mobiles (sous-marins, véhicules sous-marins autonomes et bouées dérivantes) et des sites fixes (fonds marins, surface de glace et bouées ancrées) dotés de capacités de surveillance persistantes et semi-persistantes. Le Canada pourrait bénéficier de systèmes sous‑marins supplémentaires, ainsi que de l’expérience des autres participants à l’ISMSP qui déploient déjà ces capacités.

Parmi les autres problèmes que l’ISMSP pourrait aider à étudier, citons la recherche d’un espace de stockage pour un système d’aéronef sans pilote plus grand et l’intégration des données qu’il génère au système de gestion des combats du navire, ainsi qu’aux données de renseignement, de surveillance et de reconnaissance provenant d’autres sources.

En novembre 2020, 17 pays participaient à l’ISMSP de l’OTAN : l’Allemagne, le Canada, la Roumanie, l’Australie, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, les États-Unis, la France, la Grèce, l’Italie, la Norvège, les Pays-Bas, la Pologne, le Portugal, le Royaume-Uni et la Turquie.