La bataille de l’Atlantique, 1939-1945

Galerie d'images

Nouvelles de la Marine / Le 30 avril 2021

Chaque année, le premier dimanche de mai, les membres de la Marine canadienne se réunissent pour commémorer la bataille de l’Atlantique, pour rendre hommage à la lutte, aux sacrifices et aux vies perdues, mais aussi pour souligner les actes d’héroïsme et de courage face à des obstacles de taille, comme le mauvais temps et la mer agitée, les petits navires rudimentaires, les espaces restreints et la menace constante d’une attaque par des sous-marins rôdeurs. 

Comme nous ne pouvons pas nous réunir en personne cette année pour célébrer le 76e anniversaire de la fin de cette bataille, il est peut-être plus important que jamais d’en savoir plus sur ce que nous commémorons et pourquoi.

 

Qu’est-ce que la bataille de l’Atlantique? Pourquoi est-elle-importante?

On ne saurait trop insister sur l’importance de la bataille de l’Atlantique, car il est universellement reconnu que sans la victoire dans l’Atlantique, celle des Alliés dans la Seconde Guerre mondiale n’aurait pas été possible.

Même le premier ministre britannique Winston Churchill, qui n’était pas connu pour exprimer des doutes ou de la peur, a écrit dans ses mémoires que la seule chose qui l’ait vraiment effrayé pendant la guerre était la menace posée par les sous-marins allemands lors de la bataille de l’Atlantique.

C’était la plus longue bataille de la Seconde Guerre mondiale, qui a duré du début des hostilités en septembre 1939 jusqu’à la victoire en Europe en mai 1945. Elle a complètement transformé la Marine royale canadienne, qui était une force minuscule, mal équipée et pas assez entraînée, en l’une des plus grandes marines au monde, avec cinquante fois plus d’effectifs et des centaines de navires. 

La victoire a coûté très cher : 4 600 Canadiens et Canadiennes ont perdu la vie, dont des membres de la Marine, de l’Aviation royale canadienne, de la marine marchande et du Service féminin de la Marine royale du Canada.

 

Comment a-t-elle commencé? Pourquoi était-elle nécessaire?

L’Europe continentale étant sous le contrôle de l’Allemagne, le Royaume-Uni se trouvait seul face à la menace nazie. Pour soutenir l’effort de guerre de la Grande-Bretagne, il a fallu y expédier de la nourriture et du matériel de guerre provenant du reste du monde. Pour essayer de couper les vivres à la Grande-Bretagne et d’affamer le pays insulaire, l’Allemagne a mené une guerre sous-marine totale, sans faire de distinction entre les navires de guerre militaires et les navires marchands civils. Des convois ont alors été formés, des navires de guerre (appelés escortes) pour protéger les navires marchands transportant les fournitures. En plus des convois de l’Atlantique, il y avait des convois de l’Arctique qui transportaient des fournitures essentielles vers les ports du nord de l’Union soviétique, afin d’aider ce pays dans sa lutte contre l’Allemagne nazie.

La stratégie des convois consistait à regrouper les navires dans une zone relativement restreinte pour donner à l’ennemi moins d’espace libre pour attaquer et pour augmenter ses pertes en concentrant les escortes. Or, les escortes étaient souvent en infériorité numérique, mal équipées et manquaient de marins, ceux qui les composaient ayant souvent été formés à la hâte.

 

Convois  

Il y avait deux principaux types de convois :

Les convois lents (SC) étaient composés de navires qui avançaient à une vitesse de moins de 9 nœuds, généralement même moins vite, 7 nœuds étant la vitesse courante. Ils allaient de Sydney, en Nouvelle‑Écosse, à Liverpool, au Royaume-Uni, en 20 jours environ. Il y en avait 117 pendant la bataille de l’Atlantique, soit plus de 6 800 navires au total, dont environ 340 ont été perdus.

Les convois rapides (HX) partaient d’Halifax, et par la suite de New York, et faisaient généralement la traversée de l’Atlantique vers l’Angleterre en 15 jours. Il y en avait 377, soit plus de 20 000 navires, dont 200 ont été perdus.

Le plus grand convoi de la guerre a été le HX 300 (juillet - août 1944). Il était composé de 160 navires qui sont arrivés sans incident et sans pertes. 

Les principaux navires d’escorte canadiens affectés à ces convois étaient la corvette, la frégate et le destroyer (voir les photos).

 

Guerre anti-sous-marine

Comme l’ennemi menait des attaques sous-marines sans restriction, le plus grand défi était la guerre anti-sous-marine, ou GASM, et au début de la guerre, les Alliés n’étaient pas bien préparés pour relever le défi. Les principales armes utilisées dans la GASM étaient l’ASDIC (sonar) et les grenades sous-marines lancées depuis les navires pour attaquer les sous-marins sous l’eau. Ces deux armes avaient une efficacité limitée : le sonar ne fonctionnait que lorsque le sous-marin était immergé, mais les U-boot (sous-marins allemands) intervenaient régulièrement à la surface la nuit. Pour utiliser les grenades sous-marines, le navire devait couper le contact sonar, car celles-ci étaient lancées depuis la poupe alors que le sonar pointait vers l’avant.

Toutefois, en raison des pertes croissantes en vies humaines et en navires, les armes et les tactiques de GASM se sont rapidement améliorées au cours de la guerre, si bien que les Alliés ont fini par avoir le dessus sur les U-boot. Le perfectionnement de la tactique des navires multiples, à savoir qu’un navire suit le U-boot pendant que les autres attaquent, a contribué à réduire les pertes, tout comme le déploiement d’armes à tir en avant, telles que le Hedgehog et le Squid.

Des technologies plus récentes comme le radar et la radiogoniométrie haute fréquence, bien qu'elles aient pris du temps à être installées dans les corvettes canadiennes, ont également contribué à renverser le cours de la bataille contre les sous-marins. Grâce à la radiogoniométrie haute fréquence (que l’on prononçait « Huff-Duff », abréviation de High-Frequency Direction Finding) les navires ont pu capter les transmissions radio des U‑boot et déterminer leur position. La prise de la machine Enigma, un dispositif de cryptage allemand, a permis aux Alliés de décoder les transmissions des U-boot, et cette capacité de décodage, ajoutée à la radiogoniométrie haute fréquence, a aidé les Alliés à suivre, intercepter et traduire les communications des U-boot, leur offrant ainsi un avantage décisif.

 

Le bilan : navires perdus pendant la bataille de l’Atlantique

Chaque année, à l’occasion du dimanche de la bataille de l’Atlantique, une cloche sonne pour chacun des navires perdus pendant la bataille et pour les personnes qui ont péri avec eux.

  • Adversus. Il s’est échoué le 20 décembre 941 dans l’île McNutts, près de Shelburne (N.‑É.), aucune perte de vie.
  • Alberni. Le 21 août 1944, la Manche, 49 vies perdues.
  • Athabaskan. Coulé par l’ennemi, le 29 avril 1944, au nord de l’île Vierge, au large des côtes de la Bretagne (France), 128 vies perdues.
  • Bras D’or. Le 19 octobre 1940, fleuve Saint‑Laurent, 30 vies perdues.
  • Charlottetown. Le 11 septembre 1942, fleuve Saint‑Laurent, 10 vies perdues.
  • Chedabucto. Le 21 octobre 1943, fleuve Saint‑Laurent, 1 vie perdue.
  • Clayoquot. Le 24 décembre 1944, aux abords d’Halifax, 8 vies perdues.
  • Esquimalt. Le 16 avril 1945, aux abords d’Halifax, 44 vies perdues. Dernier bâtiment de guerre canadien à couler pendant la Seconde Guerre mondiale.
  • Fraser. Le 25 juin 1940, golfe de Gascogne, 47 vies perdues.
  • Guysborough. Le 17 mars 1945, golfe de Gascogne, 51 vies perdues.
  • HDC 15 (patrouilleur de défense côtière). Le 14 avril 1943, Saint John (N.-B.), 6 vies perdues.
  • Lévis. Le 19 septembre 1941, Atlantique Nord, 18 vies perdues. Première corvette à couler durant la Seconde Guerre mondiale.
  • Louisbourg. Le 6 février 1943, la Méditerranée occidentale, 37 vies perdues.
  • Margaree. Le 27 octobre 1940, nord-est de l’Atlantique, 142 vies perdues.
  • Vedettes lance-torpilles 459, 461, 462, 465, 466. Le 14 février 1945, Ostend (Belgique), 26 vies perdues.
  • Vedette lance-torpilles 460. Le 2 juillet 1944, la Manche, 11 vies perdues.
  • Vedette lance-torpilles 463. Le 8 juillet 1944, la Manche, aucune perte de vie.
  • Ottawa. Le 13 septembre 1942, Atlantique Nord, 113 vies perdues.
  • Otter. Le 26 mars 1941, au large d’Halifax, 19 vies perdues.
  • Raccoon. Le 7 septembre 1942, fleuve Saint Laurent, 37 vies perdues.
  • Regina. Le 8 août 1944, côte Nord, Cornwall, 30 vies perdues.
  • St Croix. Le 20 septembre 1943, Atlantique Nord, 147 vies perdues.
  • Shawinigan. Le 24 novembre 1944, détroit de Cabot, 91 vies perdues.
  • Skeena. Le 25 octobre 1944, Islande, 15 vies perdues.
  • Spikenard. Le 10 février 1942, Atlantique Nord, 57 vies perdues.
  • Trentonian. Le 22 février 1945, la Manche, 6 vies perdues.
  • Valleyfield. Le 6 mai 1944, nord-ouest de l’Atlantique, 123 vies perdues.
  • Weyburn. Le 22 février 1943, détroit de Gibraltar, 8 vies perdues.
  • Windflower. Le 7 décembre 1941, nord-ouest de l’Atlantique, 23 vies perdues.
  • Ypres. Le 12 mai 1940, Halifax, aucune perte de vie.

 

La couverture aérienne et la zone noire du milieu de l’Atlantique

La puissance aérienne a joué un rôle essentiel dans la bataille de l’Atlantique, les aviateurs de l’Aviation royale canadienne et de la MRC protégeant les convois en repérant et en traquant les sous‑marins. Toutefois, compte tenu du rayon d’action limité des avions à l’époque, il y avait une section de l’Atlantique qui était hors de portée des avions de guerre basés à terre. Dans cette zone du milieu de l’Atlantique, appelée zone noire par les marins, les convois étaient particulièrement vulnérables, mais en mai 1943, cette faille avait disparu grâce à l’utilisation croissante des bombardiers Liberator à très longue portée et des porte-avions d’escorte.

 

L’héritage

Pendant qu’ils escortaient des convois au cours de la bataille de l’Atlantique, les navires de la MRC ont coulé 33 sous-marins ennemis, un chiffre non négligeable, mais qui ne représente qu’un faible pourcentage des 1 000 sous-marins coulés par les Alliés pendant la guerre. La véritable mesure du succès résidait dans l’escorte en toute sécurité des navires marchands, et c’est dans ce domaine que la MRC s’est démarquée. Une très grande partie des 25 000 navires qui ont traversé l’Atlantique en toute sécurité ont été escortés par des Canadiens. Grâce à la lutte contre les U-boot et aux leçons qu’elle en a tirées, la MRC a trouvé son domaine d’expertise pour les 50 prochaines années, soit la guerre anti-sous-marine.

 

Les héros de la bataille de l’Atlantique

Une bataille ne se résume pas à des faits et des chiffres. Ce qui compte, ce sont les gens qui ont combattu, ainsi que leurs histoires de courage et de détermination. Voici quelques-unes de ces histoires, mais il y en a beaucoup d’autres. Pour en savoir plus sur d’autres héros de la Marine canadienne, cliquez ici. 

Max Bernays était le capitaine d’armes du Navire canadien de Sa Majesté (NCSM) Assiniboine quand le navire a coulé le sous‑marin allemand U-210. Max a ordonné aux deux autres marins qui se trouvaient dans la timonerie en feu de sortir et de le laisser seul. Il a ensuite transmis par télégraphe des dizaines d’ordres à la barre et à la salle des machines pour contribuer au combat naval. Il a reçu la Médaille pour actes insignes de bravoure en reconnaissance de ses actions, et l’un des nouveaux navires de patrouille extracôtiers et de l’Arctique (NPEA) de la MRC porte son nom.

Margaret Brooke, infirmière de la MRC, se trouvait à bord du traversier SS Caribou quand celui-ci a été torpillé et coulé au large des côtes de Terre-Neuve-et-Labrador. Pour sa vaillante tentative de garder une autre infirmière en vie dans l’eau glaciale, l’Ens 1 Brooke a été nommée membre (Division militaire) de l’Ordre de l’Empire britannique. L’un des NPEA de la MRC porte son nom.

Harry DeWolf était le commandant du NCSM Haida, aussi appelé « le navire le plus combatif de la Marine royale du Canada ». Le Haida a coulé plus de tonneaux de jauge de navires ennemis que tout autre navire de guerre canadien. Le premier NPEA de la MRC a été nommé en son honneur. 

Walter Hose a occupé le poste de chef d’état-major de la Marine canadienne de 1928 à 1934. On lui doit d’avoir sauvé la Marine royale canadienne pendant l’entre-deux-guerres. Il a fondé la Réserve de volontaires de la Marine royale du Canada (RVMRC), qui a joué un rôle essentiel dans la bataille de l’Atlantique en fournissant le personnel nécessaire pour mener le combat.

John Stubbs était le commandant du NCSM Assiniboine quand le navire a coulé le sous‑marin allemand U-210, période durant laquelle il a reçu l’Ordre du service distingué. Il était le commandant du NCSM Athabaskan quand le navire a été coulé au large des côtes de la France, tuant le Capc Stubbs et 127 autres.

__________________________________

Cet article donne un aperçu général de la bataille de l’Atlantique. Pour un compte rendu plus complet, veuillez consulter ce chapitre de l’ouvrage Le Service naval du Canada 1910-2010, publié à l’occasion du centenaire de la MRC.
________________________________________