État stable : La flotte de sous-marins de la classe Victoria est désormais opérationnelle

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La Vigie - Printemps 2015 / Le 27 avril 2015

Par Darlene Blakeley

« La vie est bonne dans les sous-marins! 

L’excitation est palpable dans les mots prononcés par le capitaine de vaisseau (Capv) Jamie Clarke, commandant de la flotte de sous-marins du Canada. « Des petits équipages serrés et entourés d’équipement ultra-perfectionné que chacun aura la chance d’utiliser, des missions inspirantes et de grandes responsabilités – que demander de plus? »

Il a fallu beaucoup de travail pour se rendre à l’état stable, mais nous avons enfin trois sous-marins de la classe Victoria dans leur cycle opérationnel alors qu’un quatrième subit d’importants travaux de maintenance; c’est donc une période très stimulante pour être sous-marinier dans la Marine royale canadienne (MRC).

Le Capv Clarke s’empresse de féliciter ceux à qui l’on doit l’état présent de ces véhicules ultra-complexes. « Je suis extrêmement fier des équipages, du personnel des deux installations de maintenance de la flotte, du personnel d'ingénierie et de la gestion du programme à Ottawa ainsi que de nos partenaires de l'industrie civile, » affirme-t-il. « La vie à bord d’un sous-marin est très semblable à un sport d’équipe, son succès dépend directement d’une étroite collaboration. »

Les navires sous-marins canadiens de Sa Majesté Windsor, Victoria et Chicoutimi étaient tous en mer en date de décembre 2014 et ont passé un total cumulatif d'environ 260 jours en mer tout au long de l’année. Le Corner Brook est actuellement amarré au chantier naval de la Victoria Shipyards jusqu'en 2017 en vue de sa période en cale sèche prolongée (PCSP).

Les sous-marins canadiens sont généralement en service selon un cycle opérationnel où chaque navire est mis à la disposition de la flotte pour une période de six ans, appelée la « période opérationnelle », après laquelle il fait l’objet de grands travaux de maintenance durant la PCSP.

Les trois sous-marins opérationnels devront quand même faire l’objet de courtes maintenances en service pour s’assurer qu’ils sont toujours prêts. Ces périodes de maintenance sont planifiées mais signifient aussi que les sous-marins ne peuvent pas être mis en mer 365 jours par année pour les six années d’opérations entre les PCSP.

« Mon intention est d’établir des calendriers de programme semblables à ceux de la flotte de surface, qui permettront aux sous-mariniers de passer suffisamment de temps en mer pour acquérir une expertise et la maintenir à jour, tout en assurant aux équipages un équilibre raisonnable entre le temps passé en service et à la maison » explique le Capv Clarke. « Nos sous-marins continueront d’aller en mer pour entreprendre une vaste gamme d’activités. »

Recrutement à un niveau jamais vu

La formation des sous-mariniers varie selon le groupe professionnel militaire; tous les nouveaux sous-mariniers doivent suivre le même cours élémentaire de sous-marinier et l’accréditation subséquente avant d'obtenir leurs dauphins. « Tous les sous-mariniers doivent avoir une connaissance approfondie de leur sous-marin et être en mesure de faire fonctionner les systèmes principaux – ce qui est une différence importante par rapport à nos collègues dans les navires de surface » mentionne le Capv Clarke. « Comme pour tous les marins et les officiers dans la MRC, l'apprentissage est continu dans la carrière du sous-marinier. »

La MRC travaille à recruter de nouveaux sous-mariniers. « Les structures assurant la formation et l’accréditation de personnes fonctionnent mieux si elles ont un système exploité en continu, par opposition à un système qui a des cycles d'expansion et de ralentissement », explique le Capv Clarke. « Cela permet à nos formateurs de rester à jour et d’offrir un niveau d’instruction supérieur aux nouveaux sous-mariniers. Depuis les deux dernières années, le recrutement a d’ailleurs atteint un niveau record. »

Selon le Capv Clarke, ce qui attire les gens vers la carrière de sous-marinier est le sens de l’aventure et la possibilité d’utiliser de l’équipement ultra-perfectionné.

Un atout stratégique

La flotte de sous-marins de la classe Victoria représente un atout stratégique important pour le Canada. Les sous-marins sont furtifs, meurtriers et tenaces, ce qui en fait des systèmes idéaux pour assurer la surveillance et recueillir du renseignement. En cas de crise imminente, leur présence peut influer profondément sur le processus décisionnel régional et, si la dissuasion échoue, leur capacité de frapper d’une façon meurtrière peut contribuer de façon décisive aux opérations de combat, qu’il s’agisse de défendre les forces de surface ou de menacer les forces adverses.

Les sous-marins de la classe Victoria sont extrêmement polyvalents; ils peuvent naviguer par tous les temps pendant des périodes maximales de 45 jours et remplir divers rôles pour satisfaire aux exigences du Canada, soit posséder une flotte navale équilibrée, polyvalente et efficace au combat. De plus, les sous-marins remplissent tout un éventail de rôles maritimes en temps de paix, y compris les suivants : patrouiller dans les zones de pêche; surveiller les trois côtes canadiennes; soutenir les organismes d’application de la loi en mer et d’autres ministères de l’État; maintenir les compétences de la flotte; respecter les engagements bilatéraux avec nos partenaires dans la défense du continent; participer aux exercices multinationaux; et dissuader les terroristes, les contrebandiers et les pollueurs.

« D’abord et avant tout, le Canada est un pays maritime », affirme le Capv Clarke. « Notre pays possède le plus long littoral du monde et la prospérité de notre nation est intrinsèquement liée à la mer. Comme l’a souligné le Premier ministre Harper lors de l'inauguration du Monument de la Marine royale canadienne en 2012 “... le Canada et son économie flottent sur l’eau de mer ...” Afin de protéger notre prospérité, il est important que nous sachions ce qui se passe au-dessus, à la surface et sous la surface des océans de notre planète. » 

Le rôle polyvalent que joue la Marine avec ses sous-marins est essentiel pour comprendre ce qui se passe dans le secteur maritime. « Un sous-marin pleinement avitaillé peut prendre la mer et disparaître, affirme le Capv Clarke. Il peut détecter et surveiller des activités dans de vastes régions des océans, et ce, sans être détecté, lui permettant ainsi d’observer et de rendre compte de comportements et d’activités quel que soit l’endroit où il se trouve. Un seul sous-marin en mer dans une période de crise peut faire modifier les opérations d’autres forces navales ou de gouvernements étrangers. Un seul sous-marin diesel est un précieux outil de diplomatie pour le gouvernement du Canada. »

Un membre du « groupe de la flotte de sous-marins »

Les sous-marins canadiens constituent également un volet important de la relation stratégique du Canada avec les États-Unis. Notre pays adhère à un régime mondial de « gestion de l’espace maritime » dont les principaux pays alliés dotés de sous-marins se servent pour prévenir l’interférence mutuelle. À titre de membre du groupe de pays disposant d’une flotte de sous-marins, le Canada bénéficie d’un accès privilégié à des renseignements dont il ne pourrait autrement prendre connaissance.

« Les sous-marins de la classe Victoria sont très compétents et sont les égaux des sous-marins diesel de nos alliés » dit le Capv Clarke. Il explique qu’à leur arrivée au Canada en 1998 en provenance de la Grande-Bretagne, les sous-marins ont été munis de systèmes de contrôle de tir à la fine pointe de la technologie, ont été convertis afin de lancer des torpilles américaines, et ont vu leur équipement de navigation être considérablement amélioré. Depuis ce temps, un sonar principal ultra-perfectionné a été installé à bord du Windsor et le même sonar sera installé dans les autres sous-marins de la classe.

L'organisme technique responsable de la supervision de la classe, soit le Directeur – Gestion du programme d’équipement maritime (Sous-marins), a mis au point un plan complet visant à mettre à jour la plupart des systèmes à bord des sous-marins. De nouveaux mâts de communications, des torpilles lourdes modernisées et de l’équipement technique de surveillance ont déjà été achetés et seront installés à bord de tous les sous-marins de la classe.

Les sous-marins canadiens peuvent travailler de manière transparente avec nos alliés. L’été dernier, le Victoria a participé à l’exercice Rim of the Pacific (RIMPAC) – le plus grand exercice de guerre navale au monde. De plus, les sous-marins de la classe Victoria ont effectué des opérations d’Oslo à Hawaï et de l’île de Baffin au canal de Panama, couvrant ainsi une partie importante du globe en participant à des exercices et en collaborant avec leurs alliés.

Diesel-électrique contre nucléaire

Grâce à ses capacités de furtivité et à sa manœuvrabilité accrue inhérente à sa plus petite taille, ainsi qu’à son système de propulsion électrique extrêmement silencieux, le sous-marin diesel-électrique classique comme celui de la classe Victoria a, dans certaines situations, des avantages sur son homologue nucléaire, particulièrement en eaux littorales et aux points d’étranglement stratégiques.

« Les sous-marins diesels sont des navires de manœuvre tandis que les sous-marins nucléaires sont des navires de positionnement, explique le Capv Clarke. Les sous-marins diesels comme ceux de la classe Victoria sont extrêmement manœuvrables et nos équipages ont reçu une formation leur permettant d’être à l’aise de mener des opérations en eaux très peu profondes et à proximité du rivage. »

Que ce soit pour jouer un rôle dans le maintien de la souveraineté du Canada comme l'a fait le Corner Brook dans les eaux arctiques en 2007 et de nouveau en 2009, pour mener des missions de lutte contre les narcotiques dans les Caraïbes et dans l'Est de l'océan Pacifique comme l'ont fait le Corner Brook et le Victoria, pour participer à des exercices nationaux et internationaux afin de développer leurs compétences et celles des autres marins de la MRC et des alliés, ou pour tout autre contexte d'opérations internationales, les sous-marins canadiens continueront d'aller en mer. « Et ils seront très occupés », conclut le Capv Clarke.

État de chacun des sous-marins

NCSM Victoria

Le NCSM Victoria a été déclaré entièrement opérationnel en 2012. Depuis lors, il a pris part à divers exercices internationaux avancés tels que le Rim of the Pacific (RIMPAC), où il a montré les capacités modernes et uniques que présentent les sous-marins de la classe Victoria tout en offrant des occasions d’entraînement à la lutte contre les sous-marins à des navires canadiens et d’autres pays. Dans le cadre du RIMPAC 2012, le Victoria a été le premier de sa classe à lancer la torpille  Mk48 de la MRC, et a coulé l’ancien USNS Concord, un navire hors service de la US Navy.

Cela a fait la preuve nette de la létalité des sous-marins de la classe Victoria. Le Victoria a travaillé avec les Forces spéciales durant un exercice interarmées en 2013 et d’autres exercices de défense continentale binationale, et a aussi pris part à des opérations au nom du Canada.

NCSM Windsor

Le NCSM Windsor est entré en cale sèche en 2014 pour permettre le remplacement de l’une de ses génératrices. La MRC a profité de cette période en cale sèche pour accélérer l’installation déjà planifiée de certains nouveaux dispositifs excitants, y compris un système de sonar d’étrave de pointe dont l’installation n’était pas prévue avant 2016. Le nouveau système de sonar permettra de faire entrer toute la suite sonar de la classe Victoria, qui datait des années 1980, dans le 21e siècle – afin que les bâtiments puissent continuer d’agir au nom du Canada devant les menaces maritimes émergeantes. Le Windsor était de retour en mer en décembre 2014. 

Le Windsor a navigué de juin 2005 à décembre 2006, passant, uniquement en 2006, 146 jours en mer. Il a participé à plusieurs exercices canado-américains de grande envergure et développé ses capacités de forces d’opérations spéciales tout en s’entraînant avec des navires canadiens à perfectionner des techniques de guerre essentielles. Le Windsor a aussi pris part au premier rendez-vous de parachutage en mer mené avec les éclaireurs-patrouilleurs (des soldats spécialistes de l’insertion et de l’extraction de forces de remplacement). Le navire a également effectué plusieurs patrouilles de souveraineté au large de la côte Est du Canada à des fins de renseignement, de surveillance et de reconnaissance. Depuis la fin de sa période de grands travaux de maintenance en 2012, le Windsor a passé un total de 174 jours en mer.

NCSM Chicoutimi

Le NCSM Chicoutimi a terminé sa période en cale sèche prolongée et est revenu à la flotte de la MRC en décembre 2014. Il s’agissait de la première période en cale sèche prolongée menée par l’industrie en vertu du contrat de soutien en service de la classe Victoria. Ce contrat met en lumière une initiative et un partenariat stratégique clé de partage des connaissances entre la MRC et l’industrie canadienne. Le retour aux opérations réussi du Chicoutimi a été rendu possible par toutes les compétences et le talent de la communauté des sous-mariniers du Canada et les relations forgées avec l’industrie. Ces partenariats ont permis l’établissement de nouvelles chaînes d’approvisionnement et d’une logistique intégrée pour le maintien en puissance de ces systèmes d’armes complexes.

NCSM Corner Brook

Le NCSM Corner Brook est à quai au chantier Victoria Shipyards Co. Ltd., à Esquimalt (C.-B.), où il se soumettra à sa période en cale sèche prolongée dans le cadre du contrat de soutien en service de la classe Victoria avec  Babcock Canada Inc. Il restera en cale sèche jusqu’en 2017.

Le Corner Brook a participé à divers exercices de l’OTAN et canado-américains, recevant beaucoup d’éloges pour son opposition farouche simulée aux forces aériennes et de surface de l’OTAN et des États-Unis. Il a été déployé dans la région arctique, dans le cadre de l’opération Nanook, d’abord en août 2007, puis en août 2009, prenant part à un exercice de lutte contre le trafic de stupéfiants et menant des patrouilles de surveillance secrète dans les environs de l'île de Baffin. En mars 2008 et également en 2011, le sous-marin a été déployé dans le cadre de l‘Opération Caribbe. Le Corner Brook a reçu une mention élogieuse du CEMD en 2008 pour son excellence opérationnelle.

Les membres de l’équipage du Corner Brook ont reçu la Médaille du service opérationnel pour la participation réussie de leur sous-marin à l’Opération Caribbe en 2008 et 2011. Opération Caribbe est un effort multinational mené par les États-Unis dans le but d’empêcher le trafic des drogues dans les eaux du bassin des Caraïbes et de l’Est du Pacifique. Il s’agissait des premières médailles de service opérationnel reçues pour services rendus à bord d’un sous-marin de la classe Victoria.