Deux femmes commandent des navires dans le cadre de l’opération CARIBBE

Nouvelles de la Marine / Le 16 mars 2021

Par le capitaine Sarah Harasymchuk

Deux navires de guerre de la classe Kingston. Vingt-cinq mille milles marins patrouillés chaque année le long de côtes s’étendant du Canada à l’Amérique du Sud. Des milliers de kilogrammes de drogues illicites saisis depuis 2006. Voilà en quoi consiste l’opération CARIBBE.

Cette année marque un moment historique. Des navires de la Marine royale canadienne (MRC) déployés sur la côte du Pacifique, les navires canadiens de Sa Majesté (NCSM) Brandon et Saskatoon, ont pour commandant un capitaine de sexe féminin. Il s’agit d’une première depuis le début de la mission.

« Je suis très fière de représenter le Canada et la Marine royale canadienne dans le cadre de ce déploiement, a déclaré le capitaine de corvette (Capc) Maude Ouellet-Savard, commandant du NCSM Brandon. Nos marins dévoués sont parmi les meilleurs de la flotte. Leur professionnalisme, leur éthique de travail et leur motivation en vue d’obtenir le succès de la mission m’étonnent chaque jour. »

Le Capc Ouellet-Savard a pris le commandement du NCSM Brandon en 2019 en tant que son premier commandement en mer.

« C’est vraiment passionnant d’avoir atteint ce jalon dans ma carrière. Ce n’est pas une mince affaire de réussir l’instruction d’officier de guerre navale. Commander un navire est une chose à laquelle beaucoup d’entre nous aspirent et je suis très heureuse que mon navire soit le Brandon, car c’est ici que j’ai commencé ma carrière de navigatrice dans la Marine. »

Le capitaine de corvette Nadia Shields a pris le commandement du NCSM Saskatoon en 2020 en tant que son premier commandement.

« C’est un honneur d’être le commandant du Saskatoon et je suis ravie de diriger nos marins dans cette mission », a déclaré le Capc Shields.

« J’ai toujours eu hâte de pouvoir diriger certains de nos meilleurs marins et je suis ravie d’être déployée avec ma chère amie, le capitaine du Brandon, pour la même mission. Il s’agit d’une opération importante pour le Canada et elle a des implications concrètes en mettant fin au trafic illicite dans nos océans. »

L’opération CARIBBE constitue la participation du Canada aux opérations antidrogues renforcées dirigées par les États-Unis dans la mer des Caraïbes et dans l’Est de l’océan Pacifique. Des navires de guerre et des aéronefs sont déployés à tour de rôle dans la région pour appuyer la mission multinationale dirigée par les États-Unis visant à supprimer le trafic dans les eaux et l’espace aérien internationaux. L’opération a permis de nombreuses activités réussies de répression du trafic des drogues.

Dans les questions et réponses ci-dessous, le Capc Ouellet-Savard parle de qui elle est et de ce qui lui permet de rester motivée en tant que commandant d’un navire de guerre :

 

Êtes-vous la première personne de votre famille à être dans le milieu militaire?

Oui, à la surprise de ma famille qui ne s’attendait pas à ce que je m’enrôle. Et j’y suis toujours 20 ans plus tard parce que j’aime la mer!

 

Pourquoi vous êtes-vous enrôlée dans la Marine?

Parce que je suis tombée amoureuse de la mer lorsque je suivais un cours de manœuvrier avec les cadets de la Marine. J’ai alors décidé de faire carrière dans la navigation. Mes voisins à Québec, un couple de militaires, m’ont fait connaître le milieu militaire et m’ont encouragée à m’enrôler. Les possibilités pour les femmes dans les entreprises de transport maritime civiles étaient limitées à l’époque et comme j’avais déjà vu quelques femmes aller au collège militaire, j’ai été attirée par cette voie. Comme je venais de la ville de Québec et que la base de Valcartier se trouvait à proximité, il y avait une forte communauté militaire. Les cadets de la Marine ont également été une excellente plateforme pour m’initier aux compétences navales de base qui ont éveillé mon intérêt.

 

Qu’est-ce qui vous motive à être le capitaine d’un navire?

Il s’agit d’un objectif que tous les officiers de guerre navale veulent atteindre – le fait d’avoir un équipage et d’exécuter une mission ensemble motive beaucoup à continuer à aller de l’avant et à surmonter les hauts et les bas du travail. C’est une grande responsabilité, car l’équipe compte sur moi pour prendre les meilleures décisions pour le bien-être du navire et de l’équipage. La récompense de voir les marins se perfectionner, et l’équipage dans son ensemble réussir, fait que le défi en vaut la peine!

 

Quelle est la chose la plus difficile que vous ayez eu à faire dans votre carrière?

Durant un échange avec la Royal Navy, j’étais instructrice de navigation en mer pour l’instruction en mer des officiers généraux et je devais assurer la connaissance de la situation et la sécurité de la navigation au cours de divers scénarios d’instruction lorsque j’étais à bord de navires provenant de toute l’Europe et d’ailleurs. Dans les navires où l’on parlait anglais, je pouvais facilement me débrouiller, mais cela devenait beaucoup plus compliqué lorsque les équipes de la passerelle parlaient allemand, néerlandais, norvégien ou portugais. Parler français m’a été très utile lors des entraînements avec la Marine belge.

 

Comment avez-vous réussi à avoir un si bon équipage à bord?

Un peu de chance au début, mais essentiellement ce sont des gens formidables qui attirent des gens formidables. Je pense que nous avons acquis la réputation d’avoir un bon moral à bord en créant un environnement accueillant qui attire les gens.

 

Quelle est votre activité favorite pendant votre temps libre en mer?

J’aime être créative et faire des choses qui me font oublier le travail. J’ai fait de la peinture, du crochet, du dessin, tout ce qui me permet de me déconnecter et de me détendre tout en me permettant de répondre au téléphone toutes les quelques minutes.

 

Quel est le rendement des navires de défense côtière durant cette opération?

Avec tout l’entraînement que notre équipage a effectué et la polyvalence de la plateforme, ces navires sont extrêmement bien adaptés pour mener ce type de mission.

 

Pourquoi l’opération CARIBBE est-elle importante?

Elle concerne entièrement la façon dont nous pouvons contribuer à la sécurité des Canadiens et des Nord-Américains en interrompant le trafic illicite dans la région.

 

Quels sont les points saillants de votre carrière dans la Marine royale canadienne?

D’abord, le tour du monde à bord du NCSM Calgary en 2008; ensuite, la navigation de Sa Majesté la Reine pour la Revue internationale de la Flotte à bord du NCSM St. John’s en 2010; et finalement, la prise du commandement du NCSM Brandon en 2019 et l’occasion d’être déployée dans le cadre de l’opération CARIBBE avec mon équipe.

 

Vous êtes-vous déjà retrouvée dans une situation de danger réel sur un navire?

La plus grande menace à laquelle j’ai fait face est d’ordre météorologique : un super typhon appelé Jangmi, qui était un ouragan de catégorie 5, en Asie en 2008. J’étais navigatrice du navire et nous revenions de l’opération ALTAIR en direction du Japon lorsque Jangmi se dirigeait vers la Chine. Cela a été très angoissant, car j’étais d’un niveau très subalterne et responsable de la navigation du navire. Ce fut une excellente occasion d’apprentissage pour moi de surmonter ces difficultés et de ramener le navire à Victoria en toute sécurité.

 

Quelle est une chose intéressante à votre sujet que la plupart des gens ne savent pas?

Mon tout premier navire a été le NCSM Brandon pendant mon instruction maritime de surface et sous-marine. C’était aussi la première fois que je naviguais avec ma meilleure amie, le capitaine de corvette Nadia Shields. Nous nous sommes rencontrées au Collège militaire royal et nos carrières se sont croisées depuis. C’est incroyable d’être le capitaine du même navire où j’ai commencé à naviguer dans la Marine et avec ma meilleure amie, et d’être maintenant toutes les deux capitaines pour la même mission dans le cadre de l’opération CARIBBE.

 

Quelle est la partie de votre travail que vous préférez?

Il y a quelque chose de nouveau chaque jour et il n’y a pas de monotonie en mer. Il y a toujours de nouvelles personnes, de nouveaux défis et de nouvelles tâches. On ne s’ennuie jamais.

 

Quel a été votre endroit préféré où vous avez navigué au cours de votre carrière?

La Croatie et la Thaïlande sont deux régions très différentes où j’ai navigué, mais chacune d’elle était belle à sa manière. J’y ai vécu de grandes expériences en 2008. J’ai eu la chance de retourner en Croatie deux autres fois par la suite et ce lieu était toujours aussi extraordinaire.

 

Quelle est votre odeur préférée sur un navire?

Lorsque les cuisiniers font du pain frais, c’est une odeur réconfortante qui me rappelle la maison. Et je ne peux pas dire non au pain fait maison!

 

Qu’est-ce qui vous manque le plus lorsque vous êtes en mer?

Mon lit à la maison sans la sonnerie du téléphone!

 

Quelle est la première chose que vous faites après une longue période de navigation?

Je mange un bol d’Island Poke et je passe une bonne nuit de sommeil.

 

Qu’aimeriez-vous dire à vos amis et à votre famille à Québec?

La dernière année a été difficile en raison de l’isolement. J’ai hâte de revenir à la maison pour une visite après le déploiement et lorsque les restrictions relatives à la COVID-19 seront assouplies. Il n’y a rien de meilleur que de voir ses amis et sa famille après des mois d’absence. Maman, nous irons certainement manger de la poutine!