Déploiement en Afrique occidentale, une occasion inouïe

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La Vigie - Printemps 2017 / Le 26 avril 2017

Par Darlene Blakeley

Pour la première fois depuis bien des années, la Marine royale canadienne (MRC) a déployé des navires en Afrique occidentale, donnant aux membres d’équipage la rare occasion de contribuer à un entraînement interarmées et de favoriser l’établissement de liens dans la région du golfe de Guinée.

Les Navires canadiens de Sa Majesté (NCSM) Moncton et Summerside ont quitté Halifax à la mi-février et seront de retour au début mai. Les escales prévues pour les deux navires de défense côtière (NDC) durant Neptune Trident 17-01 ont pour but d’améliorer la coopération entre les pays participants de manière à accroître la sécurité maritime dans la région. Les navires ont fait escale aux îles Canaries, au Sénégal, en Sierra Leone, au Libéria et en Côte d’Ivoire.

« Les officiers et les marins des NCSM Summerside et Moncton seront des ambassadeurs exceptionnels du Canada durant cette importante mission en Afrique occidentale », a déclaré le commandant des Forces maritimes de l’Atlantique (FMAR[A]), le contre-amiral John Newton. « Neptune Trident est une merveilleuse occasion de mettre en pratique les compétences opérationnelles de la MRC grâce à une activité de développement des capacités dans une région où le gouvernement du Canada a un intérêt manifeste. Nous avons beaucoup appris à l’étape de la planification et lors des rencontres de l’état‑major avec des homologues africains et nous avons hâte de tirer parti des leçons apprises pendant la mission. »

Le Moncton et le Summerside ont entre autres participé à activités de diplomatie de défense, de mise sur pied d’une force, ainsi que des exercices d’entraînement avec des forces navales alliées et des activités visant à favoriser la confiance des nations partenaires.

Le déploiement revêt également un aspect profondément humain.

Pour les membres d’équipage, c’était une occasion de parfaire leurs habiletés en mer avec des alliés tout en tissant des liens avec les collectivités visitées.

Chaque commandant possède sa vision bien personnelle du déploiement.

Une relation souvent oubliée

Le capitaine de corvette Paul Smith, capitaine du NCSM Summerside et premier commandant noir d’un navire de guerre de la MRC, était ravi à l’idée de visiter les collectivités et de tisser des liens en travaillant dans des orphelinats et en accueillant des dirigeants gouvernementaux et communautaires locaux à bord de son navire.

Parmi les lieux de prédilection pour le Capc Smith, mentionnons la Sierra Leone, où il souhaitait ardemment faire ressortir le lien souvent oublié entre ce pays et la Nouvelle-Écosse. Freetown, capitale de la Sierra Leone, a été fondée en 1792 par des colons néo-écossais qui étaient aussi des esclaves affranchis. On y retrouve encore aujourd’hui leurs influences, leurs descendants et des lieux historiques. D’ailleurs, il a vu le fameux « cotonnier » ayant servi de premier lieu de culte aux colons, les églises d’origine néo-écossaise toujours érigées à Freetown et le cimetière King Tom. 

« C’est un cimetière du Commonwealth où reposent trois soldats et deux marins canadiens ayant servi durant la Seconde Guerre mondiale, ajoute le Capc Smith. Ce fut un honneur de déposer une couronne au nom du Canada et de la MRC. »

Freetown a aussi subi l’influence des esclaves qui s’étaient enfuis de la Jamaïque et que l’on surnomme les marrons jamaïcains. « Je suis d’origine jamaïcaine et je vis en Nouvelle-Écosse, c’était donc tout indiqué. J’étais fier de représenter la communauté noire canadienne et de voir les similitudes entre les différentes communautés. Malheureusement, ce sont généralement les différences qui attirent l’attention. »

Le Capc Smith explique qu’il était enchanté de pouvoir représenter la MRC lors du déploiement, tant sur le plan personnel que professionnel. « La MRC est une force apte à se déployer partout dans le monde qui œuvre avec des alliés internationaux et des forces navales partenaires pour tisser des liens et des amitiés et inspirer confiance. Notre mission nous permettra à consolider les liens établis, en plus d’apprendre à évoluer dans l’environnement maritime de l’Afrique occidentale. »

Un périple exceptionnel

En tant qu’une des seules femmes commandants de navire de la MRC, le capitaine du NCSM Moncton, Capc Nicole Robichaud, est aussi « profondément honorée » de mener son équipage dans cette mission.

« Le summum de ma carrière était certainement lorsque j’ai été nommée commandant du NCSM Moncton, confie-t-elle. Maintenant que j’entreprends ce périple exceptionnel avec un équipage incroyable et que nous savons que nous pourrons améliorer les choses, c’est tout simplement formidable. »

Le Capc Robichaud désire particulièrement travailler avec les jeunes femmes de la région.

« À Dakar, en Sierra Leone et au Libéria, j’ai participé à des discussions avec des jeunes femmes de la région, raconte-t-elle. La plupart du temps, des dirigeantes, telles que des ambassadrices et des chefs d’organisations féminines, présidaient les réunions et prenaient la parole. J’ai visité le Libéria après le passage du premier ministre Justin Trudeau, qui en avait profité pour discuter de l’émancipation des femmes. Ce fut un véritable honneur pour moi de rencontrer des femmes, d’échanger avec elles et de découvrir les moyens qu’elles prennent pour surmonter l’adversité et promouvoir l’égalité des droits pour que les futures générations de femmes aient toutes les chances de réussir. Je me sens privilégiée de mener une carrière telle que la mienne. Si je peux raconter mon histoire et être une source d’inspiration pour une jeune fille, j’en serais ravie. »

Des organisations telles qu’Adolescent Girls Network et STEM Women participaient aux discussions. Adolescent Girls Network est un groupe d’organisations locales et internationales dont le but est d’élaborer des programmes visant à donner aux adolescentes des moyens d’agir relativement à leur santé, à leurs actifs sociaux et cognitifs, de protéger leurs droits et de rehausser leur statut dans leur communauté, notamment en retardant l’âge du mariage et de la procréation. STEM Women est une tribune pour les femmes dans les domaines de la science, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques en Sierra Leone, ayant pour objectif d’accroître la participation des femmes et d’améliorer l’éducation dans ces champs d’expertise. 

L’équipage du Moncton s’est aussi beaucoup investi dans CODE, la principale agence de développement international du Canada axée exclusivement sur l’alphabétisation et l’éducation. Des membres de l’équipage ont fait la lecture à des enfants, en plus d’aider à construire des étagères à la bibliothèque de Freetown.

Pendant le déploiement, les NCSM Summerside et Moncton, ainsi qu’un détachement de personnel du groupe des opérations tactiques maritimes (GOTM), ont participé à Obangame Express 2017, un exercice d’entraînement maritime dirigé par les Forces navales des États-Unis en Afrique. Le GOTM a travaillé de concert avec ses partenaires régionaux lors d’un entraînement interarmées visant l’interdiction maritime dans le but de retarder, de perturber ou de détruire des forces criminelles ou ennemies ou des approvisionnements en mer.

Le mot « obangame » est tiré du fang, langue du Sud du Cameroun et d’autres parties de l’Afrique centrale; il signifie « unité ».

L’exercice s’est déroulé dans le golfe de Guinée avec les pays signataires du code de conduite de Yaoundé, et incluait de nombreux partenaires africains, y compris l’Angola, le Bénin, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo, le Congo, Cabo Verde, le Gabon, le Ghana, la Guinée, la Guinée-Bissau, la Guinée équatoriale, le Libéria, le Maroc, le Nigéria, le Sénégal, la Sierra Leone, Sao Tomé-et-Principe et le Togo.

Il est rare de pouvoir participer à un déploiement en Afrique occidentale comme celui-ci. Longtemps après avoir participé à des manoeuvres avec d’autres forces navales, les marins garderont des souvenirs mémorables des gens rencontrés,que ce soit en jouant au basketball avec les enfants, en contribuant à des programmes d’alphabétisation, en donnant à de jeunes femmes des moyens d’agir, en faisant visiter les navires, en organisant des barbecues, en plantant des arbres ou en s’imprégnant d’une culture à la fois unique et universelle.

Une occasion inouïe, c’est le cas de le dire!