Décoration honorifique française décernée à un ancien combattant de la Marine canadienne

La Vigie - Automne 2014 / Le 31 octobre 2014

Par Carmel Ecker

Soixante-dix ans après la participation de son navire, le NCSM Skeena, au débarquement du jour J, le capitaine de frégate (à la retraite) Peter Chance a été honoré par le gouvernement de la France.  

L’homme de 93 ans, tout comme 500 autres anciens combattants de l’Armée de terre, de la Marine et de la Force aérienne du Canada ayant participé à la bataille qui fut un point tournant de la Seconde Guerre mondiale, a été nommé Chevalier de l’Ordre national de la Légion d’honneur, la plus haute décoration de la République française.

Des  quelque 34 000 Canadiens ayant pris part à l’Opération Overlord qui a marqué le début de l’expulsion des forces allemandes en dehors de la France, à peine 500 sont toujours vivants.

Le Capf Chance et 14 autres anciens combattants réunis à Vancouver le 21 mai ont reçu la médaille des mains du consul général de France, Monsieur Jean-Christophe Fleury, au nom du président français. 

Chaque vétéran honoré était accompagné d’un cadet « pour s’assurer qu’on ne tombe pas », plaisante le Capf Chance.

Bien qu’on lui ait remis plusieurs autres médailles et décorations durant sa carrière de plus de 30 ans dans la Marine, Peter Chance précise que celle-ci est très spéciale, car elle reconnaît la participation des Canadiens au débarquement de Normandie.

Le Capf Chance servait à titre d’officier de navigation à bord du Skeena durant l’assaut des alliés en Normandie le 6 juin 1944. Le navire, membre du 12e groupe d’escorte, avait pour tâche d’empêcher les sous-marins allemands d’entrer dans la zone de débarquement. 

Les moments les plus mémorables de cette mission sont survenus le 8 juin, lorsque deux torpilles à tête chercheuse, conçues pour atteindre les hélices des navires, ont traversé les eaux et explosé dans le dispositif anti-torpille acoustique du Skeena.

               Le Capf Chance mentionne que ce fut une expérience terrifiante pour l’équipage. « Nous avons d’abord vu ces damnés torpilles filer à vive allure et ensuite, un périscope est passé tout près de notre navire. Nous l’avons visé avec notre Hedgehog (bombe) », se souvient-il. 

L’anneau des bombes tirées par le Hedgehog  a atterri devant le Skeena et le U953 a disparu, vraisemblablement endommagé. « Nous ne l’avons pas revu, mais nous ne l’avons pas trouvé non plus. De toute évidence, nous l’avions endommagé. »

L’histoire aurait pu se terminer ainsi, mais de nombreuses années plus tard, le Capf Chance a reçu un appel de la Virginie, aux États-Unis. Un homme avec un accent du sud très prononcé lui a demandé s’il se trouvait à bord du NCSM Skeena le 8 juin 1944.

Après avoir confirmé qu’il s’adressait à la bonne personne, l’interlocuteur a annoncé à Peter Chance qu’il connaissait un dénommé Karl Baumann, lequel avait servi à bord du U953 le jour en question. Ce dernier n’avait que 19 ans à cette époque et il avait été blessé et transporté à un hôpital de Brest, en France. Lorsque les forces alliées ont pris le contrôle de la région, Karl Baumann a été fait prisonnier de guerre et on l’a envoyé en Virginie, où il a attendu la fin de la guerre.