Bernice McIntyre : De wren en temps de guerre à la marine régulière

Galerie d'images

Héros de la bataille de l'Atlantique / Le 10 février 2021

Premier maître de 1re classe (retraitée) JoAnn Cunningham
Association des « wrens » de la Nouvelle-Écosse

Avec trois numéros matricules différents représentant trois phases distinctes de sa carrière, Bernice (Bunny) McIntyre, 99 ans, a un dossier de service naval unique.

Le premier numéro matricule lui a été donné pendant la Seconde Guerre mondiale lorsqu’elle s’est jointe au Service féminin de la Marine royale du Canada [Women’s Royal Canadian Naval Service (WRCNS) en anglais – dont les membres étaient surnommées wrens]. Elle a obtenu le second lorsque les femmes ont été autorisées à se joindre à la Réserve navale en 1952; puis le troisième lorsqu’elle est devenue membre de la Marine royale du Canada (MRC) en 1955.

Bernice Neill est née le 8 août 1921 à Dauphin, au Manitoba. Elle n’avait que 17 ans lorsque sa mère est décédée. Un an plus tard, son père vendait la ferme. Il a épousé sa belle-sœur veuve dont il a pris en charge les quatre enfants.

Plus tard, Bernice s’est inscrite à un collège de commerce à Dauphin. Il lui en coûtait 10 dollars par mois pour suivre le cours. Elle a donc travaillé pour le propriétaire d’un salon de coiffure. Elle s’occupait de la mère âgée du propriétaire et faisait la lessive de l’entreprise pour gagner l’argent dont elle avait besoin.

Il y avait une base de l’Aviation royale avec une école de pilotage et une école d’artillerie à proximité de Dauphin. Bernice et une amie avaient prévu de s’enrôler dans l’Aviation royale. Par ailleurs, ayant du mal à payer les frais de scolarité pour le collège, elle a demandé à son père s’il lui donnerait 5 dollars par mois pour l’aider, mais sa belle‑mère a refusé.

Elle a dû quitter le collège et a commencé à travailler dans un salon de thé. Un jour, un ami est venu lui dire que la Marine recrutait des femmes. Bernice, qui était serveuse en chef à l’époque, a demandé à son patron une heure de congé pour aller postuler. Elle s’inquiétait de ses chances d’être acceptée, car elle n’avait pas terminé son cours de commerce et n’avait qu’une 8e année.

Une fois de retour au travail, la serveuse de l’équipe de nuit lui a demandé où elle était allée. Bernice lui a dit qu’elle était allée postuler en vue d’être recrutée dans la Marine, et cette serveuse lui a demandé de la remplacer pour pouvoir elle aussi aller postuler. Le 14 octobre 1942, Bernice et Bessie McLaren ont toutes deux apposé leur signature sur la ligne pointillée, puis on leur a dit qu’elles recevraient des instructions par courrier.

Une lettre leur est bientôt parvenue leur demandant de se présenter au NCSM Conestoga à Galt, en Ontario, le 18 décembre 1942. La lettre donnait une liste de ce qu’il fallait emporter avec soi, et, comme le rappelle Bernice, « ce n’était pas grand-chose. »

Bessie et Bernice se sont rendues à Winnipeg à partir d’où, avec 20 autres filles, elles ont fait le voyage de quatre jours en train jusqu’à Galt, où elles se sont jointes à une classe de 100 femmes.

Bessie m’a dit : « Ne t’inquiète pas, nous nous occuperons l’une de l’autre. »

Lorsque Bernice a fait la queue pour les vaccins, Bessie était devant elle dans la file d’attente. Bernice se souvient qu’il y a eu de l’agitation devant elle et qu’elle a découvert que Bessie s’était évanouie après l’injection. « Tant pis pour le fait d’avoir quelqu’un qui s’occupe de moi! »

La formation de base durait trois semaines et était très stricte. À la fin de leur période d’essai, Bernice a appris qu’elle avait été sélectionnée pour être assistante du carré des officiers, et l’une de ses tâches consistait à être la steward personnelle du capitaine de corvette Isabel Macneill, la commandante.

« Mon travail consistait également à superviser la cuisine principale, explique Bernice. Je devais m’assurer que toutes les filles étaient réveillées en criant “debout!” à 6 heures chaque matin. Ensuite, je devais courir jusqu’aux quartiers des officiers pour frapper à leurs portes. Lorsque je retournais à la cuisine principale, je devais m’assurer que les quatre tables qui couvraient toute la longueur du bâtiment étaient bien mises pour les wrens. Je m’assurais également que les wrens qui faisaient la queue pour leurs repas avaient une tenue appropriée et qu’elles ne portaient pas de rouge à lèvres. »

Elle a été promue wren en chef un mois après son arrivée à Galt.

« J’aurais pu être promue officière marinière, mais j’aimais la camaraderie des ponts inférieurs. Lorsque j’ai terminé mon affectation au NCSM Conestoga, 19 mois plus tard, 5 000 wrens avaient suivi les cours de formation de base à Galt. »

Elle a ensuite été affectée au NCSM Jellico, situé près de Galt, où les wrens qui avaient terminé leur formation de base attendaient leur première affectation. Elle a ensuite été affectée au NCSM Kings à Halifax.

« J’étais assistante de carré d’officiers pour les « jeunes prodiges » qui suivaient la formation de base d’officier de 90 jours. Ces stagiaires se distinguaient par leur protège-casquette blanche. Ils essayaient souvent de faire semblant d’être qualifiés en retirant leur protège-casquette lorsqu’ils allaient à terre. Nous n’étions pas autorisés à sortir avec ces stagiaires, mais nous nous sommes amusés à leur jouer des tours, notamment avec les draps de leur lit. »

Elle a finalement été affectée au NCSM Avalon à St. John’s, Terre-Neuve, où elle assumait entre autres le rôle de steward des vins du carré des officiers.

« Terre-Neuve était alors considérée comme une affectation à l’étranger, se souvient‑elle. Nous avons effectué la dangereuse traversée de la Nouvelle-Écosse à Terre-Neuve à bord du Lady Rodney, heureusement sans incident. C’était seulement un mois après que le NCSM Clayquot eut sombré après avoir été torpillé par un U-boot allemand (24 décembre 1944) juste à l’extérieur du port de Halifax. À un moment de la traversée, on nous a réveillés et on nous a dit de mettre nos gilets de sauvetage parce qu’on soupçonnait la présence de U-boot à proximité. Heureusement, il n’y a pas eu d’attaque. Les navires du convoi se sont finalement séparés, et nous avons poursuit notre route sans escorte jusqu’à St. John’s, où j’étais le jour même de la déclaration de la victoire en Europe. »

À la fin de la guerre, elle est réaffectée à Halifax, où elle travaille à l’Édifice de l’Amirauté. 

« Après la guerre, un officier dont la famille possédait la Cunard Steamship Lines m’a offert un emploi. Je lui ai dit que je voulais d’abord retourner à Winnipeg en congé et je ne suis finalement jamais revenue pour le poste. »

De retour à Winnipeg, elle a travaillé dans une quincaillerie pendant un certain temps, mais elle n’en avait pas encore fini avec la Marine.

« Je me suis jointe à la Réserve navale au NCSM Chippawa en février 1951 après qu’un de ses officiers m’ait demandé pourquoi je ne m’étais pas enrôlée dès que les femmes avaient pu le faire. J’ai répondu que je pensais qu’ils ne me prendraient pas étant donné que je n’avais qu’une 8e année. L’officier a dit que je serais recrutée à condition de réussir le test d’entrée. »

En février 1952, Bernice accepte un service naval continu, suit un cours d’assistante à l’approvisionnement de deux semaines en Colombie-Britannique et est affectée au NCSM Cornwallis en Nouvelle-Écosse. Elle a également servi au NCSM Coverdale à Moncton, N.-B., de juillet 1952 à juillet 1955.

Bernice est l’une des quatre wrens canadiennes choisies pour assister au défilé du couronnement de la reine Elizabeth II à Londres le 2 juin 1953.

C’est à Moncton qu’elle a pris le surnom de « Bunny » parce qu’il y avait une autre fille dans le bloc d’hébergement qui s’appelait Bernice. Lorsque la seule wren officière a quitté le Coverdale en 1954, Bernice a été promue officière marinière et mise responsable du bloc des wrens.

Lorsque la MRC a commencé à accepter des femmes dans la marine régulière en 1955, Bernice a été encouragée à s’enrôler.

Elle a été réaffectée au Cornwallis, où elle a supervisé la distribution des uniformes aux recrues du WRCNS. Cependant, elle était en bas de la liste d’admissibilité à une promotion et ses chances d’être promue étaient minces puisqu’elle n’avait pas passé de temps en mer contrairement à ses pairs masculins.

Elle n’aimait pas vraiment l’officier marinier responsable de la section des magasins au Cornwallis, mais elle a fini par l’épouser. Il s’appelait Arthur McIntyre et était originaire de Saint John, N.‑B.

Bernice était à quatre jours de son 35e anniversaire lorsqu’elle s’est mariée le 4 août 1956. Elle dit qu’elle s’est mariée en partie parce qu’elle n’avait pas eu de vrai foyer depuis ses 18 ans et qu’elle était fatiguée de vivre dans des casernes, continuellement entourée de femmes.

Bernice a finalement été affectée à la section d’approvisionnement de l’arsenal maritime de Halifax. Elle était enceinte de sept mois de son premier enfant lorsqu’elle a été honorablement libérée pour « inaptitude physique » – le règlement pour toute wren mariée qui était enceinte.

En 1959, Bernice a utilisé 500 dollars sur les 800 dollars qu’elle a reçus comme pension pour son service de guerre afin d’acheter un terrain le long du chemin Waverley à Dartmouth, N.-É. Elle et son mari ont commencé à construire leur maison en 1961 et y ont élevé trois enfants.

Bernice a acheté un dépanneur non loin de chez elle en 1969 où elle a travaillé de 10 heures à 22 heures pendant qu’elle élevait sa famille. Elle a fini par vendre le magasin et a continué à travailler à temps partiel. Elle a eu une carrière fructueuse à temps plein chez Woolco de 1976 à 1986, puis au sein du Corps canadien des commissionnaires, d’abord à temps partiel de 1980 à 1986, ensuite à plein temps de 1986 à 1996.

Alors qu’elle approche de son 100e anniversaire, Bernice vit toujours dans sa maison à Dartmouth, chérissant les souvenirs de sa vie passée à servir dans la WRCNS, la Réserve navale et la Marine régulière.