Adelaide Sinclair : La directrice du WRCNS a consacré sa vie à la fonction publique

Nouvelles de la Marine / Le 5 octobre 2020

De l’université au service de guerre exemplaire, Adelaide Sinclair était une force à ne pas sous-estimer.

Première femme canadienne à détenir le grade de capitaine de vaisseau, elle est nommée directrice du Service féminin de la Marine royale du Canada (WRCNS) en 1944.

Il s’agit alors d’une progression naturelle en temps de guerre pour une femme qui consacre sa vie à la fonction publique et qui veut jouer son rôle pour rendre le monde meilleur.

Née en 1900, Adelaide Sinclair grandit à Toronto. Très tôt, elle défie les attentes strictes à l’endroit des femmes et s’avère être une dirigeante dévouée et intelligente. Elle obtient un diplôme en sciences politiques à l’Université de Toronto au début des années 1920 et obtient ensuite une maîtrise en économie peu de temps après.

Après avoir obtenu son diplôme, elle part en Europe pour effectuer des travaux de cycles supérieurs à la London School of Economics et à l’Université de Berlin. En 1929, elle revient à Toronto et épouse un avocat, Donald Black Sinclair, qui décède en 1938.

Passant du milieu universitaire à un travail sans but lucratif, elle occupe un poste au Bureau central des bénévoles et devient présidente du Comité des femmes pour la récupération.

Cependant, le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale a une incidence considérable sur le travail des hommes et des femmes. D’une certaine façon, il donne à de nombreuses femmes l’occasion de s’intégrer et d’assumer des rôles qui leur sont refusés avant la guerre.

Adelaide Sinclair profite de cette occasion pour contribuer à l’effort de guerre.

Presque immédiatement, elle se joint à la Commission des prix et du commerce en temps de guerre à Ottawa. En 1943, elle s’enrôle dans le WRCNS, également connu sous le nom des Wrens canadiennes – une variante du Service féminin de la Marine royale du Royaume-Uni, connu sous le nom de WRNS ou Wrens. Un an plus tard, elle est nommée directrice après avoir passé quatre mois en Angleterre à étudier les méthodes qui y sont utilisées par les Wrens britanniques.

Selon Ruth Markowitz, une des femmes qui a travaillé avec elle, Adelaide Sinclair est une dirigeante exemplaire qui gagne rapidement le respect des femmes sous son commandement.

« Très peu d’entre nous étaient proches d’Adelaide Sinclair, pourtant elle était à nous, notre directrice, en qui nous avions une sorte de fierté féroce, et à qui nous donnions notre affection et notre loyauté, a déclaré Mme Markowitz. Nous avons eu la chance incroyable de servir sous les ordres de cette grande dame canadienne, qui incarnait toutes les qualités remarquables attendues d’un véritable officier de marine canadien. »

Dans une entrevue accordée à un journal en 1944, Adelaide Sinclair explique le rôle de ses Wrens. « Nous n’existons que pour remplacer les hommes dans leurs fonctions en mer. Aujourd’hui, quelque 3 000 Wrens canadiennes remplacent des marins pour des tâches plus ardues. Certaines sont à l’étranger, tandis que 1 000 sont à Halifax où elles interagissent de près avec les actions navales quotidiennes. »

Les femmes travaillent alors comme administratrices et comme traceuses de cartes, et assument également des fonctions essentielles dans le domaine du renseignement naval. Au cours de la guerre, plus de 7 000 femmes servent dans le WRCNS.

Adelaide Sinclair a des idées bien arrêtées sur la façon dont elle veut que ces Wrens soient entraînées jusqu’à leur libération après la guerre.

« Nous voulons qu’elles quittent le service avec une connaissance complète des affaires mondiales et de leur responsabilité en tant que citoyennes. »

En 1945, Adelaide Sinclair est accueillie dans l’Ordre de l’Empire britannique pour son « zèle infatigable et ses capacités exceptionnelles, son tact et son jugement dans l’organisation du WRCNS en une unité très efficace et bien disciplinée ».

Après la guerre, Adelaide Sinclair continue de consacrer ses talents à la fonction publique. Elle est chef de cabinet du sous-ministre de la Santé nationale et du Bien-être social de 1946 à 1957. Elle se joint également au Fonds international des Nations Unies pour le secours de l’enfance (UNICEF), nouvellement créé, en tant que déléguée canadienne. Elle gravit rapidement les échelons de l’organisation, et devient directrice adjointe des programmes de l’UNICEF, poste qu’elle occupe pendant près d’une décennie.

Grâce à ses services dévoués, elle devient l’une des femmes les plus haut placées et les plus puissantes des Nations Unies à l’époque.

En 1967, elle est accueillie au sein de l’Ordre du Canada pour ses « contributions au Canada en tant qu’ancienne directrice du WRCNS et plus tard en tant que directrice adjointe de l’UNICEF ».

Un an plus tard, elle reçoit un doctorat honorifique en droit de l’Université de la Colombie-Britannique.

Un buste commémorant ses services exceptionnels rendus au Canada créé par Christian Corbet, sculpteur en résidence de la Marine royale canadienne, a été dévoilé au Musée naval d’Halifax en 2012 à l’occasion du 70e anniversaire de la création du WRCNS.

Après la mort d’Adelaide Sinclair en 1982, Mme Markowitz a déclaré « Rarement avons-nous vu au Canada le niveau et le dévouement dont Adelaide Sinclair a fait preuve dans l’accomplissement de tâches visant à améliorer la vie au Canada et dans d’autres parties du monde ».

 

Sources

Adelaide Sinclair, 1900-1982, Une appréciation, par Ruth Markowitz

https://valourcanada.ca/military-history-library/adelaide-sinclair/