Une pionnière du Wrens perçue comme un « élément précieux du Canada »

Capc Isabel Macneill

Le capitaine de corvette Isabel Macneill, commandant du NCSM Conestoga.

La Marine royale canadienne a commencé une nouvelle série appelée Héros canadiens de la Marine pour honorer les actions courageuses des héros de notre histoire, de même que leurs contributions à l’histoire de la MRC, à ses victoires, au sauvetage de vies, et à la paix et la sécurité dont la population canadienne jouit aujourd’hui. Nous publierons une nouvelle histoire tous les mois.

Le capitaine de corvette Isabel Macneill a été une pionnière toute sa vie.

Première femme à commander un navire dans le Commonwealth britannique, elle a été capitaine du Navire canadien de Sa Majesté (NCSM) Conestoga à Galt, en Ontario, pendant la Seconde Guerre mondiale.

Elle est aussi la seule femme en dehors de la famille royale britannique à être accueillie à bord d’un navire de guerre au son de la cornemuse, un honneur habituellement réservé aux officiers généraux ou aux invités spéciaux.

Mais bien que Macneill ait assumé le commandement d’un navire, elle était à mille lieues de la mer.

Le NCSM Conestoga était une « frégate de pierre » qui, dans le jargon naval, faisait référence à un établissement à terre de la Marine royale canadienne (MRC) ayant reçu la désignation NCSM.

Il a été créé à l'automne 1942 pour former les membres du Service féminin de la Marine royale du Canada (WRCNS), communément appelé Wrens. Les cours qui y étaient offerts se voulaient des cours d’initiation à la vie militaire et comprenaient un entraînement physique et des exercices, ainsi que des exposés sur les coutumes et traditions de la Marine.

Née à Halifax en 1908, Macneill a fait ses études au Halifax Ladies College, à l’Université Mount Saint Vincent, au Nova Scotia College of Art et à la Heatherley School of Art, à Londres. Dès le début de la Seconde Guerre mondiale, elle a fait du bénévolat et, lorsque le Service naval au Canada a été ouvert aux femmes en août 1942, elle s'est immédiatement enrôlée.

Elle a fait partie de l'une des premières cohortes du Wrens. Elle a d’abord suivi son instruction à Ottawa, a reçu sa commission d'officier, a terminé son premier cours à Conestoga et a été nommée commandant l'année suivante.

Au dire de tous, Macneill était populaire, très respectée pour sa vision et son leadership en tant que commandant.

Tiré d'un article paru dans le journal du Wrens, The Tiddley Times, à l'été 1944 :

« Quand elle parle à un groupe de stagiaires du Wrens de la tradition de la Marine ou quand elle s'occupe des contrevenants du capitaine sur la plage arrière, elle sait être aussi sévère et majestueuse qu'un ‘vieil homme’ à bord d'un navire-amiral de la flotte! »

Mais selon l'article, elle avait aussi son petit côté sensible, « toujours doux », dont son teckel Trilby était un bon témoin, lui qui ne la lâchait pas d’une semelle lorsqu’elle se rendait dans les divisions ou à une conférence, ou qu’elle faisait ses rondes. 

« Toutes les membres du Wrens sont habituées de voir le commandant entrer dans la salle de conférence, se diriger vers l'estrade, s’arrêter un peu et attendre. Un silence s’installe qui est aussitôt brisé par le bruit des griffes de Trilby sur le plancher de bois franc alors que le chien se dépêche le long de l'allée et qu’il grimpe les marches. Ce n’est qu’à ce moment-là que la conférence peut commencer. »

Macneill était une fervente supportrice des membres du Wrens et de leur capacité d'accomplir une infinie variété de tâches, répondant ainsi à bon nombre des besoins de la MRC en temps de guerre.

Lorsqu'elle est allée en Grande-Bretagne en février 1944 pour affaires de guerre, ses stagiaires du Conestoga se sont retrouvées démunies.

« On détestait voir le Capc Macneill partir! C'était un peu comme perdre un élément précieux du Canada. »

À son retour de Grande-Bretagne, elle a écrit un éditorial dans le Tiddley Times, faisant valoir l'esprit fier, l'intégrité et la précieuse contribution des membres du Wrens.

« Au Canada, à des milliers de kilomètres des lieux de l'action, il est difficile d'évaluer notre rôle. Nous devons faire preuve d'imagination et comprendre qu'en travaillant avec diligence, nous contribuons à l'efficacité des combats de la Marine et nous nous rapprochons du jour où les navires de tous les pays pourront passer sur la mer de bon droit. »

En juin 1944, Macneill a reçu la médaille de l'Ordre de l'Empire britannique.

Sa citation est ainsi rédigée :

« Le capitaine de corvette Macneill a servi au sein du WRCNS depuis la mise sur pied de celui-ci. Elle est la première et la seule femme de la Marine canadienne à commander un navire. En tant que commandant du NCSM Conestoga, elle a été responsable de l’instruction de base de presque la totalité des membres de son service. Grâce à ses vastes connaissances, sa profonde sympathie et son sens du devoir indéfectible et inspirant, elle a apporté une contribution sans pareil à son service. »

Lorsque le NCSM Conestoga a été fermé à la fin de la guerre, Macneill a dit : « Quand nous sommes arrivées ici, nous ne nous connaissions pas, pour la plupart. Nous repartons après y avoir noué de belles amitiés et vécu de belles expériences dont nous nous souviendrons toute notre vie. »

Après son service en temps de guerre, Macneill a continué de tracer la voie.   

Elle a été directrice de l'Ontario Training School for Girls à Cobourg (Ontario) et, en 1960, elle est devenue la première femme directrice de prison au Canada à l’établissement carcéral pour femmes à Kingston (Ontario).

En plus de l'Ordre de l'Empire britannique, elle a reçu la Médaille du couronnement en 1953, l'Ordre du Canada en 1971 et un doctorat honorifique en droit de l’Université Queen's en 1977. Elle est décédée le 18 août 1990.

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