Le chasseur de sous-marins allemands Clarence King : impitoyable et humaniste

Capf Clarence King

MDN

Capitaine de frégate Clarence King

« L’arrêt du navire dans les eaux occupées par les sous-marins allemands m’a quelque peu donné la chair de poule! », a déclaré un membre d’équipage du Navire canadien de Sa Majesté (NCSM) Swansea à propos de la décision de son commandant – le capitaine de frégate Clarence King – de sauver les survivants d’un sous-marin allemand en perdition.

C’est le 10 mars 1944 que le sous-marin allemand U-845 a pris contact pour la première fois avec un convoi des Alliés dans l’Atlantique Nord.

La bataille de l’Atlantique, la lutte entre les forces alliées et allemandes pour le contrôle de l’océan Atlantique, était à son apogée.

Les Alliés devaient maintenir le transport vital d’hommes et de fournitures entre l’Amérique du Nord et l’Europe, où ils pouvaient être utilisés dans les combats, tandis que les Allemands voulaient bloquer ces voies de ravitaillement. Pour ce faire, des sous-marins et d’autres navires de guerre allemands rôdaient dans l’océan Atlantique et coulaient les navires de transport alliés.

Mais dans ce cas, lorsque le U-845 a pris contact avec le convoi, il a été détecté par un navire d’escorte, le NCSM St. Laurent et attaqué au moyen de grenades sous-marines.

Lorsque le sous-marin allemand a fait surface plus tard dans la nuit, il a été attaqué par le St. Laurent et trois autres escortes du 9e Groupe d’escorte : le NCSM Swansea, le NCSM Owen Sound et Navire de Sa Majesté (HMS) Forester.

Il y avait un certain risque que les navires se tirent dessus ou se heurtent durant ce moment d’agitation, et il fallait de l’habileté pour empêcher que cela ne se produise.

La puissance de feu combinée était trop importante pour le sous-marin allemand et son équipage a commencé à l’abandonner pendant qu’il coulait.

Le commandant King avait son équipe d’arraisonnement en attente, mais il estimait peu judicieux de risquer la vie de ses hommes alors que le sous-marin coulait par la poupe. Il a arrêté son navire dans l’eau pendant que les survivants étaient secourus, malgré l’agitation des membres de son équipage qui craignaient qu’il n’y ait d’autres sous-marins allemands dans la région.

Pour le commandant King, le sauvetage des survivants avait la priorité sur tout danger possible.

À l’époque, il avait 58 ans, ce qui était plutôt vieux pour la guerre navale moderne.

Né dans la banlieue de Londres en Angleterre, en 1886, il est parti en mer comme cadet à l’âge de 13 ans. À 25 ans, il avait obtenu son brevet de capitaine de navire de haute mer. Après son mariage, il s’installe à Kamloops, en Colombie-Britannique, juste au moment où la Première Guerre mondiale commence. Il installe sa famille à Winnipeg et retourne en Angleterre où il se joint à la Royal Naval Volunteer Reserve en tant qu’enseigne de vaisseau de 1re classe.

En janvier 1917, il est affecté à une vedette pour les patrouilles anti-sous-marins dans la Manche, avant d’être transféré au navire de service spécial Merops. Ce petit navire, déguisé en navire marchand et doté d’un armement caché considérable, était conçu pour attirer et attaquer les sous-marins allemands.

C’est avec ce navire qu’il obtient sa première Croix du service distingué pour une action courageuse contre un sous-marin allemand. Le sous-marin et le Merops sont alors gravement endommagés.

Après avoir été démobilisé en 1918 à la fin de la guerre, il retourne à Winnipeg et réinstalle ensuite sa famille dans la vallée de l’Okanagan, en Colombie-Britannique.

C’est la Seconde Guerre mondiale qui le fait quitter sa vie d’agriculteur pour retourner en mer.

Au début de la guerre, il se joint immédiatement au service naval et est envoyé au Panama et aux Bermudes en tant qu’officier de contrôle naval de la navigation commerciale. En 1942, il est transféré à la Réserve de la Marine royale canadienne et on lui confie le commandement du NCSM Nipigon, un dragueur de mines de la classe Bangor.

Peu après, il assume le commandement de la corvette NCSM Oakville. C’est lorsqu’il est le commandant de ce navire de guerre qu’il mène un combat contre le sous-marin allemand U-94 dans la mer des Caraïbes.

Le 28 août 1942, avec des navires de guerre américains et les corvettes Halifax et Snowberry, l’Oakville escorte un convoi au large d’Haïti lorsqu’il est attaqué par le U-94.

Le sous-marin, qui est sur le point d’attaquer le convoi, est d’abord repéré et bombardé par un hydravion américain. L’Oakville largue des grenades sous-marines pour le forcer à faire surface, et après l’avoir bombardé, éperonne le sous-marin à deux reprises. Atteint par une autre grenade sous-marine à la surface, le U-94 abandonne le combat.

Le commandant King amène son navire le long du sous-marin gravement endommagé et plusieurs membres de son équipage l’arraisonnent pour chercher des livres de codes et d’autres documents.

Alors que le sous-marin commence à couler rapidement, les membres d’équipage de l’Oakville et les Allemands survivants l’abandonnent et sont récupérés dans la mer.

Il s’agit alors d’une victoire précieuse puisque le U-94 a coulé 28 navires depuis décembre 1940.

Pour cette action, le commandant King reçoit la décoration de l’Ordre du service distingué et de la Légion du mérite des États-Unis.

« Quand il était face à l’ennemi, il était impitoyable, a déclaré un membre de son équipage après la bataille. Mais une fois l’ennemi vaincu, il devenait un humaniste et faisait plus que le minimum requis pour sauver les survivants. »

Plusieurs mois plus tard, Clarence King est nommé commandant du Swansea, mettant en service la corvette sur la côte Ouest, puis la faisant naviguer jusqu’à Halifax en octobre 1943 pour qu’elle commence son service de guerre.

Après son action courageuse contre le sous-marin allemand U-845, le commandant King continue d’escorter des convois et termine la guerre en tant qu’officier supérieur du Groupe d’escorte C-5.

Un aperçu de son caractère qui fait que ses équipages l’aiment au cours de sa carrière est noté le lendemain matin d’une action ennemie lorsqu’il s’approche d’un marin à bord du navire.

« As-tu eu peur la nuit dernière? », a-t-il demandé.

Quand le marin a répondu « Oui monsieur, j’ai eu une peur bleue! », le commandant King a répondu « Moi aussi! ».

En tant qu’homme assez âgé pour être le père de la plupart des capitaines de corvette, Clarence King est à l’époque souvent appelé « Oncle Clarence ». Il est alors un dirigeant très respecté et compatissant, et ses équipages le décrivent comme un homme courtois, attentionné et calme, et sensible à leurs besoins. Au combat, cependant, il est courageux et puissant, un marin accompli et un excellent navigateur.

Après la guerre, il achète une exploitation fruitière dans la vallée de l’Okanagan et devient fermier. Il est mort en 1964.

Sources

« HMCS Swansea: The Life and Times of a Frigate » par Fraser M. McKee

https://www.veterans.gc.ca/fra/remembrance/history/historical-sheets/atlantic

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