Un acte héroïque : Harry DeWolf

La nuit où DeWolf a secouru 42 matelots du NCSM Athabaskan

Capf Harry DeWolf

Le Capf Harry DeWolf dans une photo en couleur à bord du NCSM Haida, vers 1944.

a Marine royale canadienne a commencé une nouvelle série appelée Héros canadiens de la Marine pour honorer les actions courageuses des héros de notre histoire, de même que leurs contributions à l’histoire de la MRC, à ses victoires, au sauvetage de vies, et à la paix et la sécurité dont la population canadienne jouit aujourd’hui. Nous publierons une nouvelle histoire tous les mois.

Harry DeWolf est un héros canadien de la Marine.

Face à un danger extrême et au milieu de la nuit, le 29 avril 1944, DeWolf et l’équipage du Navire canadien de Sa Majesté (NCSM) Haida ont secouru 42 matelots du NCSM Athabaskan lorsque ce dernier a été frappé par une torpille.

DeWolf était capitaine du NCSM Haida, patrouillant aux côtés de l’Athabaskan dans la Manche, lorsqu’ils ont reçu l’ordre d’intercepter des navires de guerre allemands.

À 3 h 59, ils ont rencontré navires ennemis.

Un extrait du Rapport d’action historique du capitaine DeWolf :

6. Le contact radar a été obtenu de l’Athabaskan à 0359½, azimut 133o, 14 milles, confirmé par l’Haida à 0402 lorsqu’un rapport d’ennemi a été donné.

À 4 h 11, l’Athabaskan a signalé l’écho de trois navires ennemis. Ils se sont rapprochés, de 11,8 km (13 000 verges) à 6,7 km (7 300 verges), avant d’ouvrir le tir avec des fusées éclairantes pour illuminer les navires ennemis dans l’obscurité.

Le rapport de DeWolf continue…

8. À 0412, j’ai donné l’ordre d’“accroche l’ennemi” et nous avons ouvert le tir à l’aide de fusées éclairantes. La distance était alors de 7300 verges. À 0414, deux destroyers étaient en vue, azimut 115o; ils ont été identifiés comme des Elbings.
9. L’ennemi a utilisé de la fumée et s’est tourné en direction sud. À 0417, la trajectoire a été ajustée, à 30o à bâbord, en gardant ses arcs de tir principaux ouverts.

Lorsque les torpilleurs ennemis semblaient se tourner pour fuir, l’Haida et l’Athabaskan ont modifié leur trajectoire vers les torpilles, en limitant leur virage à 30 degrés maximum.

La manœuvre visait à « peigner » les torpilles (une tactique d’évasion standard où les navires se tournent vers les torpilles pour diminuer la taille de leur cible) tout en « permettant à la tourelle arrière de quatre pouces d’illuminer les cibles alors que les canons avant de 4,7 po tiraient des obus explosifs et semi-perforants ». Mais avant que l’Athabaskan puisse terminer son virage...

c’est alors que l’Athabaskan a été frappé à l’arrière et qu’un gros incendie s’est déclaré. Elle a ralenti et a viré à bâbord. La première frappe sur l’ennemi a été obtenue à 0418.

« Les flammes mesuraient de quarante à cinquante pieds. Les munitions des canons-mitrailleuses explosaient dans toutes les directions », a décrit Stuart Kettles, un survivant de l’Athabaskan, qui est plus tard devenu prisonnier.

Dans la confusion, DeWolf, incertain de la cause de l’explosion, a cru qu’il pouvait s’agir d’une mine sous-marine.

« Tout ce que Stubbs m’a dit, c’était "Je suis arrêté" », se souvient DeWolf des paroles du Lieutenant-commandant John Stubbs, capitaine de l’Athabaskan.

Une torpille avait frappé l’Athabaskan, déclenchant un incendie et allumant les réserves de munitions de quatre pouces, ce qui a causé une deuxième explosion dévastatrice et beaucoup de morts, car l’équipage était sur le point d’abandonner le navire.

L’Athabaskan a commencé à sombrer.

Promettant à l’Athabaskan qu’ils reviendraient, DeWolf a ordonné à l’Haida d’enfumer l’Athabaskan pour le masquer, puis a continué la poursuite, échouant un destroyer ennemi sur la côte, puis chassant l’autre.

Ils sont ensuite revenus vers l’Athabaskan, où ils ont trouvé environ 100 survivants dans l’eau.

DeWolf a ordonné que tous les bateaux et dispositifs flottants de l’Haida soient mis à l’eau pour secourir autant de membres d’équipage de l’Athabaskan que possible. De lourds filets de sauvetage ont été suspendus sur les côtés de l’Haida, et ses marins ont commencé à hisser à bord les matelots épuisés et couverts d’huile.

Mais DeWolf savait qu’il ne pouvait pas s’éterniser.

Le cotre motorisé du NCSM Haida

Le cotre motorisé du NCSM Haida, qui a permis de secourir des survivants du naufrage du NCSM Athabaskan le 29 avril 1944.

« J’avais une peur mortelle des mines, a-t-il affirmé. Nous étions là, à dériver latéralement. Je me disais qu’à n’importe quel instant, nous pourrions frapper une mine, et ainsi perdre non pas un, mais deux navires. »

Il savait aussi qu’il mettrait bientôt son propre navire à risque, car l’aube approchait à grands pas, et l’Haida perdrait le couvert de la nuit.

« Nous avions appris à craindre une attaque aérienne de jour, a affirmé DeWolf plus tard, lors d’une entrevue. Nous n’avions aucune protection contre les bombardiers en piqué. »

Il est resté aussi longtemps qu’il a pu pour récupérer autant de survivants que possible.

Avec l’aube, le délai imposé de DeWolf est arrivé à terme. Trois matelots de l’Haida sont restés en arrière, dans un cotre motorisé, pour récupérer plus de marins de l’Athabaskan de l’eau. L’un d’eux était le matelot de 2e classe Jack Hannam.

« Lorsque j’étais au canon, ils appelaient des volontaires pour aider sur le pont supérieur... afin d’embarquer les survivants, a raconté Hannam par la suite.

J’ai donc quitté mon canon, en bas, et lorsque je suis arrivé à bâbord, où se trouvait le cotre motorisé, l’officier de pont cherchait à ce moment-là un volontaire pour descendre et le détacher. Alors je suis monté à bord, et je suis parti avec. »

Ils ont réussi à embarquer six survivants, mais un dangereux voyage les attendait – un voyage de jour à travers la Manche pour atteindre un lieu sûr.

En fin de compte, lorsque l’Haida a lentement commencé à reprendre de la vitesse et à s’éloigner de l’Athabaskan, il comptait 42 camarades de bord. Lorsque le navire est rentré à Plymouth, en Angleterre, la flotte entière les a acclamés. DeWolf a immédiatement reçu l’Ordre du service distingué (DSO).

Les six membres survivants du premier NCSM Athabaskan (G07) à bord du NCSM Athabaskan (282) en 2002.

Ce n’est là qu’une histoire dans la longue liste d’accomplissements de DeWolf comme fin stratège de combats maritimes.

Pendant ses 14 mois au commandement de l’Haida, qui comprenait des convois dans l’Arctique et des mesures contre les destroyers dans la Manche, l’Haida a participé au naufrage de plus d’une douzaine de navires ennemis.

Par conséquent, en plus du DSO, DeWolf a reçu la Croix du service distingué pour son courage et sa compétence dans la lutte contre les destroyers allemands, et a été mentionné deux fois dans les dépêches pour sa bravoure, son courage et sa détermination face à l’ennemi.

Son service exceptionnel en temps de guerre a été reconnu lorsqu’il a été désigné commandant de l’Ordre de l’Empire britannique et comme officier de la Légion du mérite américaine.

La Marine royale canadienne a reconnu l’héroïsme de DeWolf en nommant son premier vaisseau de patrouille extracôtier et de l’Arctique (VPEA) en son honneur. Les VPEA seront désignés la classe Harry DeWolf, le NCSM Harry DeWolf étant le premier navire de cette classe.

Ressources :

         La biographie d’Harry DeWolf.

Sources :

         https://www.pc.gc.ca/fr/lhn-nhs/on/haida/decouvrir-discover/hist1

         https://www.donnaward.net/hmcs-haida-and-the-sinking-of-the-athabascan/4/3119/resources.php (Anglais seulement)

         Michael J. Whitby, « ’Fooling’ around the French coast: RCN Tribal-class destroyers in action - April 1944 ».

         « Seasoned Sailors » - une entrevue avec Harry DeWolf – 1995

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