Max Bernays : Le courage devant un incendie ravageur dans la timonerie

Premier maître par intérim Max Bernays

Premier maître par intérim Max Bernays

Le 6 août 1942. La timonerie du Navire canadien de Sa Majesté (NCSM) Assiniboine est en proie aux flammes, transpercée par les obus du sous-marin allemand U-210 pendant un rude combat.

Max Bernays, un jeune marin de Vancouver, est le capitaine d’armes de l’Assiniboine, un poste normalement tenu par un marin beaucoup plus expérimenté.

L’Assiniboine, accompagné d’autres navires de guerre alliés, escorte un convoi dans l’Atlantique Nord lorsque son radar repère le sous-marin U-210 dans la brume. L’Assiniboine se lance alors à la poursuite de l’ennemi à pleine vitesse.

La visibilité chute de façon importante à mesure que le destroyer se rapproche.

Pendant près de 40 minutes, les deux adversaires se livrent à une partie fatale de cache-cache dans le brouillard laiteux. L’U-210 cherche à s’insérer dans le cercle de l’Assiniboine, tandis que le commandant du navire, John Stubbs, tente de se positionner pour pouvoir éperonner le sous-marin.

Les canons des deux navires ouvrent le tir à courte distance dans un tourbillon catastrophique de balles et de pièces hautement explosives. Les canons du sous-marin allemand attaquent la superstructure de l’Assiniboine, causant un incendie qui se propage sur le pont et une partie du gaillard d’avant.

Extrait du compte rendu après-combat de l’Assiniboine :

Un incendie du second degré se déclara à tribord, à la naissance du gaillard d’avant et se propagea presque à la passerelle et à travers l’infirmerie.

Dans la timonerie (une salle sous le pont ouvert où se trouvent le gouvernail et le télégraphe lié à la salle de moteurs), entouré de fumée et de flammes, le premier maître par intérim Max Bernays ordonne aux deux télégraphistes, des marins subalternes, de quitter le navire et le laisser seul à la barre, prisonnier du brasier.

Le premier maître Bernays exécute tous les ordres de la barre pendant que Stubbs manœuvre afin de positionner le navire contre le sous-marin allemand.

Bernays accomplit également le travail des deux télégraphistes en transmettant 133 ordres à la salle des machines. Les Allemands concentrent leurs tirs de mitrailleuses et de canon sur le pont et plusieurs balles et obus atteignent la timonerie.

Pendant que l’équipe de contrôle des avaries tente de maîtriser l’incendie, le duel se poursuit sans relâche. Les mitrailleuses du destroyer commencent à s’imposer lentement face au U-210. Les balles finissent par avoir raison du canon antiaérien de l’U-210 et la distance qui sépare les deux ennemis est assez grande pour que la pièce arrière du canon de 4,7 pouces de l’Assiniboine puisse tirer directement sur le kiosque du sous-marin, tuant ainsi la plupart de l’équipage du pont.

Je crois que le sous-marin n’a pas plongé parce qu’il espérait nous échapper grâce au brouillard […]. De plus, les nuages de fumée et les fusées éclairantes tirées de notre flanc tribord ont pu lui faire croire que nous étions gravement touchés.

Malgré l’incendie qui fait ravage en son centre et le fait qu’il est criblé de tirs d’obus, l’Assiniboine éperonne l’U-210 deux fois et le coule grâce à des grenades sous-marines.

Chez les Canadiens, ce combat acharné coûte la vie à marin et fait 13 blessés.

Par miracle, Bernays survit au bombardement de la timonerie et du pont, mais des fragments et éclats d’obus l’auraient atteint au visage, lui laissant un souvenir permanent des combats à la tempe.

L’équipage s’est conduit de façon irréprochable, même si c’était son baptême du feu.

Bernays a reçu la Médaille pour actes insignes de bravoure en reconnaissance de son comportement héroïque. Il a fait preuve d’un tel courage qu’un éminent officier général de la Marine royale du Canada (MRC) a proposé sa candidature pour la Croix de Victoria.

Le contre-amiral L.W. Murray a affirmé : « la façon dont ce marin relativement jeune est resté à son poste, seul, et il a transmis 133 commandes par télégramme, ainsi que les commandements à la barre nécessaires pour réaliser la destruction du sous-marin allemand, pendant que les obus explosifs du canon Oerlikon qui perçaient la timonerie et que sa seule voie de sortie était bloquée par les flammes, n’est pas seulement propre aux traditions les plus insignes du service, mais dépasse largement ces traditions. Je suis donc fier d’avoir le privilège de recommander le premier maître par intérim Bernays pour la Croix de Victoria. »

Si le comité des décorations et titres honorifiques de la MRC soutenait cette recommandation, les autorités britanniques estimèrent que la recommandation ne répondait pas aux critères rigoureux d’une V.C. et que le PM Bernays devait plutôt recevoir la Médaille pour actes insignes de bravoure.

C’est donc en l’honneur d’un véritable héros naval canadien qui a fait preuve de leadership et d’héroïsme exemplaires face au danger que le troisième navire de patrouille extracôtier et de l’Arctique portera le nom de Max Bernays.

Liens connexes : Lisez le récit du Capc John Stubbs, qui a éperonné le sous-marin allemand avec le NCSM Assiniboine

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