Une menace sur notre territoire : le SS Caribou coule pendant la bataille du Saint-Laurent

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Nouvelles de la Marine / Le 9 mai 2019

D’énormes explosions ont secoué les maisons et réveillé les habitants de Gaspé, un petit village de pêche de la péninsule au Québec, dans la nuit du 11 au 12 mai 1942.

Le sous-marin allemand U-553 qui se tenait à l’affût dans le golfe du Saint-Laurent avait torpillé deux cargos néerlandais, le Nicoya et le Leto. Il y a eu 18 morts et 123 survivants.

Une menace dont personne n’avait osé parler jusqu’alors venait de se concrétiser : des U-boot allemands se trouvaient dans le golfe du Saint-Laurent, et l’Allemagne nazie menaçait le Canada sur son territoire.

En 1942, les sous-marins allemands régnaient en maîtres pendant la bataille de l’Atlantique. Des groupes de U-boot ravageaient les convois des Alliés, faisant couler plus de vaisseaux que les Alliés n’étaient en mesure de construire. L’entrée en guerre des États-Unis a attiré encore plus de sous-marins allemands sur la côte est de l’Amérique du Nord.

Les sous-marins allemands se sont éventuellement rendus jusque dans les eaux territoriales du Canada, ce qui a donné lieu à la bataille du Saint-Laurent, une bataille encore peu connue tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Canada.

De 1942 à la fin de 1944, 16 U-boot allemands ont tiré plus de 50 torpilles et coulé 24 navires, dont trois navires de guerre de la Marine royale canadienne (MRC) : les Navires canadiens de Sa Majesté (NCSM) Raccoon et Shawinigan, dont les équipages en entier ont péri, et le NCSM Charlottetown, qui a perdu 10 marins.

Le naufrage du SS Caribou

La perte la plus importante en vies humaines, toutefois, est survenue le 14 octobre 1942 quand le traversier reliant Terre-Neuve à la Nouvelle-Écosse, le SS Caribou, a été coulé par le U-69 sous le commandement du Kapitän-Leutnant Ulrich Gräf.

Le SS Caribou est parti de Sydney, en N.-É., à environ 21 h 30 le 13 octobre 1942. Il avait à son bord 73 civils, dont 11 enfants, 118 militaires et 46 membres d’équipage.

Juste avant le départ, le capitaine du Caribou, le capitaine de vaisseau Benjamin Tavenor, a demandé à tous les passagers sur le pont de prendre connaissance de l’emplacement des bateaux de sauvetage. Son équipage et lui savaient qu’il y avait un risque d’attaque par un U-boot; lors du voyage précédent, l’escorte du Caribou avait attaqué sans succès un sous-marin avec lequel il y avait eu un contact.

L’escorte du Caribou pour ce voyage était un dragueur de mines de la MRC, le NCSM Grandmère. La nuit était sombre et on ne voyait pas la lune. Le capitaine du Grandmère, le lieutenant James Cuthbert, n’aimait pas la quantité de fumée produite par le Caribou ni sa position de couverture à l’arrière du Caribou, conforme aux procédures navales britanniques pour une escorte simple.

Cuthbert croyait que le meilleur endroit pour le Grandmère était devant le Caribou, et non en arrière. Il estimait qu’il serait plus en mesure de détecter le son d’un U-boot caché s’il pouvait bien voir vers l’avant.

Il avait bien raison, car le U-69 se trouvait directement dans la trajectoire du Caribou.

Gräf était à la recherche d’un convoi de trois navires navigant en direction de Montréal quand il aperçut, à 3 h 21, le Caribou qui dégageait un épais nuage de fumée à environ 60 kilomètres de la côte de Terre-Neuve.

Il a identifié à tort le Caribou de 2 222 tonnes et le Grandmère de 670 tonnes comme un traversier de passagers de 6 500 tonnes et un destroyer à deux cheminées. À 3 h 40, une torpille frappe le Caribou à tribord.

C’est alors le chaos total quand les passagers projetés hors de leurs couchettes par l’explosion se précipitent vers la superstructure et les bateaux de sauvetage. Pour une raison ou une autre, de nombreuses familles avaient été logées dans des cabines différentes et entaient de se retrouver dans la confusion générale.

De plus, de nombreux bateaux de sauvetage et radeaux ayant été détruits par l’explosion ou ne pouvant être mis à la mer, de nombreux passagers sont forcés de sauter par-dessus bord dans l’eau froide.

Pendant ce temps, le Grandmère a repéré le U-69 dans l’obscurité et a changé de cap pour l’emboutir. Gräf, toujours sous l’impression qu’il fait face à un destroyer et non à un dragueur de mines effectue une plongée rapide. Alors que le Grandmère passe au-dessus du tourbillon produit par le sous-marin submergé, Cuthbert tire six grenades sous-marines selon un tracé en losange.

Entre-temps, Gräf se dirige dans la direction du son du naufrage du Caribou, sachant pertinemment que les survivants flottant à la surface empêcheront le Grandmère d’attaquer de nouveau. Mais le Grandmère n’aperçoit pas la manœuvre du U-69 et Cuthbert largue trois autres grenades. Gräf lance un leurre et quitte lentement la zone.

À 6 h 30, le Grandmère abandonne la poursuite et commence le sauvetage des survivants. Des 237 personnes à bord du Caribou au départ de Sydney, 101 sont sauvées et 136 périssent.

La nouvelle du naufrage provoque l’indignation tant chez les amis que les familles des victimes, ainsi que la population en général, qui condamnent tous les nazis pour avoir pris pour cible un traversier bondé de passagers. Un éditorialiste du journal The Royalist à St. John’s écrit que le naufrage « est réellement un crime inutile sur le plan de la guerre. Il n’aura aucune incidence sur l’issue de la guerre, à part de nous convaincre davantage que les nazis doivent être éliminés de notre monde. »

Le fleuve Saint-Laurent n’a jamais été une des principales cibles des stratèges allemands, mais des attaques de U-boot y survenaient parfois. Le blocus du Saint-Laurent et tous les navires qui y ont été coulé n’ont donné aucun avantage stratégique au Troisième Reich.

Des 2 500 navires coulés au cours de la bataille de l’Atlantique, 23 (dont trois navires de guerre) l’ont été par la demi-douzaine de U-boot s’aventurant dans le golfe du Saint-Laurent.

Cette bataille du Saint-Laurent a finalement été gagnée dans l’Atlantique.

Le dimanche 5 mai 2019, des Canadiens et Canadiennes de partout au pays assisteront à des cérémonies soulignant les sacrifices consentis par ceux qui ont pris les armes en leur nom durant la bataille de l’Atlantique. Nous n’oublierons jamais le courage et l’altruisme de ceux qui ont péri, notamment ceux qui ont péri dans le Saint-Laurent.

Sources