Une famille navale contribue à accueillir une famille syrienne au Canada

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Nouvelles du Pacifique / Le 30 juin 2016

Par Rachel Lallouz

(Note de l’auteur : Cette entrevue n’aurait pas pu être réalisée sans la collaboration de Hanadi Ponsford, interprète. Comme il s’agit de propos traduits, les citations ont été révisées par souci de clarté.)

À la mi-février 2016, Zaki et Muzna Kaiyali, accompagnés de leur fille Rama, dix ans, et de leur fils Farouk, cinq ans, atterrissaient à l’Aéroport international de Victoria. La famille syrienne achevait ainsi un long périple depuis le Liban, après avoir fui la Syrie en 2011 et vécu près de cinq années d’incertitude à titre de réfugiés.

La famille Kaiyali ne parlait pas anglais, seulement arabe, mais bien qu’ils aient quitté une communauté qui leur était familière, ils ne se sentaient aucunement isolés.

Dans la zone des arrivées de l’aéroport, la famille recherchait des visages familiers. Un petit groupe de parents syriens était venu les accueillir, notamment Hanadi Ponsford, une proche cousine des Kaiyali qui avait aidé à remplir les documents nécessaires à l’immigration de la famille. Attendaient également à leurs côtés le capitaine de corvette (retraité) Bruce Nelms, maintenant contrôleur civil pour les Forces maritimes du Pacifique, et son épouse Jan, membre de la Cowichan Intercultural Society (CIS), l’organisation qui parraine un programme de réinstallation de réfugiés syriens à Duncan (C.-B.), où habitent les Nelms.

Ces derniers font partie des nombreuses familles qui ont accepté de parrainer une famille syrienne. Ils ont dû partager la responsabilité d’assurer une aide financière ainsi qu’une aide au logement et à la transition pour les Kaiyali pendant un an.

« Plus j’en apprenais sur la situation des réfugiés en Syrie, au Liban et en Iraq, plus mes yeux s’ouvraient et plus je comprenais que beaucoup de gens n’avaient qu’un semblant de vie », déclare Jan, qui a fait des études universitaires en anthropologie culturelle. « Tout un contraste avec les privilèges dont nous jouissons, mais ces privilèges s’accompagnent de responsabilités. Nous avons la responsabilité de faire ce que nous pouvons pour aider une personne à la fois, une famille à la fois. »

En Syrie, la famille Kaiyali menait une vie tranquille avant l’éruption des violences politiques en 2011. Muzna, mère au foyer, s’occupait de la maison qu’ils louaient dans la région d’Alep, et Zaki travaillait de longues heures, un charpentier avec plus de 20 ans d’expérience.

Mais leurs vies ont commencé à prendre un mauvais tournant lorsque le gouvernement syrien a réagi avec violence pour réprimer des manifestations pacifiques pour plus de liberté. « Le gouvernement a tout de suite commencé à tirer sur les gens, des bombes éclataient, des gens mouraient. Nous commencions à avoir vraiment peur de l’agitation dans notre communauté », se rappelle Muzna.

Alors que la violence s’installait, la maison de la mère de Zaki a été détruite par une bombe. C’est à ce moment que la famille a fui au Liban pour y trouver refuge.

« Nous ne nous sentions pas du tout en sécurité, et nous savions que ce n’était pas un endroit adéquat pour élever nos enfants », dit Muzna. « Nous rêvions de venir au Canada. Nous n’avions pas le choix, avec toute cette agitation, nous devions partir. »

Ponsford, au courant des dangers croissants qui menaçaient sa famille élargie, a pris contact avec la CIS en août 2015 lorsqu’elle a entendu dire qu’un groupe était intéressé à parrainer une famille de réfugiés syriens, et elle a présenté un dossier sur la situation de la famille.

La CIS a alors accepté d’entreprendre le long processus de documentation pour faire venir les Kaiyali au Canada.

Les personnes nées en Syrie obtiennent automatiquement le statut de réfugié au Canada, mais il reste que le parrainage de la famille Kaiyali a exigé beaucoup de travail de la part de l’équipe dirigée par Barb Kruger, membre de la CIS.

« En fait, nous ne savions pas du tout ce dans quoi nous nous lancions », déclare Jan à propos du processus de trois mois pour faire immigrer les Kaiyali. « Les choses se sont mises à débouler, à évoluer, et le processus est devenu très organique. »

Ponsford s’est chargée de remplir les documents d’immigration pour chaque membre de la famille Kaiyali, et a traduit tous les documents en anglais. Kruger a passé de nombreuses heures à chercher des contacts et des ressources pour la famille en prévision de son arrivée, et toute l’équipe de la CIS a rassemblé de l’information sur les écoles pour les enfants et la documentation médicale.

« C’était vraiment travail fait avec amour », déclare Jan. « Mais nous avions aussi des sentiments ambivalents : nous étions enthousiastes lorsqu’une petite étape était franchie et que nous nous approchions du but, mais nous étions aussi frustrés face à la paperasserie. »

Un logement temporaire a été trouvé lorsqu’un membre fondateur de la CIS qui avait siégé au conseil a offert son logement en sous-sol à Duncan pour un an à la famille Kaiyali.

« On ne se doute pas de l’immensité du travail qu’il a fallu accomplir en coulisse, de l’engagement nécessaire, de la ferme détermination à se rendre jusqu’au bout », souligne Jan.

Pendant que le dossier avançait au Canada, Muzna et Zaki se préparaient à quitter le Liban, et à laisser derrière eux la Syrie, le pays où ils étaient nés et avaient grandi.

« C’était une décision extrêmement difficile à prendre », souligne Muzna. « Il y a de grands traumatismes psychologiques à vivre en situation de guerre, la peur et le manque de sécurité. C’est ce que nous vivions. »

Le plus pénible du départ de la Syrie était de laisser derrière le reste de leur famille dans une situation inconnue, relate Muzna.

« La famille Kaiyali aurait voulu revenir à l’époque avant la guerre », explique Ponsford. « C’était la vie qu’ils voulaient vivre. Ils s’ennuient de la culture, des gens, de la nourriture. Ça ne se décrit pas. Ils s’ennuient de la maison. »

L’objectif premier de la famille, qui est maintenant installée à Duncan, est d’apprendre l’anglais.

« Nous voulons apprendre la langue pour dire sincèrement merci à tous les Canadiens qui nous ont aidés à entreprendre une nouvelle vie », affirme Muzna.

Zaki s’est trouvé du travail à temps partiel comme charpentier dans un atelier d’ébéniste.

« Nous espérons pour l’avenir de notre famille que nos enfants vivent en sécurité, qu’ils aient une bonne éducation, et que nous puissions tous entreprendre une nouvelle vie, une belle vie, une vie de paix », indique Muzna.

L’équipe de la CIS travaille actuellement à faire venir au Canada d’autres familles syriennes qui sont coincées dans des camps de réfugiés.

« Plus nous sommes au courant de la situation, plus nous sommes responsables d’apporter des changements positifs », déclare Jan. « Si la vie d’un enfant, la vie d’une famille prennent un tournant pour le mieux, nous avons accompli notre tâche. Quelle marque laisserons-nous? Telle est la question. »

Pour en savoir plus sur la CIS ou effectuer un don afin d’aider d’autres familles à venir au Canada, envoyez un courriel à Barb Kruger : refugee@cis-iwc.org