Un trésor dans la boue : une longue-vue de la Marine royale est découverte durant les travaux de dragage au port

Nouvelles de la Marine / Le 28 janvier 2020

Par Peter Mallett

Une longue-vue du XIXe siècle qui appartenait autrefois à un officier de la Marine royale est le dernier artéfact ancien d’importance trouvé durant les activités de dragage d’assainissement en cours dans le port d’Esquimalt, en Colombie-Britannique.

Le petit télescope a été préservé dans les eaux froides et les sédiments pendant plus de 137 ans avant que le godet d’une grande barge-grue retire l’objet du fond marin le 10 décembre 2019.

Des surveillants spécialisés en archéologie à bord d’une usine de traitement flottante avoisinante ont découvert le télescope alors qu’ils examinaient de plus près le grand chargement de sédiments déversé par la barge.

Une inscription sur la longue-vue a révélé que celle-ci appartenait à l’enseigne de vaisseau de 1re classe Bertram Chambers, un aspirant de marine.

Les longues-vues constituaient un outil maritime essentiel pour les officiers de marine et les capitaines des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. Ces derniers les utilisaient pour voir la terre ferme et d’autres navires, de même que pour se préparer aux attaques menées par des pirates ou des navires ennemis.  

Bien que ce ne soit pas le premier artéfact ancien trouvé durant les travaux d’assainissement, c’est l’un des plus intéressants au dire de Michael Bodman, responsable des activités d’assainissement du port d’Esquimalt, Sécurité et environnement de la Formation.

« Il ne nous arrive pas souvent de trouver un article personnel ayant appartenu à une personne d’une certaine renommée qui exerçait une influence au sein de la Marine royale, a-t-il déclaré. Maintenant, nous aimerions savoir comment l’article s’est retrouvé sur le fond marin du port d’Esquimalt. Surtout, quels autres navires et quelles autres choses le marin a-t-il vus à l’aide de la longue-vue tout en parcourant la planète? »

Article publié avec l’autorisation du journal Lookout

Pendant son séjour à Esquimalt, M. Chambers a servi à bord du Navire de Sa Majesté Satellite, une corvette relevant de la station du Pacifique de la Marine royale – ancêtre de la Base des Forces Canadiennes Esquimalt – de 1883 à 1886. M. Chambers a également servi aux bases de la Marine royale situées à Halifax et en Australie, avant de prendre sa retraite ultérieurement en 1926, ayant alors atteint le grade d’amiral.

Une équipe de spécialistes de la conservation du Musée royal de la Colombie-Britannique tente actuellement de confirmer l’authenticité du télescope et de déterminer ce qu’il faut faire avec cette trouvaille. M. Bodman a expliqué que lorsqu’elle a été découverte, la longue-vue était étonnamment en bon état, en dépit des dommages qu’elle a subis, entre autres, la corrosion et l’eau de mer qui s’est infiltrée à l’intérieur de l’un de ses compartiments. Il a précisé également que l’eau froide et les sédiments majoritairement mous que l’on trouve dans le port ont largement contribué à la préservation de la longue-vue et d’autres objets trouvés.

La section Sécurité et environnement de la Formation a sollicité l’aide de scientifiques et d’archéologues locaux pouvant travailler à l’usine de traitement et examiner les sédiments en vue de trouver des articles de valeur ou d’intérêt historique. Caitlin Craig, étudiante en anthropologie à l’Université de Victoria, a aidé à examiner les sédiments, principalement de la boue noire épaisse, en tant qu’étudiante dans le cadre du programme d’enseignement coopératif en 2019. Plus de 2 000 objets anciens ont été trouvés dans le port et elle les décrit comme étant un « trésor ».

« On a notamment trouvé des flacons de médicaments qui appartenaient au médecin d’un navire, des assiettes de mess et des boutons [de chapeaux] et des insignes de diverses unités de la Marine royale, allant de l’infanterie légère à l’artillerie, a ajouté Mme Craig. Ces artéfacts offrent un aperçu de la vie d’un marin au début des années 1900. »

Parmi les autres objets trouvés, mentionnons des pipes en argile, des bouteilles de produits de toilette, comme du tonique capillaire et de l’eau de Cologne, de même que des articles plus récents, par exemple, des masques à gaz et un casque d’écoute de la Seconde Guerre mondiale, et des microfiches datant des années 1970.

Les travaux visant à retirer environ 110 000 mètres cubiques de sédiments contaminés au port d’Esquimalt ont été entamés en 2016 dans le cadre du projet d’assainissement du port d’Esquimalt, et ils se poursuivent encore aujourd’hui. En raison des activités navales et industrielles qui ont été menées pendant bien des années dans le port d’Esquimalt (entre autres, construction navale, maintenance et réparation de navires, exploitation de scieries privées et entreposage de carburant), des dépôts de mercure, de plomb et de cuivre, ainsi que d’autres contaminants industriels, se retrouvent désormais sur le fond marin. Parmi ceux-ci se trouvent aussi des artéfacts.

Après avoir été nettoyés, photographiés et catalogués, certains des artéfacts les plus intéressants seront conservés au Musée royal de la Colombie-Britannique aux fins d’études approfondies. Par ailleurs, on a déjà aménagé cinq vitrines dans un bâtiment auxiliaire près de la jetée B nouvellement achevée à Esquimalt, lequel présentera par rotation dans l’avenir une sélection d’artéfacts trouvés durant les travaux de dragage qui illustrent l’histoire du port d’Esquimalt.