Un sous-marin Canadien illustre son rayon d’action mondial

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Nouvelles de la Marine / Le 29 mai 2018

Le correspondant spécial Guy Toremans du WARSHIPS International Fleet Review reçoit en entrevue le chef de la force sous-marine de la Marine royale canadienne (MRC) et apprend en quoi ses bâtiments constituent un important moyen stratégique de sécurité maritime. Après une entrée en service peu heureuse mais remarquée dans la MRC, ces sous-marins font la preuve de leur capacité de se déployer dans le monde.

 

Les sous-marins de la classe Victoria ont traversé des moments difficiles peu après leur acquisition par le Canada auprès de la Marine royale britannique, à la fin des années 1990. La découverte de fuites, de fissures dans les soupapes, voire, sur l’un d’eux, d’une coque cabossée n’a été que le début d’une suite d’ennuis qui n’a pas aidé aux efforts de mise en service de ces anciens sous-marins britanniques de la classe RN Upholder.

De plus, le Navire canadien de Sa Majesté (NCSM) Chicoutimi a pris feu pendant son trajet de livraison en provenance du Royaume-Uni, en 2004, ce qui a entraîné le décès de l’un des membres de son nouvel équipage; le bâtiment a été remorqué en Écosse avant de finalement être transporté outre-Atlantique à bord d’un transporteur de charges lourdes.

Tout cela est passé. Depuis 2014, la force sous-marine canadienne est stable, ayant atteint son but d’avoir à disposition trois de ses quatre sous-marins à propulsion classique de la classe Victoria pour des opérations pendant que le quatrième est en grands travaux de maintenance.

Pendant l’important exercice DYNAMIC MANTA de lutte anti-sous-marine (LASM) de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) qui a eu lieu récemment dans la Méditerranée, dont le présent magazine a réussi à obtenir une vue de l’intérieur de la part du dirigeant lui-même, le capitaine Christopher Robinson, commandant (cmdt) de la force sous-marine canadienne. Il explique que le cycle d’exploitation « voit au moins un navire en exploitation sur ou à partir de chacune des côtes » et qu’à ses yeux, « la classe Victoria a la capacité sans pareille d’exploiter la furtivité et le silence tactiques pour créer un effet opérationnel et stratégique optimal dans le domaine maritime ». Le Capt Robinson indique également que « la force sous-marine canadienne, en tant que grand moyen stratégique, mène couramment ses activités dans le monde entier. Ses navires patrouillent quotidiennement le long des trois côtes du Canada; ils ont pris part à des activités clés de défense et de sécurité continentales, comme l’opération CARIBBE, en plus de se déployer sur la scène internationale ».

Le NCSM Chicoutimi, à la fin de 2017, a été envoyé en Asie-Pacifique, ce qui constitue une première pour un sous-marin de la MRC depuis les années 1960 et la toute première présence d’un bâtiment de la classe Victoria dans cette partie du monde. « Avant l’affectation actuelle du NCSM Chicoutimi, la plus longue mission d’un bâtiment de la classe Victoria a été une patrouille de 101 jours dans l’Atlantique Nord effectuée par le NCSM Windsor en 2015 », précise le Capt Robinson. « La MRC a montré, par ces missions, sa capacité d’exploiter des bâtiments de la classe Victoria à de très grandes distances de façon prolongée, sans compter que ces déploiements étaient simultanés et se chevauchaient. »

Le NCSM Corner Brook se trouve présentement au chantier naval Victoria, à Esquimalt, où il passe une période en cale sèche prolongée conformément au contrat de soutien en service passé avec Babcock Canada. Il doit reprendre le service opérationnel en 2019.

La période en cale sèche prolongée du NCSM Corner Brook comprend le remplacement de structures externes et du dôme arrondi du sonar, une mise à niveau des systèmes de combat, l’acquisition de la capacité de lancer des torpilles lourdes Mk48 Mod 7AT, l’installation d’une suite sonar BQQ-10, d’un système moderne de communications satellites et de capacités d’interception des communications.

« Le NCSM Corner Brook est le deuxième bâtiment à profiter de cet ajustement », précise le Capt Robinson. « Le NCSM Windsor a été le premier. Les deux autres sous-marins en profiteront également, au fil d’une série de périodes en cale sèche moyennes à venir. Le NCSM Victoria participe à des préparatifs opérationnels et, en ce moment, les deux sous-marins en état de préparation élevé sont le NCSM Windsor et le NCSM Chicoutimi. »

Le NCSM Chicoutimi a quitté Esquimalt à la mi-septembre 2017 pour entreprendre un déploiement de sept mois dans la région de l’Asie-Pacifique. La MRC ne divulguera pas de détails précis sur les activités du sous-marin, dont la base d’opérations était le Japon, ni sur l’endroit exact de ses activités. Bien que les aspects précis de la mission du NCSM Chicoutimi soient secrets, on peut supposer qu’une partie de sa mission comprenait la surveillance de navires en mer, peut-être dans le cadre de l’application des sanctions imposées à la Corée du Nord par l’Organisation des Nations Unies (ONU). « Pratiquement tout ce que nous faisons est classifié », fait remarquer le Capt Robinson. « Ce que je peux dire, c’est que le déploiement en cours de 197 jours du NCSM Chicoutimi a été désigné comme une mission courante de la MRC visant à souligner, comme le veut la politique de défense du Canada, l’importance stratégique de la région Asie-Pacifique pour le Canada tout en renforçant l’engagement canadien envers le maintien de la paix et de la sécurité dans cette région. »

En février 2018, le deuxième navire en état de préparation élevé, le NCSM Windsor, a entrepris une longue visite dans le théâtre européen, ce qui constitue une autre première pour la MRC, soit la présence active d’un sous-marin de la classe Victoria dans la mer Méditerranée.

Bien que le NCSM Windsor ait participé à des déploiements antérieurs dans le théâtre européen, en 2015-2016, il n’a agi que dans l’Atlantique et dans les eaux d’Europe du Nord. Au cours de ce déploiement, le NCSM Windsor devait prendre part à un important exercice de l’OTAN mais a été réaffecté à une mission de suivi d’une concentration soudaine de sous-marins russes dans l’Atlantique Nord. Le NCSM Windsor est désormais très bien équipé pour les missions de cette nature, selon le Capt Robinson.

« Le NCSM Windsor a été le premier des quatre bâtiments de la classe Victoria de la Marine canadienne à être muni d’une suite de traitement sonar Lockheed Martin AN/BQQ-10 (V)7 », rappelle-t-il. « C’est une variante du programme, disponible sur le marché, d’insertion acoustique rapide de la marine américaine, ce qui accroit énormément la capacité de détection et de ségrégation du sous-marin. Cet ajout a été fait pendant la période de cale sèche moyenne qui a précédé le départ du bâtiment pour le déploiement actuel. Le sonar mis à niveau permet à l’équipage de repérer des objets à plus grande distance et de détecter les sons révélateurs des moteurs, même le bruit des roulements, des pompes à air et des moteurs hydrauliques, pour déterminer la classification à laquelle appartient le bâtiment, et quelquefois de reconnaître le bâtiment lui-même. »

Le navire a profité d’autres mises à niveau très importantes, comme l’explique le responsable de la force sous-marine : « Le NCSM Windsor est aussi le premier de sa classe à accueillir un système d’autopilotage qui prend en charge des tâches comme le maintien de la profondeur. En immersion périscopique, il faut que le mât émerge suffisamment pour donner une bonne vue, mais pas tant qu’il invite à la détection. C’est difficile, particulièrement à basse vitesse. Tout ce que l’on peut faire pour améliorer la capacité d’obtenir un bon maintien de la profondeur est donc tactiquement pertinent. »

Malgré tous les écueils rencontrés, les sous-marins de la classe Victoria constituent maintenant une contribution de la MRC aux moyens militaires stratégiques déployables du Canada.

« Nos sous-marins à long rayon d’action, capables de fonctionner en eaux libres, sont extrêmement polyvalents, ce qui leur permet de fonctionner [en mer] pendant des périodes pouvant atteindre 45 jours », précise le Capt Robinson. « Ils sont capables d’exécuter différentes missions, notamment la surveillance des traits de côte canadiens, le soutien aux organisations maritimes d’application de la loi et aux autres ministères, la lutte au terrorisme, le soutien aux forces d’opérations spéciales et les rôles constabulaires de soutien des opérations antidrogue de la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Ils peuvent aussi mener des patrouilles pour le ministère des Pêches et des Océans et des opérations d’interdiction de l’immigration illégale, sans compter les patrouilles de surveillance couverte. »

Au sujet des mises à niveau supplémentaires prévues, le Capt Robinson a précisé qu’elles comprendraient l’installation de nouveaux écrans, de mises à niveau du traitement sonar, d’écrans de contrôle et d’image des périscopes de recherche et de poursuite ainsi que de l’intégration aux systèmes de mesure des systèmes électroniques (MSE). La principale préoccupation du Capt Robinson est de faire en sorte que les sous-marins sont dans le meilleur état possible de préparation opérationnelle et ont la capacité de s’acquitter des tâches qui sont leur sont confiés.

« C’est un défi de taille », observe le Capt Robinson, « parce que pour atteindre un tel niveau, il faut impérativement que mon personnel ait un niveau optimal d’instruction. Nous sommes à la recherche de personnes très engagées qui peuvent s’adapter à un style de vie peu confortable. La dureté de la vie à bord et les sacrifices personnels auxquels doit consentir tout sous-marinier chaque jour sont des facteurs essentiels. Quiconque désire se joindre à la force sous-marine doit avoir le goût de l’aventure et une forte motivation. »

La politique de défense du Canada, Protection, Sécurité, Engagement, publiée en juin 2017, annonçait que les sous-marins de la classe Victoria feraient l’objet d’une modernisation au milieu des années 2020, ce qui garantira leur efficacité continue jusqu’au milieu des années 2030. Le Projet de modernisation de la classe Victoria servira de cadre à cette opération. Les travaux, qui sont toujours en cours de définition, pourront comprendre la maintenance de l’ensemble coque, machines et systèmes électriques (CMSE), la réparation et la préservation des coques interne et externe, la mise à niveau ou le remplacement des alternateurs et des piles, la mise à niveau des systèmes de données de combat, des antennes de coque, de flanc et remorquées, de la suite de communication et de la suite de guerre électronique (GE).

D’ici 2035, les quatre bâtiments canadiens de la classe Victoria auront dépassé la quarantaine. Par conséquent, la MRC s’intéresse déjà à des remplacements envisageables. L’une de ses demandes d’acquisition vise de nouveaux sous-marins diesel-électriques (maximum de 12). Si le Canada confirme l’exécution d’un futur programme de sous-marins, sans avoir de capacité nationale de construction de tels bâtiments, il devra soit acquérir de nouvelles plates-formes sur le marché international de l’usagé, soit conclure un contrat avec un constructeur de navires pour la construction de la nouvelle plate-forme. Il est possible que la construction comprenne la fabrication de certains des modules au chantier naval Irving d’Halifax. Les candidats possibles à la conception et à la construction du futur sous-marin canadien pourraient inclure le Suédois Saab Kockums, le Français Naval Group (l’ancien DCNS), l’Espagnol Navantia, l’Italien Fincantieri et l’Allemand ThyssenKrupp Marine.

Cet article a été publié dans le numéro de juin 2018 du magazine WARSHIPS International Fleet Review. Il est reproduit avec la permission de son auteur, de l’éditeur du magazine et de son diffuseur. Pour en apprendre davantage sur cette publication, veuillez consulter le site www.warshipsifr.com.