Un réfugié qui a fui les FARC est maintenant sous-marinier au Canada

Nouvelles de la Marine / Le 6 juin 2019

Par l’Ens 1 M.X. Déry, AP FMAR(P)

Il y a vingt-deux ans, bien avant de s’enrôler dans la Marine royale du Canada et six ans avant d’immigrer au Canada, le matelot-chef (Matc) Angel Soto cherchait à échapper à la mort en Colombie en compagnie de sa famille.

Les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), connues dans ce pays sous le nom de Fuerzas Armadas Revolucionarias de Colombia, étaient venues dans leur petite ville pour corrompre des fonctionnaires et le père du Matc Soto était le trésorier de la municipalité. Lorsque ce dernier a refusé de se plier aux FARC, il n’avait que très peu de temps pour échanger ce qu’il possédait afin de pouvoir s’échapper avec sa famille.

« Mes parents avaient une belle maison et nous avons dû l’échanger contre une moto, rapporte le Matc Soto. Mon père et moi sommes partis à 5 h du matin sur cette moto. »

Sa mère, son frère cadet et sa sœur de quatre mois se sont cachés dans un camion de marchandises qui quittait la ville pour échapper aux guérilléros.

« Nous avons dû repartir à zéro, sans autre possession que les vêtements que nous portions et cette moto. »

Avec le temps, sa famille a réussi à se refaire une vie à Bogotá, la capitale de la Colombie. Après cinq ans, la famille était propriétaire d’une petite épicerie.

Cependant, en 2011, des guérilléros des FARC ont fait irruption à l’épicerie, à la recherche du père du Matc Soto. Il n’y était pas. Par contre, la mère du matelot a été blessée par balle lors de l’altercation. Elle a survécu, mais elle souffre encore aujourd’hui des blessures qu’elle a encaissées ce jour-là.

« Nous devions déménager tous les trois mois. Nous ne pouvions rester nulle part très longtemps. »

De ville en ville, d’un travail à un autre, la famille Soto a parcouru la Colombie, tout comme environ 25 p. 100 de la population qui sont devenus réfugiés internes exilés à cause du conflit.

Heureusement, le père du Matc Soto a entendu parler d’une église mennonite à Bogotá qui aidait des réfugiés à quitter le pays. L’église les a nourris et a commencé à leur expliquer le processus pour venir au Canada, de la demande du statut de réfugié aux moyens pour composer avec la neige une fois qu’ils auraient immigré.

Pendant l’escale à Atlanta, la famille du Matc Soto a été détenue par les services de sécurité parce qu’elle ne parlait pas anglais et qu’elle avait raté le vol de correspondance à destination du Canada.

« C’était difficile, puisque nous n’avions pas d’argent pour manger. Je crois que c’est la dernière fois où nous n’avons pas assez eu à manger. »

Enfin, après l’arrivée de la famille à Vancouver en 2003, les parrains mennonites lui ont trouvé un endroit où vivre et de quoi se nourrir pendant un an pour qu’elle puisse s’établir et apprendre l’anglais.

« C’était tout un choc. Mon père parlait un peu anglais à l’époque où il fréquentait l’école élémentaire. Mon frère et ma sœur, plus jeunes, n’ont pas tardé à l’apprendre. »

Quelques années plus tard, ils étaient citoyens canadiens, mais il n’était pas facile de se défaire du traumatisme d’avoir été en fuite pendant des années.

« Il a certainement fallu un bon moment pour nous sentir suffisamment en sécurité pour sortir et jouir de la vie, souligne le Matc Soto. Lorsqu’on cognait à la porte, mon père ne faisait qu’entrouvrir la porte et il regardait qui était de l’autre côté en demandant “Qui est-ce?”. »

Après l’école secondaire, le Matc Soto a occupé quelques emplois et il a commencé à songer à une carrière d’électricien.

« J’avais suivi quelques cours d’électricien pour travailler en construction et j’ai eu la piqûre. Lorsque j’ai vu les publicités dans lesquelles on disait “Engagez-vous dans la Marine et parcourez le monde : nous avons besoin d’électriciens”, ça a cliqué. C’est un bon moyen de faire quelque chose pour un pays qui nous a pratiquement sauvé la vie. »

Neuf ans plus tard, le Matc Soto est un sous-marinier, un technicien de marine et un mari. Il rend encore régulièrement visite à ses parents. Même s’il trouve difficile d’être loin de sa famille, il ne tarit pas d’éloges pour la camaraderie qui règne dans la Marine royale canadienne.

« J’ignore si c’est parce qu’en grandissant, je ne pouvais pas me faire d’amis puisque nous étions toujours en fuite, mais la capacité de me faire des amis dans la Marine, des gens de partout au monde, me met du baume au cœur. Ça reflète bien l’essence du Canada, des gens de partout au monde, qui servent à bord d’un seul navire. »

Le Matc Soto a connu tout un cheminement pour en être où il est rendu aujourd’hui, et ses amis de la Marine l’ont encouragé à raconter son histoire. Il a donc commencé à écrire un livre sur sa vie, du moment où, à 14 ans, il a dû fuir les FARC en Colombie, au miracle qui s’est produit quand son père a entendu dire qu’une église mennonite envoyait des gens au Canda, jusqu’à la navigation sous les flots à bord d’un sous-marin.

« Je suis allé voir mes parents et je leur ai demandé des détails pour m’assurer que tout soit exact. » Il s’étonne toujours qu’ils n’aient jamais baissé les bras.