Un membre de la MRC dirige l’opération de neutralisation d'une bombe à Londres

Nouvelles de la Marine / Le 10 février 2017

Un membre de la Marine royale canadienne (MRC), en mission dans le cadre d'un échange avec l'équipe de neutralisation des bombes de la zone la plus fréquentée du Royaume-Uni, était en service lorsqu’une ancienne bombe aérienne allemande de type SC50 de la Seconde Guerre mondiale a été découverte en plein cœur du centre-ville de Londres.

Dans la soirée du 19 janvier 2017, la Southern Diving Unit 2 (SDU2) [unité de plongée], basée à Portsmouth (Angleterre), a été chargée par le Joint Service Explosive Ordnance Disposal Operations Centre en vue d’intervenir face à la découverte. Le Lieutenant de vaisseau Mike St-Pierre, officier plongeur-démineur de la MRC, a répondu à l’appel, en tant qu’officier responsable.

Le Centre d’opérations a précisé qu’il s’agissait d’une tâche particulière : la bombe se trouvait à quelques mètres seulement des infrastructures essentielles, dont les deux stations de métro les plus fréquentées de la ville ainsi que le ministère de la Défense et la Chambre des Communes. Toutes les zones dans les alentours ont été évacuées par la police métropolitaine de Londres, qui a ordonné la fermeture effective du cœur de la ville. Cette tâche a suscité l'intérêt au sein des plus hautes sphères gouvernementales, et toutes les ressources ont été mobilisées pour activer l’opération.

Disposant d’un préavis de mouvement de 10 minutes pour les tâches de neutralisation des explosifs et munitions et de neutralisation de dispositifs explosifs de circonstance, la SDU2 a lancé ses procédures de rappel et s’est mise en route dans les minutes qui ont suivi la réception de l’appel. Puisque le facteur temps était d’une extrême importance, l’équipe s’est rendue le plus rapidement possible à Londres, à bord de ses véhicules de déminage, sous escorte policière. Les véhicules de l’équipe roulaient à une très grande vitesse, car la conduite en situation avait été autorisée.

Le Ltv St-Pierre agissait comme point central et intermédiaire pour toutes les exigences opérationnelles. Compte tenu de la taille et de l’instabilité de la munition signalée, plusieurs mesures ont été prises : des cordons de sécurité ont dû être installés immédiatement; des navires d’intervention maritime de la Police métropolitaine étaient chargés d’assurer le cordon maritime de la Tamise; des hélicoptères devaient effectuer la surveillance aérienne; enfin, des réseaux et des canaux de communication sécurisés ont dû être établis. Toute cette activité a été réalisée pendant que l’équipe était en route vers les lieux du déminage.

Une fois sur place, le Ltv St-Pierre et son équipe composée de quatre plongeurs-démineurs ont rencontré le commandant sur place de la Police métropolitaine afin d’avoir le point de la situation. D’autres personnes ont été invitées pour un breffage complet, notamment des spécialistes en matière de services d’incendie, d’ambulance et d’infrastructure nationale ainsi que le capitaine de port. Une fois les mesures de sécurité mises en place, l’on pouvait alors procéder à la phase difficile qui consiste à stabiliser la bombe et à planifier son retrait et sa neutralisation sécuritaire.

La Police métropolitaine a réagi rapidement à la situation. Ayant été confrontée pendant de nombreuses années à des incidents de sécurité hautement médiatisés survenus à Londres, la Police métropolitaine peut mobiliser une véritable armée de personnes et de biens en quelques minutes. Les exigences relatives au cordon, à l’évacuation et à la sécurité étaient en place dans les meilleurs délais. Le Ltv St-Pierre n’avait alors qu’à se rendre sur les lieux pour évaluer l’état de la munition.

« La munition était intacte, mais il était impossible d’enlever le fusible en raison de son état. Cela a changé la dynamique de la tâche, car sans le retrait du fusible, la bombe est par nature plus encline à un déclenchement », a affirmé le Ltv St-Pierre.  

Bien qu’historique – elle a été larguée environ 80 ans avant la bataille d’Angleterre – la bombe pouvait accomplir son but original. « Ce qui me préoccupait le plus c’était de stabiliser la munition et de la mettre dans l’eau le plus vite possible afin de réduire le rayon de menace, a affirmé le Ltv St-Pierre, avant d’indiquer que « la seule option que nous avions était d’effectuer un déplacement contrôlé de la munition avec le fusible ».

Lors d’une discussion avec la Garde côtière et le capitaine de port, une zone de 18 milles marins en aval de la Tamise a été jugée convenable pour effectuer la démolition contrôlée. Pour y parvenir, le Ltv St-Pierre et son équipe ont déplacé la bombe à la main, puis l’ont attachée à un coussinet-élévateur à flottabilité positive, avant de le mettre à l’eau.

Une fois dans la colonne d’eau, l’équipe était en mesure de réduire le rayon du souffle et de la fragmentation pendant que l’embarcation transportait la pièce d’artillerie à l’extérieur du centre-ville de Londres. Cependant, la vitesse de transport serait limitée autour de quatre nœuds. « Il était clair que nous étions partis pour une nuit longue et froide », se rappelle le Ltv St-Pierre, avec un petit sourire.

Le transport était davantage ralenti par la nécessaire coordination avec la Police métropolitaine pour desservir les artères de transport en provenance et à destination de la ville, y compris un certain nombre de lignes de train et de métro, pendant qu’on transportait la munition sur le fleuve.

Le 20 janvier à 13 h, l’équipe a entamé le transport, sous l’escorte de trois embarcations d'intervention de la Police métropolitaine et sous la surveillance aérienne d’un hélicoptère. Enfin, la bombe a été transportée le long de la Tamise, sans retard ou incident majeur, et est arrivée sur les lieux de la destruction à 17 h 45. Une fois sur place, l’équipe a préparé la munition à l’aide d’explosifs à détonation. À 6 du matin, le compte rebours de la détonation a été lancé et une explosion réussie a été consignée à 6 h 05 – la bombe de type SC50 s’est avérée aussi meurtrière que le jour où elle a été largué.

Au sujet de la tâche, le Ltv St-Pierre a fait le commentaire suivant : « C'est l’une de ces tâche qui renforcent et valident complètement la formation que nous suivons. L'un dans l'autre, la mission ne pouvait pas mieux se passer ».

Et la partie la plus difficile du travail? « Avez-vous déjà reçu un breffage de la part d’une personne ayant un fort accent cockney? Impossible. J’ai besoin d’un interprète anglophone. »