Présence maritime : Opérations navales canadiennes dans les eaux européennes

Nouvelles de la Marine / Le 12 juin 2018

De M. Lee Willett, Ph. D.

Reproduit avec l’aimable autorisation de Jane’s Defence Weekly

La Marine royale canadienne (MRC) maintient une présence continue constante dans les eaux européennes afin de répondre à l’une des priorités élevées de la politique nationale et d’appuyer les intérêts de l’OTAN.

En raison de sa situation géostratégique, le Canada se retrouve confronté à des enjeux maritimes sur trois océans : l’Arctique, l’Atlantique et le Pacifique. La couverture de telles superficies mettrait à l’épreuve les capacités de nombreux services navals.

Cependant, en plus d’assurer la sécurité de son voisin maritime immédiat, le Canada appuie également des intérêts bien plus éloignés, notamment dans les Caraïbes, les régions asiatiques et indiennes du Pacifique, au large de la côte de l’Afrique occidentale et dans les eaux qui entourent l’Europe occidentale.

Un survol superficiel des récentes activités navales de l’OTAN dans le théâtre des opérations en Europe révèle la présence constante des navires de surface et des sous-marins de la MRC, ainsi que le déploiement des plateformes de la MRC des eaux de l’Europe du Nord jusqu’à la mer Noire. Comme l’ont fait de nombreux États membres de l’OTAN depuis le retour des tensions avec la Russie en 2014, le Canada a réaffirmé son engagement à maintenir la défense, la dissuasion et l’assurance dans la région.

« Il est certain que, depuis [le milieu de l’année] 2014, en réalité, nous avons maintenu une présence quasi continue ici avec l’OTAN au sein des Groupes maritimes permanents de l’OTAN [SNMG] », a affirmé le contre-amiral Craig Baines, commandant des Forces maritimes de l’Atlantique et de la Force opérationnelle interarmées (Atlantique).

Cette présence et cet engagement sont actuellement assurés par le NCSM St. John’s, frégate lance-missiles de la classe Halifax, et le NCSM Windsor, sous-marin diesel-électrique de la classe Victoria. Depuis 2014, les frégates de la classe Halifax ont assuré une présence continue, étant déployées soit au sein du SNMG1, soit au sein du SNMG2. Le déploiement du NCSM Windsor est le troisième déploiement de navires de la classe Victoria dans la région depuis 2015.

« Nous avons maintenu cet engagement parce qu’il s’agit de l’une de nos priorités absolues : soutenir l’OTAN », a dit le Cam Baines à Jane’s.

En 2017, le Canada a publié sa politique de défense la plus récente, Protection, Sécurité et Engagement. La politique parle de la « protection du Canada », qui s’articule autour des trois océans, de la « sécurité en Amérique du Nord », et de « l’engagement dans le monde », indique le Cam Baines. Soutenir l’OTAN, c’est « être engagé dans le monde », a-t-il poursuivi. « Nous croyons à un ordre international fondé sur des règles, et l’OTAN est l’une de nos priorités les plus élevées lorsqu’il s’agit de soutenir ce concept. »

Priorité stratégique

Au sein d’une structure conçue pour définir les priorités du Canada en matière de défense sur un horizon prévisionnel de 20 ans, Protection, Sécurité, Engagement affirme que l’engagement du Canada envers l’OTAN reste robuste, constant et inébranlable, et réaffirme que le Canada « prend très au sérieux sa responsabilité [à titre de membre de l’OTAN] visant à participer aux efforts de dissuasion contre l’agression d’adversaires possibles dans tous les domaines ».

Dans l’avant-propos de la politique, Harjit Sajjan, ministre de la Défense nationale, affirme : « Nous ne pouvons pas assurer la protection du Canada sans concrétiser notre engagement dans le monde. » En vertu du volet de l’« engagement » de la politique, la participation aux affaires mondiales renforcera le rôle des Forces armées canadiennes dans la contribution à la stabilité internationale, alors que le Canada cherche « à être un acteur crédible et engagé à l’échelle internationale ».

La politique exige que les Forces armées canadiennes tiennent les engagements de l’article V [défense collective]; dirigent les efforts de l’OTAN visant à dissuader et à vaincre les adversaires ou y contribuent; et soutiennent les missions de stabilisation et de soutien de la paix de l’Alliance.

Citant plusieurs enjeux, notamment le rôle du Canada et ses obligations en tant que membre de l’OTAN, la résurgence de la concurrence entre les grandes puissances dans les théâtres de l’Atlantique et du Pacifique, l’importance de la stabilité mondiale pour le soutien d’un ordre international fondé sur des règles, ainsi que le maintien nécessaire des lignes de communication maritimes (LCM) sécurisées et du commerce international, Protection, Sécurité, Engagement souligne l’importance toujours actuelle de la dissuasion pour le Canada et ses alliés. La politique indique également que les alliés de l’OTAN « étudient de nouveau comment dissuader un large spectre de menaces contre l’ordre international en maintenant des capacités militaires conventionnelles perfectionnées qui pourraient être utilisées dans l’éventualité d’un conflit avec un ennemi “à force quasi-égale” » [concurrent].

Selon Protection, Sécurité, Engagement, les capacités militaires conventionnelles du Canada sont conçues pour défendre ses propres territoires et les intérêts de l’OTAN, dans ce dernier cas, « en maintenant des forces expéditionnaires interopérables de grande qualité pouvant être déployées par le Canada, au besoin, pour contribuer efficacement à la posture de dissuasion, aux opérations, aux exercices et aux activités de renforcement des capacités de l’OTAN ».

Sur le plan de la capacité maritime, la politique déclare que « les forces navales mettent à la disposition du Canada un moyen souple et adapté pour réagir à un vaste éventail de situations maritimes et elles sont un instrument de puissance nationale sur la scène internationale ».

Le Cam Baines a affirmé que l’engagement constant du Canada à l’égard de l’engagement international « nous a donné la politique qui sous-tend tout ce que nous devrions faire ». En sus des navires et des sous-marins en mer en Europe, la contribution du Canada à l’OTAN comprend un groupement tactique de l’armée et, au besoin, des avions de chasse à l’appui des tâches de police aérienne. « Lorsque vous rassemblez toutes ces capacités », a dit l’amiral, « vous obtenez un engagement très, très solide du Canada envers l’OTAN. »

Pour le Canada, il existe un lien évident entre engagement, présence et dissuasion. « Je crois que la dissuasion est la plus efficace si elle s’accompagne à la fois d’une présence et d’une capacité », a affirmé le Cam Baines. « Vous pouvez avoir ces deux caractéristiques sous une forme latente à un endroit ou à un autre, mais si vous vous trouvez effectivement dans la région (...) et si vous travaillez de concert avec d’autres partenaires, je pense que vous avez une situation idéale. »

La présence des navires de la MRC, par exemple, « représente un engagement tangible (...) envers nos alliés », a dit le capitaine de frégate Noseworthy, commandant du NCSM St. John’s.

Dans le cadre de l’opération REASSURANCE, la contribution nationale du Canada aux mesures collectives de défense et d’assurance de l’OTAN en Europe, le Capf Noseworthy a indiqué que la MRC « opère plus directement [à l’appui de] nos alliés européens dans la mer Baltique, la mer du Nord et la mer Méditerranée, en fournissant les capacités militaires nécessaires à l’instruction, aux exercices et aux autres tâches attribuées par l’OTAN, tout en démontrant l’engagement du Canada à promouvoir la sécurité et la stabilité dans les zones de responsabilité [AOR] de l’Europe centrale et de l’Europe de l’Est ».

Le NCSM St John’s est déployé avec le SNMG1 et a entrepris des missions sur tout l’éventail des opérations à l’appui des exigences de l’OTAN, a dit le commandant à Jane’s au cours d’une entrevue alors que le navire partait pour la mer du Nord.

Malgré l’attention accrue portée à la lutte anti-sous-marine (LASM) dans le théâtre des opérations en Europe, le déploiement du NCSM Windsor est un déploiement de routine à l’appui de l’OTAN. Selon le capitaine de vaisseau Christopher Robinson, commandant de la flotte de sous-marins de la MRC, la politique canadienne a deux priorités qui s’appliquent aux sous-marins diesel-électriques de la classe Victorial : « La première, c’est que nous avons pour mandat d’utiliser la classe Victoria sur toute la planète, et de pouvoir maintenir [les navires] à l’échelle mondiale; la deuxième, c’est que nous avons pour mandat de collaborer avec nos alliés et nos alliances et de renforcer ces partenariats ». S’entretenant avec Jane’s à bord du NCSM Windsor à la base navale d’Augusta, en Sicile, en mars, avant que le navire ne parte avec le SNMG2 pour participer à l’exercice de LASM DYNAMIC MANTA dans la Méditerranée, le capitaine de vaisseau Robinson a dit : « Le déploiement du NCSM Windsor (...) appuie ces deux mandats. »

Création de la disponibilité opérationnelle

On pourrait supposer que de nombreuses marines éprouveraient des difficultés à soutenir continuellement des engagements tels que les responsabilités du Canada au pays et sur la scène internationale. Cependant, la MRC n’a aucune inquiétude quant au respect de ses engagements en Europe.

« Du point de vue du théâtre des opérations en Europe, je dois être tout à fait franc... Je n’ai aucun problème de mise sur pied de la force, parce que c’est une priorité extrêmement élevée », a affirmé le Cam Baines. « Comme la question européenne est inscrite dans la politique, comme elle bénéficie du soutien du gouvernement, ce n’est pas un défi pour moi. »

Compte tenu de la priorité de haut niveau attribuée à l’opération REASSURANCE, « nous envoyons pour cette mission seulement les navires dont la disponibilité opérationnelle est la plus élevée », a-t-il poursuivi.

Le cycle de planification qui sous-tend l’engagement du Canada a été amélioré au cours des quatre dernières années par une refonte de l’organisation de la MRC, a dit l’amiral. « Nous disposons à présent d’une organisation fonctionnelle au lieu d’une organisation géographique », a-t-il expliqué. Cela signifie que le Cam Baines est responsable des opérations et de la disponibilité opérationnelle des forces navales du Canada.

« Cela nous a permis de mieux planifier nos cycles de disponibilité opérationnelle, sur un horizon prévisionnel de 10 ans, puis sur des périodes plus courtes de cinq ans, et de pouvoir dire aujourd’hui ce qu’un navire fera dans cinq ans », a expliqué l’amiral. Tout en reconnaissant la nécessité de conserver la souplesse nécessaire pour répondre aux événements mondiaux, cette structure permet à la MRC de « s’engager plus rapidement, bien à l’avance, de s’entendre sur le plan, afin de pouvoir générer les navires en fonction des besoins », a-t-il poursuivi. « Donc, par exemple, un navire sait déjà, deux ans à l’avance, qu’il va être déployé à l’OTAN, donc il fait déjà le nécessaire pour être prêt à prendre son tour dans ce cycle. »

Cette planification prospective, l’accent mis sur le déploiement d’unités à forte disponibilité opérationnelle en Europe et la capacité d’envoyer les mêmes navires en rotations répétées semblent également soutenir le processus de préparation au pré-déploiement. Le NCSM St. John’s est retourné en Europe à la mi-janvier, relevant le navire-frère NCSM Charlottetown, après être revenu au pays de son dernier déploiement en juillet 2017. À son retour au pays, le NCSM St. John’s a fait l’objet d’un changement d’équipage complet avant de passer le reste de l’année 2017 à se préparer pour son prochain déploiement, a indiqué le Capf Noseworthy. D’une durée de six mois, qui est « sans aucun doute plus que suffisante » pour préparer le navire en vue de son déploiement dans le cadre de l’opération REASSURANCE, selon le Capf Noseworthy, la période de préparation est « délibérément conçue pour préparer notre navire et son équipage à atteindre un haut niveau de disponibilité opérationnelle ».

La MRC accorde également la priorité au maintien de l’état de disponibilité opérationnelle de haut niveau de ses navires et de ses sous-marins une fois qu’ils sont déployés dans le théâtre des opérations. Par exemple, le Cam Baines a fait remarquer que « le NCSM St. John’s, de tous mes navires, est celui dont le niveau de disponibilité opérationnelle est le plus élevé, même s’il est en déploiement depuis deux mois ». Ici, a dit le Capf Noseworthy, la MRC fait appel à une série d’exigences en matière de préparation au combat pour évaluer et maintenir la disponibilité opérationnelle dans le théâtre des opérations. Ces mesures permettent de déterminer et de planifier les exercices dans tous les domaines essentiels de la performance d’un navire de guerre déployé, a-t-il poursuivi. Dénotant l’importance de l’interaction avec l’OTAN, le Capf Noseworthy a ajouté « grâce à la coopération et à la coordination avec le navire amiral de l’OTAN et [son] équipage, nous sommes en mesure d’organiser et de gérer nos activités d’une manière qui nous permet de continuer à perfectionner nos compétences au combat tout en maintenant notre disponibilité opérationnelle ».

Exercice de la disponibilité opérationnelle

De concert avec les exigences en matière de disponibilité opérationnelle que la MRC impose à ses unités, la propre priorité accordée par l’OTAN au renforcement des exercices contribue à maintenir les niveaux de disponibilité opérationnelle et stimule les résultats opérationnels. Le programme d’exercices de l’OTAN donne « l’occasion d’effectuer des activités qui vous permettent de maintenir cette disponibilité opérationnelle sur une période de six mois », a affirmé le Cam Baines.

Depuis son déploiement dans les eaux européennes, le NCSM St. John’s et le SNMG1 ont participé à l’exercice DYNAMIC GUARD de l’OTAN dirigé par la Norvège (qui s’est déroulé en février au large des côtes de la Norvège) et à l’exercice JOINT WARRIOR de l’OTAN dirigé par le Royaume-Uni (qui s’est déroulé en avril au large des côtes de l’Écosse). Au cours du mois de juin, le groupe retournera en mer Baltique pour y réaliser l’exercice BALTOPS de l’OTAN.

« Nous avons également fait une série de PASSEX [exercices organisés avec des forces de passage] », a fait remarquer le Capf Noseworthy. Ces exercices comprenaient une collaboration avec les navires néerlandais, français, lettons et polonais à des activités telles que les sessions de communications, de formation tactique et de manœuvres, de communications électroniques avancées et de coopération numérique, notamment les tâches d’acquisition d’objectif.

« En plus de dresser le tableau de l’opération interalliée et de comprendre le train de vie dans la mer Baltique et aux alentours, l’un des aspects les plus utiles que nous ayons générés, à mon avis, vient de l’engagement international de marine à marine que nous avons pu mener au moyen d’exercices avec nos alliés de l’OTAN », a affirmé le Capf Noseworthy.

Les navires du SNMG1 ont également effectué des escales, notamment au Danemark, en Allemagne, en Norvège, en Pologne et au Royaume-Uni. À Copenhague, a déclaré Capf Noseworthy, « le groupe naval tout entier a ouvert les portes de ses navires aux visiteurs, ce qui a assuré notre visibilité auprès de la population locale ». Les escales représentent également un aspect essentiel de l’engagement diplomatique du Canada auprès des alliés au cours des déploiements.

La zone de responsabilité du SNMG1 englobe les eaux de l’Europe occidentale, notamment la mer Baltique, la mer du Nord et le secteur ouest de la mer Méditerranée, chaque région présentant ses propres difficultés environnementales et opérationnelles. Jusqu’à ce jour, le NCSM St. John’s a été particulièrement actif dans la mer Baltique et la mer du Nord, notamment dans les eaux situées entre le Danemark et la Norvège, mais a également opéré dans la mer de Norvège.

Dans cette dernière région, le Capf Noseworthy a expliqué que, « par comparaison avec les eaux de pleine mer dans lesquelles nous avons l’habitude d’opérer au large des côtés du Canada, les fjords étroits et profonds de la Norvège ont certainement imposé un changement de modèle mental (...) dans la manière d’opérer dans ces régions, dans lesquelles la circulation est dense, les conditions météorologiques sont mauvaises et les eaux navigables sont relativement limitées ».

Le commandant du NCSM Windsor, le capitaine de frégate Peter Chu, a souligné à quel point il est important de s’adapter à différents environnements, par exemple, dans le cas de l’opération du navire en Méditerranée pour la première fois. « Je dirais que la densité de la circulation serait le principal défi à relever pour mon équipage », a-t-il fait remarquer. « Je pense qu’il s’agit simplement de gérer le volume massif de contacts et de navires, puis de s’habituer aux eaux et à l’environnement de travail. »

Interopérabilité et résultats

Dans la politique Protection, Sécurité, Engagement, le Canada souligne la nécessité pour ses forces armées de chercher à jouer des rôles de leadership en accordant la priorité à l’interopérabilité dans la planification et le développement de la capacité afin d’appuyer la coopération avec les alliés, en particulier l’OTAN. Selon le Capf Noseworthy, reflétant cette nécessité, l’état de disponibilité opérationnelle de haut niveau des frégates qui se trouvent dans le théâtre des opérations permet aux navires « de jouer un rôle de leadership dans la planification des sessions de combat et de matelotage au sein du groupe opérationnel ».

Parallèlement aux résultats en matière de dissuasion et d’assurance, un volet substantiel du dernier déploiement du NCSM St. John’s était axé sur l’établissement de l’interopérabilité, en particulier dans la LASM et dans la lutte antiaérienne et la lutte antinavire (LAA et LAN). Le Capf Noseworthy a affirmé que le navire « a suivi un plan d’instruction opérationnel très précis » en vue de renforcer son état de préparation et de disponibilité opérationnelle, en travaillant non seulement avec les ressources maritimes de surface et sous-marines, mais également, par exemple, en participant à des exercices de défense aérienne avec les chasseurs F-16 des Forces aériennes danoises.

La contribution du Canada aux résultats des exercices et de l’opération dans le théâtre a été renforcée par les capacités améliorées embarquées sur ses frégates et ses sous-marins.

Grâce à l’achèvement du programme de modernisation et de prolongation de la durée de vie utile des frégates de la classe Halifax (MCH/FELEX), les douze frégates de la classe Halifax sont disponibles pour répondre à la demande opérationnelle partout dans le monde. L’achèvement du programme MCH/FELEX « nous a véritablement donné la souplesse dont nous avons besoin », a indiqué le Cam Baines. Cette souplesse est évidente dans le rôle central que jouent les frégates dans les déploiements européens de la MRC.

En ce qui concerne les capacités améliorées des frégates, le Cam Baines a fait remarquer deux modernisations précises : le nouveau système de commandement et contrôle (C2) CMS 330 de Lockheed Martin, qui renforce l’intégration entre les armes et les capteurs, et l’amélioration des capteurs, en particulier sur le plan de la capacité radar. En ce qui concerne cette dernière, l’amiral a noté la progression importante du passage d’un radar bidimensionnel à un radar tridimensionnel dans le système à bande E/F SMART-S Mk 2 de Thales. « Il est très utile de disposer d’un radar tridimensionnel lorsqu’on opère dans une zone très encombrée et qu’il faut comprendre ce que fait la circulation aérienne pour assurer une défense aérienne appropriée », a expliqué le Cam Baines. L’intégration des radars avec le nouveau système C2 offre également « une bien meilleure conscience de la situation », a-t-il ajouté.

Selon le Capf Noseworthy, « un navire déployé de la classe Halifax apporte une capacité et une expertise considérables », en particulier ses capacités importantes de LASM, de LAN et de LAA. « Les systèmes d’armes et de capteurs modernisés de notre navire, alliés à nos systèmes de lutte contre les avaries et à nos systèmes mécaniques de pointe, signifient que le NCSM St. John’s est parfaitement prêt à s’intégrer et à opérer (...) avec nos alliés de l’OTAN », a poursuivi le commandant.

La politique Protection, Sécurité, Engagement s’engageait également à la modernisation suivie des quatre sous-marins diesel-électriques de la classe Victoria, qui affichent déjà des résultats opérationnels concrets. Le NCSM Chicoutimi, quatrième de la classe, a récemment été déployé à grande échelle dans le Pacifique, alors que le NCSM Windsor, en plus d’être le premier bâtiment de la classe Victoria à opérer dans la Méditerranée, a embarqué la suite complète du système de traitement de signaux sonar AN/BQQ-10 (V)7 de Lockheed Martin, une autre première pour la classe, pour son déploiement actuel.

En ce qui concerne les résultats, le capitaine de vaisseau Robinson a fait remarquer la taille relativement imposante des navires de la classe Victoria et deux des avantages associés à une telle taille. Premièrement, a-t-il dit, « elle permet d’accueillir un assez grand assortiment de sonars ». Deuxièmement, la taille de l’équipage, composé de 59 sous-mariniers, dont 7 officiers, « permet de regrouper les données dans une certaine mesure et de tirer des informations exploitables de ce que les capteurs recueillent ». Comme les capteurs modernes saisissent des niveaux de données accrus, a-t-il poursuivi, une fusion de données efficace peut faire une différence opérationnelle importante. « Les sonars sont tellement efficaces (...) que nous recevons des données presque illimitées », a indiqué le Capf Robinson. « La traduction de ces données en train de vie, en configuration du trafic, en données utilisables, nécessite généralement un traitement informatique avancé, mais surtout des gens qui examinent les données et font ressortir les tendances. »

Le Capf Noseworthy a souligné l’importance des ressources humaines. Dans l’établissement de l’interopérabilité, a-t-il dit, « la clé du succès (...) ne tient pas tant à l’équipement, mais plutôt à l’équipage ». Il a fait remarquer la capacité d’engagement direct avec les commandants des autres navires et avec l’état-major de commandement du SNMG1, qui est embarqué sur le KDM Niels Juel, frégate de la classe Iver-Huitfeldt de la Marine royale danoise, et est dirigé par un commodore de cette dernière.

Environnement, expérience, expertise

Les navires qui opèrent au sein des SNMG appuient tout un éventail d’exigences de l’OTAN; notamment, ils affirment une présence, ils assurent la sécurité des LCM, ils gèrent les questions de sécurité maritime telles que la migration, ils luttent contre les activités terroristes, ils renforcent la conscience de la situation maritime et ils assurent la dissuasion des menaces provenant des États. Parallèlement à l’appui de ces tâches, les déploiements durables donnent également à la MRC « l’occasion de comprendre l’environnement, d’y utiliser nos capteurs, d’acquérir cette expérience maintenant pour qu’en situation de crise, nous ne devions pas apprendre cette leçon pendant que nous tentons de nous battre »; a affirmé le Cam Baines. « Il est fantastique de pouvoir acquérir cette expérience maintenant, tout en soutenant l’OTAN dans le cadre des opérations. »

Le Capf Robinson a réitéré ce point de vue. L’engagement du Canada envers l’OTAN se manifeste dans « le maintien de l’interopérabilité avec nos alliés, grâce à des équipages de navire et de sous-marin qui se connaissent et savent comment travailler ensemble, appliquer les procédures, les tactiques et tout cela et, franchement, grâce au développement de la confiance », a-t-il dit à Jane’s. Le but du Canada, a-t-il poursuivi, « en plus de contribution à la sécurité internationale, est d’instaurer la confiance et la capacité de travailler ensemble pour qu’en situation de crise, nous puissions nous intégrer sans heurt ».

L’achèvement d’une telle intégration, en particulier, de nos jours, dans les opérations haut de gamme, se trouve au cœur du programme d’exercices de l’OTAN. En ce qui concerne la MRC, cette intégration s’est manifestée dans l’exercice DYNAMIC MANTA et les sessions complexes et niveaux d’engagement avec d’autres plateformes qu’il a produits.

« En raison de l’envergure de l’exercice DYNAMIC MANTA et de la diversité des équipages des autres unités (...), le [navire] peut offrir une instruction haut de gamme impossible à obtenir dans le cadre des exercices moins importants et des opérations de surveillance normales », a affirmé le Capf Robinson. Pendant la participation du NCSM Windsor à l’exercice, et « en particulier à l’échelon supérieur de l’équipage, [le commandant] peut imposer un stress supplémentaire et faire accumuler des expériences afin que, lorsque les officiers supérieurs auront des défis à relever à l’avenir, ce soient des choses qu’ils auront déjà vues et déjà faites », a ajouté le Capf Robinson.

La LASM reste au centre des préoccupations pour les frégates de la classe Halifax. Même si les frégates sont complètement multifonctionnelles, déployées à un haut niveau de disponibilité opérationnelle dans tous les domaines de guerre, je pense que le Canada apporte une expertise de plus en LASM », a indiqué le Cam Baines.

De nos jours, la LASM est en tête de liste du programme opérationnel de nombreuses marines occidentales, étant donné les niveaux accrus d’activité sous-marine et de concurrence en Europe. « Nos navires se voient souvent confier ce type de tâche et ont acquis une expertise considérable dans ce domaine », a-t-il dit. Le déploiement dans le théâtre de l’OTAN permet à la MRC de perfectionner et de partager ses compétences en LASM, a-t-il ajouté.

En ce qui concerne les capacités de LASM des frégates de la classe Halifax, même si le Capf Noseworthy n’a formulé aucun commentaire sur certains systèmes de navire précis, il a indiqué que le NCSM St. John’s « a certainement été en mesure de répondre à toutes les exigences opérationnelles demandées dans le cadre de ce groupe opérationnel ou à les dépasser ».

Comme la MRC fait face à des menaces de LASM en Europe et ailleurs, le Cam Baines a noté trois facteurs qui influent sur la nature de la menace de LASM selon la région : le type de capacité de LASM dont dispose un adversaire potentiel et la nature de l’environnement opérationnel; la disponibilité et le type de plateforme de soutien, comme un hélicoptère ou un avion de patrouille maritime (APATMAR); et la géographie et le train de vie de la région.

« Ces situations peuvent changer d’un théâtre à l’autre », a-t-il dit. « Je crois que notre façon d’assurer la LASM (...) est très similaire dans tous les théâtres. Cependant, la nature du problème change, en raison de l’environnement et de la géographie.

Par conséquent, ce que nous souhaitons, en réalité, c’est préparer nos équipes pour n’importe quel théâtre et faire en sorte qu’elles soient prêtes à composer avec les divers éléments habilitants, géographies et pays avec lesquels nous allons travailler. »

Même si l’instruction peut se dérouler dans les eaux nationales ou dans des simulateurs, selon l’amiral, « avant de travailler dans un environnement, vous ne savez pas exactement comment vos capteurs fonctionnent, quels éléments habilitants vous devez introduire ou comment l’environnement influe sur votre capacité à faire votre travail.

« Rien ne remplacera jamais la possibilité d’opérer dans ces théâtres, qu’il s’agisse de l’Atlantique Nord, de la Baltique, de la Méditerranée ou de la mer Noire, car cela nous permet de comprendre les différences, de savoir l’incidence qu’elles sont sur nos capteurs, sur ceux à qui nous avons affaire et sur ceux avec qui nous communiquons », a-t-il poursuivi.

« Je pense donc que l’un des produits dérivés les plus importants de la présence continue du Canada [en Europe] au cours des quatre dernières années tient au fait que nous comprenons vraiment très bien ces environnements », a ajouté l’amiral.

« Chaque zone opérationnelle présente ses propres nuances », a affirmé le Capf Robinson. « Le travail en Asie-Pacifique est différent du travail dans l’Arctique canadien, par exemple, qui est encore différent des opérations dans l’Atlantique ou la Manche. » Dans chaque zone opérationnelle, les sous-marins de la MRC et leur équipage « doivent se familiariser avec le train de vie de la région, à savoir les caractéristiques de l’océan, les mouvements de la circulation, et ce genre de choses », a-t-il poursuivi. « C’est pourquoi il est si important de participer régulièrement à des opérations de déploiement prolongées, afin d’apprendre à bien connaître différentes régions et de constituer notre base de connaissances. »

Sa présence continue permet à la MRC d’acquérir une expérience considérable en opération au sein des SNMG et avec d’autres marines, de développer son expertise et d’établir l’interopérabilité dans le cadre de ce que le Cam Baines appelle un « processus d’amélioration continue », ajoutant « il n’y a absolument rien de mieux que d’atténuer les différences de tactique et de communications maintenant, pour qu’en situation de crise, lorsque nos tâches deviennent plus compliquées ou difficiles, nous ayons déjà aplani toutes ces difficultés ».

Grâce à son engagement en Europe, la MRC développe également l’expertise des équipages dans le domaine de la collaboration avec l’OTAN, a poursuivi l’amiral. « Rien ne remplacera jamais le passage du plus grand nombre possible de nos marins par ce type d’expérience, qui leur permet de comprendre les possibilités et les difficultés associées au travail dans une opération de coalition », a fait remarquer le Cam Baines. « Au fil de leur avancement en grade et en poste, ils pourront tirer parti de l’expérience accumulée à l’occasion des déploiements précédents. » Le Capf Noseworthy lui-même, par exemple, avait été déployé dans le cadre de l’opération REASSURANCE au début de l’année 2016 en qualité de second sur le NCSM Fredericton, une frégate de la classe Halifax.

L’une des leçons retenues des déploiements européens, a dit le Cam Baines, c’est une meilleure compréhension de la manière d’apporter un soutien logistique aux forces déployées à l’avant. L’expérience acquise sert à élaborer des concepts de soutien logistique plus efficaces; elle est également appliquée à d’autres théâtres, a-t-il dit. Cet accent mis sur la logistique à l’appui des déploiements à l’avant reflète également un domaine central de l’effort de l’OTAN et permet à la MRC de faire la preuve de sa souplesse.

Le Cam Baines a expliqué qu’une équipe de logistique avancée est déployée avec chaque navire, avec pour tâche d’apporter un soutien au navire et de gérer tous les changements des besoins logistiques. Il a fait remarquer qu’il était prévu que le NCSM St. John’s effectue une période de maintenance à Riga, en Lettonie, mais que les glaces l’ont empêché d’y accéder, de sorte que l’équipe logistique a collaboré en dernière minute avec le Danemark pour que la période de maintenance puisse se dérouler à Copenhague.

« Pendant ces déploiements, nous tentons notamment de trouver différents endroits pour ces tâches; ici encore, nous réglons les problèmes logistiques maintenant, lorsque c’est facile, au lieu de le faire plus tard, lorsque cela pourrait être difficile », a dit l’amiral à Jane’s. Il a fait remarquer que le NCSM Charlottetown a mené une période de maintenance à Split, en Croatie, au cours de son récent déploiement, indiquant que « nous n’y avions encore jamais été ». Maintenant, a-t-il poursuivi, « si nous devions nous rendre à Split à l’avenir, nous savons que nous pouvons effectuer une maintenance vraiment solide dans ce port de l’OTAN ».

Le présent article est reproduit avec l’aimable autorisation de Jane’s Defence Weekly (par IHS Markit). M. Lee Willett est le rédacteur en chef de Jane’s Strategic Weapons, basée à Londres.