Les femmes dans les chantiers navals en temps de guerre ont surmonté les obstacles liés au sexe

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Nouvelles de la Marine / Le 23 octobre 2020

Pendant la Seconde Guerre mondiale, une mère micmaque et ses collègues ont fait figure de pionnières en surmontant les obstacles liés au sexe dans l’industrie de la construction navale au Canada.

On a fait l’éloge de madame Martin (ou Malti, le nom micmac de Martin) ainsi que d’autres travailleuses pour leur ténacité et leur éthique de travail en toutes conditions météorologiques. Cependant, ces femmes n’ont pas que reçu des éloges dans le cadre de leur travail, elles ont également dû affronter de nombreux obstacles, notamment des préjugés sexistes, des salaires inférieurs à ceux de leurs collègues masculins et un besoin important en services de garde d’enfants.

Une photo d’archive de madame Martin qui serre des boulons au chantier naval de Pictou, en Nouvelle-Écosse, en 1943, avec un bambin attaché sur son dos, donne un petit aperçu de la vie des 4 000 femmes qui ont participé à la construction des navires militaires et marchands canadiens pendant la guerre.

Les renseignements sur madame Martin, comme sur de nombreuses autres femmes qui ont participé à l’effort de guerre, sont rares, et son prénom est inconnu. On a recueilli très peu de renseignements sur les femmes qui ont travaillé en coulisses pendant la guerre.

On a employé environ un million de femmes dans l’industrie canadienne pendant la Seconde Guerre mondiale. En raison de l’augmentation de la production liée à la guerre et de l’enrôlement d’un plus grand nombre d’hommes dans le service militaire, les femmes ont pallié la pénurie de main-d’œuvre en occupant des emplois traditionnellement réservés aux hommes, notamment dans les chantiers navals canadiens situés sur les deux côtes et le long du fleuve Saint-Laurent.

Le chantier naval de Pictou a été le premier en Amérique du Nord à employer des femmes. Des centaines de femmes, comme madame Martin, ont travaillé aux côtés de leurs homologues masculins pour construire 24 cargos de la classe Park pour la marine marchande canadienne.

Au plus fort de la production en 1943, les femmes composaient plus d’un tiers des 2 000 employés du chantier naval de Pictou et exerçaient divers métiers. Il s’agit du plus grand nombre de femmes dans un chantier naval au pays.

Sur la côte ouest, les premières femmes sont arrivées pour travailler aux chantiers navals Burrard de North Vancouver en septembre 1942. Selon un article paru dans le Wallace Shipbuilder, les contremaîtres et les chefs de chantier n’étaient pas du tout impressionnés et « ont froidement accueilli les intruses dans un monde d’hommes ».

Malgré tout, les femmes se sont attelées à la tâche et ont rapidement gagné le respect de leurs collègues masculins grâce à leur travail acharné et à leur dévouement.

De 1942 à la fin de la guerre en 1945, les femmes représentaient environ sept pour cent de la main-d’œuvre de l’entreprise. Bien que les femmes aient travaillé aux côtés des hommes, il y avait une stricte ségrégation sur le lieu de travail qui était typique à l’époque dans de nombreux domaines : les femmes devaient manger entre elles et utiliser leurs propres portes d’entrée et de sortie.

En mars 1943, le chantier nord de l’entreprise a ouvert un bâtiment réservé aux femmes, doté d’une salle à manger, d’une infirmerie, de bureaux, de vestiaires et de toilettes. En août, le chantier sud en comptait un également, qui pouvait accueillir 250 femmes par quart de travail.

Au printemps 1944, il y avait 1 000 femmes qui construisaient des navires dans les chantiers navals Burrard. Elles ne travaillaient pas seulement dans les bureaux et les services d’entretien, mais excellaient également dans le travail de précision des ateliers d’électricité, de tôlerie et d’usinage. Les femmes participaient, aux côtés des hommes, au travail des ateliers de tuyauterie, de tôlerie et de forge à titre de charpentières de navires, d’aides-aléseuses, de soudeuses, de décapeuses et de poseuses de boulons.

En 1945, le Globe and Mail rapportait que pendant la guerre, le Canada avait produit 773 navires de guerre, 363 grands navires marchands et 4 350 petits bateaux de divers types. Plus de 126 000 personnes étaient employées, et les femmes contribuaient grandement à l’accomplissement du travail.

Lorsque les hommes sont revenus d’outre-mer à la fin des hostilités, la plupart des femmes ont quitté les chantiers navals et sont retournées à leurs rôles traditionnels.

Toutefois, les temps avaient changé, et l’évolution des femmes sur le marché du travail a commencé à prendre de l’ampleur.

L’héritage de madame Martin et de ses collègues pionnières de la construction navale dans tout le pays continue de se perpétuer dans les efforts en la matière de nos jours.

Sources

https://www.pc.gc.ca/fr/lhn-nhs/ns/halifax/culture/heros-heroes

https://scoutmagazine.ca/2018/07/03/how-1000-vancouver-women-fought-world-war-ii-from-the-north-shore/

https://nvma.ca/north-vancouvers-wartime-shipbuilding-shop-stewards-burrard-drydock/