Les débarquements d’Incheon et la participation de la MRC à la guerre de Corée

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Nouvelles de la Marine / Le 14 septembre 2020

Par Chris Perry, historien du commandement de la MRC

Les débarquements d’Incheon

Les débarquements d’Incheon ont changé le cours de la guerre de Corée, en permettant aux forces des Nations Unies de repousser les troupes nord-coréennes hors de la Corée du Sud, et en empêchant la victoire de la Corée du Nord.

Dans les premiers mois de la guerre de Corée, le général américain (Gén) Douglas MacArthur, en tant que commandant des forces des Nations Unies en Corée, conçoit un plan audacieux et risqué pour faire débarquer des troupes derrière les lignes ennemies et attaquer les troupes de la Corée du Nord dans une manœuvre de mouvement en tenaille.

Le plan du Gén MacArthur consiste à débarquer des troupes dans le port d’Incheon, à 160 kilomètres au sud du 38e parallèle et à 40 kilomètres de Séoul. Ce plan est compliqué par un certain nombre de difficultés, notamment la présence présumée de lourdes défenses, l’étroitesse du chenal menant au port, de forts courants et des marées extrêmes. Malgré l’opposition au plan, le Gén MacArthur reçoit l’approbation et les débarquements ont lieu du 15 au 19 septembre 1950. La Marine royale du Canada (MRC) joue un rôle dans cette intervention cruciale, ainsi que dans l’ensemble de la guerre de Corée.

Pour les débarquements, les trois navires canadiens qui y participent, soit les Navires canadiens de Sa Majesté (NCSM) Cayuga, Sioux et Athabaskan, sont réunis sous leur propre commandant pour la première fois depuis leur entrée dans le théâtre coréen. Le commandant du Cayuga, le capitaine J.V. Brock, est le commandant des destroyers canadiens du Pacifique et, pour le débarquement d’Incheon, il dirige le Groupe Sud de la Force opérationnelle 91. À ce titre, il est responsable du contrôle des trois destroyers canadiens et d’un certain nombre de navires légers de la République de Corée. Il est chargé des fonctions suivantes :

  • Convoyer le groupe de transport des forces assaillantes;
  • Maintenir le blocus de la côte entre les parallèles 35°45' et 36°45' nord;
  • Faire la chasse des sous-marins ennemis au cas improbable où ils se montreraient dans cette région[i]. 

Guerre de Corée : origine

Au tournant du XXe siècle, l’Empire de Corée se trouve fermement dans la sphère de l’Empire russe. Avec la défaite de la Russie face au Japon lors de la première guerre russo-japonaise en 1905, la Corée devient un protectorat du Japon et est annexée par le Japon en 1910.

Avec la défaite du Japon lors de la Seconde Guerre mondiale, la péninsule coréenne est libérée de toute domination japonaise. Le 5 décembre 1945, lors de la conférence des ministres des Affaires étrangères à Moscou, on décide de mettre en place une tutelle conjointe soviéto-américaine de cinq ans pour désigner un gouvernement national coréen. La péninsule coréenne est divisée au 38e parallèle, sous l’influence soviétique au nord et américaine au sud.

Puisque les Soviétiques et les Américains ne parviennent pas à un accord, les États-Unis soumettent la question à l’Organisation des Nations Unies qui, le 12 décembre 1948, déclare que le gouvernement légitime de la Corée est la République de Corée du Sud. Cela mène à l’établissement de la République populaire démocratique de Corée, soutenue par les Soviétiques, au nord.

Invasion

Le 25 juin 1950, les troupes nord-coréennes traversent la frontière en masse et envahissent rapidement les forces sud-coréennes, prenant la capitale Séoul. Ce jour-là, l’Organisation des Nations Unies adopte la résolution 82 du Conseil de sécurité des Nations Unies qui demande le retrait des forces de la Corée du Nord jusqu’au 38e parallèle et invite « … tous les États Membres à prêter leur entier concours à l’Organisation des Nations Unies dans l’exécution de la présente résolution et à s’abstenir de venir en aide aux autorités de la Corée du Nord[ii]. »  La résolution est adoptée sans la présence d’un représentant de l’Union soviétique, qui boycotte toutes les réunions de l’ONU de l’époque.

Deux jours plus tard, les troupes nord-coréennes ne montrent aucun signe de retrait et l’ONU adopte la résolution 83, qui recommande « … aux Membres de l’Organisation des Nations Unies d’apporter à la République de Corée toute l’aide nécessaire pour repousser les assaillants et rétablir dans cette région la paix et la sécurité internationales[iii]. ». Seize pays, dont le Canada, participent à l’application de la résolution 83 du Conseil de sécurité des Nations unies, sous la direction des États-Unis.

Participation du Canada

Le gouvernement du Canada annonce un plan prévoyant l’envoi de trois destroyers pour accompagner les forces de l’ONU. Le 30 juin 1950, l’officier général de la côte du Pacifique reçoit le message suivant : « Veuillez faire naviguer les Cayuga, Sioux et Athabaskan d’Esquimalt à 16 nœuds jusqu’à Pearl Harbor le mercredi 5 juillet 1950[iv]… »

Le 5 juillet à 15 heures, le contre-amiral Harry DeWolf, officier général de la côte du Pacifique, se tient sur Duntze Head et salue la formation qui quitte le port d’Esquimalt.

Dans les heures qui suivent l’arrivée des trois navires à Pearl Harbor le 12 juillet, ces derniers reçoivent un message transférant le contrôle opérationnel au Génal MacArthur, commandant des forces des Nations Unies en Corée. Deux jours après leur arrivée à Hawaï, les navires reprennent la mer et arrivent à Sasebo, au Japon, le 30 juillet.

Au cours de leurs premières semaines en Corée, les navires de guerre canadiens effectuent des missions de sauvetage, des patrouilles de surveillance de la navigation, des missions d’escorte et de convoyage. Le NCSM Cayuga devient le premier navire de la MRC à intervenir dans le conflit coréen lorsque le navire et le Navire de Sa Majesté Mounts Bay bombardent le port de Yosu, sous contrôle nord-coréen.

La MRC rejoint le « club des destructeurs de trains »

Au cours des cinq années suivantes, huit navires de la MRC sont mis en service dans les eaux coréennes, et ils se distinguent en faisant partie du « club des destructeurs de trains » et en éliminant huit des 28 trains détruits pendant la guerre, un nombre largement disproportionné par rapport au nombre de navires canadiens. À lui seul, le NCSM Crusader assure la destruction de quatre trains, dont trois en 24 heures. Le « club des destructeurs de trains » est une idée de renforcement du moral développée par la Marine américaine pour encourager la concurrence entre les navires qui ciblent les trains transportant des fournitures et du matériel aux forces nord-coréennes.

Pertes

Le 2 octobre 1952, le NCSM Iroquois bombarde une voie ferrée au sud-ouest de Songjin lorsqu’il est touché par un tir de riposte. Le Capc John L. Quinn et le matelot de 2e classe Elburne A. Baikie sont tués sur le coup et le matelot de 2e classe Wallis M. Burden meurt de ses blessures plus tard dans la journée. Les matelots de 2e classe Edwin M. Jodoin et Joseph A. Gaudet sont gravement blessés et huit autres sont soignés pour des blessures mineures. Les trois marins décédés sont inhumés au cimetière de guerre de Yokohama, au Japon. Ce sont les seules victimes parmi les plus de 3 600 marins canadiens qui ont servi en Corée[v].

Les marins canadiens récompensés

Les marins de la MRC se sont bien acquittés de leur tâche pendant leur service en Corée. Le capitaine Brock, du Cayuga, a reçu l’Ordre du service distingué. Le capitaine de frégate Robert Welland, commandant de l’Athabaskan pendant le débarquement d’Incheon, a reçu une barrette pour sa Croix du service distingué pour sa participation à l’évacuation de Chinnampo en décembre 1950. Il a par la suite occupé le poste de vice-chef d’état-major de la Marine. En outre, le personnel de la MRC a reçu quatre médailles de l’Empire britannique, neuf Croix du service distingué, une Croix du service distingué dans l’Aviation, deux Médailles du service distingué, sept Légions du mérite, trois Ordres de l’Empire britannique, une Étoile de bronze et 33 citations à l’ordre du jour[vi].

La MRC a servi avec distinction pendant la guerre de Corée, un autre exemple de la façon dont elle se surpasse, révélant au monde entier la compétence, le courage et le professionnalisme des marins canadiens.

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Bibliographie

Bovey, John. « The Destroyers’ War in Korea, 1952-53 », dans RCN in Retrospect 1910-1968, dirigé par James A Boutilier, p. 250-270, Vancouver, UBC Press, 1982.

Milner, Marc. Canada’s Navy: the First Century, Toronto, University of Toronto Press, 2000.

Thorgrimsson, Thor et EC Russell. Les opérations navales du Canada dans les eaux coréennes 1950-1955, Ottawa, Imprimeur de la Reine, 1965.

Moteur de recherche des résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies (un.org/securitycouncil/fr/content/resolutions).

[i] Thorgrimsson, Thor et EC Russell, Les opérations navales du Canada dans les eaux coréennes 1950-1955, Ottawa, Imprimeur de la Reine, 1965, p.18.

[ii]https://undocs.org/en/S/RES/82(1950) - consulté le 3 août 2020

[iii]https://undocs.org/en/S/RES/83(1950) - consulté le 4 août 2020

[iv] Message du CANAVHED au CANFLAGPAC 2030Z/30 juin 1950

[v] Thorgrimsson, Thor et EC Russell, Les opérations navales du Canada dans les eaux coréennes 1950-1955, Ottawa, Imprimeur de la Reine, 1965, p. 121.

[vi] Ibid, p. 154-155.