Le contre-amiral Leonard Murray : l’un des plus importants commandants canadiens en temps de guerre

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Nouvelles de la Marine / Le 10 novembre 2020

« L’expérience m’a dicté ceci : pour découvrir de quoi vous êtes capable, il vous faut seulement l’occasion de tenter votre chance, et quelqu’un doit avoir assez de confiance en vous pour vous donner cette occasion. »

Le contre-amiral Leonard W. Murray, qui a écrit ces mots, a eu cette occasion.

Après des débuts modestes, il est devenu le seul officier canadien à avoir commandé un théâtre de guerre pendant la Seconde Guerre mondiale.

Reconnu partout comme l’un des plus importants commandants opérationnels du Canada, Murray a été honoré pour ses habiletés maritimes. Le respect et l’attention qu’il portait à ses marins étaient ses principaux atouts de dirigeant. Au plus fort de la guerre, il a dirigé des centaines de navires et d’avions de guerre, assurant la protection des convois utilisés pour livrer des fournitures vitales au Royaume-Uni.

Deuxième enfant d’une famille qui en comptait quatre, Murray est né à Granton, dans le comté de Pictou, en Nouvelle‑Écosse, le 22 juin1896, et a grandi aux abords du havre de Pictou. Marin dans l’âme, il s’est inscrit en 1911 au Royal Naval College nouvellement fondé à Halifax, alors qu’il n’avait que 15 ans. Deux ans plus tard, il a été nommé aspirant de marine à bord d’un navire de la Royal Navy, le premier des nombreux navires britanniques et canadiens sur lesquels il a servi durant la Première Guerre mondiale (la plupart des missions auxquelles il a participé ont eu lieu dans le fleuve Saint-Laurent et dans le Pacifique) et pendant les années de l’entre‑deux‑guerres.

Pendant son service militaire au Canada, Murray a travaillé sur les deux côtes dans des postes de direction opérationnels et administratifs.

Quand la Seconde Guerre mondiale a éclaté, la riche carrière de Murray était à son apogée, et il a été nommé sous-chef de l’État-major de la Marine.

Murray a été le fer de lance des efforts visant à faire de la Marine une marine de petits bâtiments qui fait la chasse aux sous-marins. L’événement crucial a été le naufrage du navire de ligne Athenia le 3 septembre 1939, qui a donné à penser que les Allemands mèneraient immédiatement une campagne ouverte de chasse aux sous-marins.

« Le premier ministre était très inquiet, a rappelé Murray dans une entrevue en 1971, et nous avons pu lui faire comprendre que notre petite marine canadienne était la mieux placée pour mener ce genre de guerre anti-sous-marine. Il nous a donné son feu vert et rien ne s’est jamais mis en travers de notre chemin. »

En mai 1941, Murray s’est vu confier le commandement de la Force d’escorte de Terre‑Neuve, qui faisait partie du système de convois alliés pendant la bataille de l’Atlantique. Mise sur pied en réponse aux manœuvres des sous-marins allemands dans l’Atlantique Ouest, la Force d’escorte de Terre-Neuve a été instituée pour combler le vide qui existait entre l’escorte locale des convois au Canada et au Royaume-Uni.

La mise en place de la Force d’escorte de Terre-Neuve a marqué le début de l’ère moderne la Marine canadienne. Auparavant, la Marine royale canadienne (MRC) avait servi soit pour répondre aux besoins du Canada uniquement, soit pour soutenir la flotte impériale britannique. Avec la Force d’escorte de Terre-Neuve, la MRC a commencé à jouer des rôles stratégiques, opérationnels et tactiques distincts au sein d’une nouvelle alliance occidentale dominée par les États‑Unis.

Murray est considéré comme le « père » de la Force d’escorte de Terre-Neuve et l’homme qui a permis à la MRC de traverser cette période de formation en matière d’escorte et de lutte anti-sous-marine dans l’Atlantique Nord.

Il a également été le mentor de jeunes marins de la Réserve de volontaires de la Marine royale du Canada (RVMRC), leur donnant l’occasion de montrer ce dont ils sont capables.

« À l’automne 1941, de jeunes officiers de la Réserve de volontaires qui n’avaient jamais navigué en mer avant la guerre prenaient le commandement d’une corvette et d’un personnel de 88 hommes, le nombre de touches noires et blanches sur le clavier d’un piano, chacune avec une note particulière, et assumaient leur rôle en pleine bataille de l’Atlantique », a-t-il déclaré.

« Dans mes relations avec ces jeunes capitaines de la RVMRC, j’ai fait de mon mieux pour leur donner la possibilité de voler de leurs propres ailes et ils l’ont fait. Après avoir goûté au succès, ils ne sont jamais retournés en arrière. Quelle bénédiction ce fut d’avoir de brillants jeunes hommes prêts à accepter de pareilles responsabilités! »

Murray a assumé le commandement de la Force d’escorte de Terre-Neuve jusqu’en 1943, année où il a été nommé commandant de la côte Atlantique. En avril 1943, il est devenu le commandant en chef de l’Atlantique nord-ouest canadien et commandant adjoint de la Force opérationnelle américaine 24.

De son quartier-général d’Halifax, il a dirigé alors l’ensemble des forces aéronavales canadiennes et alliées engagées dans les opérations de convoi. Il est demeuré commandant en chef de l’Atlantique nord-ouest canadien jusqu’à la fin de la guerre en Europe.

En mai 1945, Murray avait assumé le commandement de flottes de centaines de navires de guerre et d’avions de plusieurs pays ayant participé à la principale campagne navale d’une guerre mondiale.

Murray a pris prématurément sa retraite en 1945 à la suite de l’enquête sur les émeutes du jour de la Victoire en Europe à Halifax, qui mettait la faute des émeutes sur une préparation inadéquate des autorités navales sous son commandement.

Il est allé en Angleterre en 1947 pour étudier le droit et, en 1949, a été admis au barreau en tant que spécialiste du droit de l’amirauté.

Murray est décédé à Buxton, en Angleterre, le 25 novembre 1971, et ses cendres ont été rapportées à l’église St Paul à Halifax l’année suivante.

Depuis sa mort, un certain nombre de mesures ont été prises en sa mémoire, notamment la mise en place d’un monument commémoratif en son honneur à Pictou; le placement d’une collection de ses médailles et d’artéfacts navals connexes à l’École des opérations navales des Forces canadiennes (EONFC) à Halifax; le changement de nom du Corps de cadets de la Marine royale canadienne (CCMRC) New Glasgow, en Nouvelle-Écosse, en celui de CCMRC Admiral Murray; la dénomination de plusieurs bâtiments de la Marine, y compris celui de l’ONFC à la Base des Forces canadiennes Halifax en son honneur.

Sources