Le commodore Kurtz montre la voie aux femmes dans la MRC

Nouvelles de la Marine / Le 28 octobre 2019

Le commodore (cmdre) Josée Kurtz montre la voie aux femmes dans la Marine royale canadienne (MRC).

En tant que première femme commandant d’un navire de guerre principal (le Navire canadien de Sa Majesté (NCSM) Halifax) et première femme à la tête du 2e Groupe maritime permanent OTAN (SNMG2), le Cmdre Kurtz espère que son parcours professionnel incitera les autres femmes dans la Marine à se fixer des objectifs et à travailler fort pour les atteindre.

La MRC se joint à la population canadienne pour célébrer le Mois de l'histoire des femmes et, à cette occasion, nous nous penchons sur la carrière d'une femme marin exceptionnelle qui croit qu'un encadrement et un mentorat solides permettront de mieux préparer les femmes qui souhaitent occuper un poste de direction dans la Marine et les aider à établir leur plan de carrière et à le mettre à exécution.

Dans les réponses ci-dessous, le Cmdre Kurtz fait part de ses impressions et de son point de vue sur sa propre carrière, sur ce qui lui a permis de réussir et sur la façon dont son expérience peut aider d'autres femmes qui souhaitent faire carrière dans la Marine.

À quel point était-il difficile d'être aux commandes du NCSM Halifax?

Chaque étape dans l'avancement professionnel d'un officier de marine est franchie lorsqu'une compétence est acquise au niveau précédent, si bien que l'accès à un poste de commandement en mer exige beaucoup de travail et de dévouement pendant une très longue période de temps.

Il faut à cette fin subir un entraînement rigoureux et, évidemment, passer du temps en mer. J'ai été nommé commandant après 20 ans de service, ce qui correspond à peu près à la durée moyenne de service pour les officiers de ma génération.

Le chemin qui mène au commandement n'est certainement pas facile et j'ai fait de mon mieux, travaillant aussi fort que mes pairs pour y arriver. Et je n'aurais pas pu le faire sans le soutien de ma famille.

Que signifie pour vous le fait de vous voir confier ce poste de commandement?

De toute évidence, j'étais très fière de cette nomination, car j'atteignais un objectif de carrière personnel qui m'apportait beaucoup de satisfaction professionnelle.

Je savais aussi que cette nomination témoignait de la confiance de l'Amirauté dans ma capacité d'assumer des responsabilités importantes, comme la direction d’un navire de guerre et, plus important encore, la prise en charge et la garde des 225 membres de son équipage.

Cela a été, et est encore aujourd'hui très gratifiant.

Comment vous y êtes-vous pris pour jouer ce rôle?

Je me suis enrôlée dans la Marine à la fin des années 1980 et j'ai été l'une des premières femmes à servir en mer sur un navire opérationnel.

C'était une époque intéressante et, en tant que jeune pionnière dans un milieu à dominance masculine, je savais que l'acceptation des femmes dépendrait d'une compréhension mutuelle de celle-ci : les hommes devaient composer avec les changements associés à la présence de femmes à bord et les femmes devaient admettre que le changement ne pourrait ni se produire de force ni se faire du jour au lendemain.

C’est en faisant des concessions mutuelles qu’on parvient au succès.

Lorsque j'ai pris le commandement du NCSM Halifax en 2009, les femmes de la MRC servaient en mer depuis deux décennies, alors la nouveauté s'était quelque peu estompée.

Cela dit, j'ai senti que l'équipage du navire se méfiait un peu de l'attention que la présence de la première femme aux commandes d'un navire de guerre principal pouvait susciter et de ses répercussions sur le navire et son équipage.

J'ai répondu à ces préoccupations en rassurant mes marins sur le fait que l'attention ne concernait que moi et que je me ferais un devoir de protéger et de favoriser en priorité un milieu de travail normal, exempt de pressions supplémentaires.

Quand ils ont compris que leur capitaine n'était pas différente des autres, leurs inquiétudes se sont dissipées et nous sommes rapidement devenus une équipe unie. Mon expérience à bord du NCSM Halifax a sans aucun doute été l'expérience la plus gratifiante de ma carrière, et c'est en grande partie grâce aux gens exceptionnels avec qui j'ai servi.

En tant que première femme commandant du SNMG2, comment avez-vous été accueillie par les alliés et autres acteurs régionaux?

En acceptant ce poste, j'étais tout à fait consciente que toutes les marines avec lesquelles je travaillerais au sein du SNMG2 ou avec lesquelles j'interagirais ne se situeraient pas au même niveau que le Canada en ce qui concerne l’intégration des femmes et autres groupes minoritaires dans leurs rangs.

En fait, même si elles ont fait des progrès sur le plan de la diversité, certaines marines demeurent des institutions assez homogènes. Je n'étais donc pas certaine de la façon dont mon leadership serait perçu. Cela dit, si j'ai ressenti de l'incertitude au début, j'ai été très rapidement rassurée. Mon état-major international composé entièrement de militaires de sexe masculin et tous les navires, des marines du Royaume-Uni, de la Roumanie, de la Turquie, de l'Espagne et de la Grèce, qui relèvent de moi en tant que commandant du SNMG2, n'ont que du respect pour moi.

Quelle stratégie ou quelle démarche utilisez-vous pour assurer le commandement du SNMG2, et cette stratégie ou démarche est-elle différente de celle que vous avez adoptée à bord du NCSM Halifax?

Le commandement que j’exerce au sein du SNMG2 est en effet très semblable au style de commandement que j’ai adopté à bord du NCSM Halifax, sauf que maintenant je possède un peu plus d'expérience et peut-être une certaine sagesse professionnelle.

Il est extrêmement important de diriger avec authenticité et de rester à l'écoute de l’équipe, qui ne demande rien de plus que d’apporter sa contribution.

Je suis toujours aussi curieuse d'apprendre différentes façons de gérer les situations difficiles, et je trouve que les perspectives ne manquent pas lorsque je travaille dans un groupe opérationnel naval multinational dirigé par un état-major international. Enfin, j'essaie d'apprendre des autres, en particulier de leurs succès, qui, heureusement, sont nombreux.

Quelles sont les difficultés que présente le travail avec ce groupe et quelles en sont les satisfactions?

Je dirais que les difficultés et les satisfactions que présente le travail au sein du SNMG2 sont attribuables au même élément : la diversité.

Il faut beaucoup d'efforts pour intégrer les nombreux pays participants et favoriser la cohésion au sein du groupe (tant au niveau des navires que du personnel) certes, mais il faut reconnaître que les résultats réalisés par une équipe aussi diverse sont très puissants et extrêmement encourageants.

Au cours des dix dernières années, quelles sont les principales erreurs que vous avez commises et quelles leçons en avez-vous tirées?

Je pense que la leçon la plus importante que j'ai retenue récemment est l'importance de prendre du temps pour moi. Il est facile, en raison des exigences professionnelles, des activités familiales et d'autres pressions de la vie, de manquer d'heures à la fin de la journée.

Je tiens donc à inclure des séances de mieux-être dans mon calendrier et à y assister tout comme je participe à des réunions et à d'autres activités importantes, c’est‑à-dire à penser à prendre soin de moi lorsque j’essaie de composer avec les impératifs quotidiens et de les classer par ordre de priorité.

Quelles ont été vos principales réalisations?

Il va sans dire que je suis très fière de mon travail acharné qui m'a permis d'atteindre le grade d'officier général. Cela dit, le moment le plus agréable de ma carrière, autre que celui où j'ai été aux commandes du NCSM Halifax, a été de travailler avec le personnel du Directeur - Personnel et instruction de la Marine à Ottawa.

Notre équipe, composée de membres de la Force régulière et de la Réserve, ainsi que de personnel civil, était tout ce qu'une direction du Quartier général de la Défense nationale peut avoir de plus proche de l'équipage d'un navire.

Grâce à sa volonté et à sa détermination à travailler en équipe, le personnel m'a rendue extrêmement fière d'être sa directrice et de contribuer à faire évoluer les ressources humaines de la Marine afin qu’elles puissent répondre aux besoins de la flotte future et de la prochaine génération de marins.

Pensez-vous que la MRC pourrait prendre d'autres mesures pour promouvoir à la fois l'enrôlement de femmes et leur accès à des postes de direction?

Il y a beaucoup de magnifiques histoires de femmes qui ont réussi dans tous les grades et dans toutes les professions. Je pense que, comme point de départ, nous devons mieux faire connaître ces histoires aux jeunes Canadiens pour les inciter à s'enrôler.

Je pense aussi que la meilleure façon de se rapprocher des gens, c'est en personne, en favorisant le dialogue et en établissant des liens. À mon avis, c'est essentiel au recrutement et au maintien en poste.

Pour ce qui est de gravir les échelons et d'accéder à des postes de direction, je crois qu'une partie de la solution réside dans un encadrement et un mentorat plus solides, qui permettraient aux femmes désireuses de faire progresser leur carrière dans la Marine de mieux définir et réaliser leur plan de carrière, avec l'appui de personnes, hommes ou femmes, avec lesquelles elles pourront  établir une relation de confiance.

Que diriez-vous de l’influence de vos réalisations personnelles sur les femmes au sein de la MRC?

Je n'aime pas parler de moi-même et je ne cherche certainement pas à me vanter. Cependant, je suis tout à fait consciente que, parce que je me suis enrôlée au moment où la Marine a ouvert aux femmes les postes de combat en mer, j'ai dû montrer la voie menant à des domaines inexplorés.

J'ai toujours fait de mon mieux pour agir de façon professionnelle afin de donner une image positive de la Marine.

Je m'en voudrais toutefois de ne pas reconnaître l'immense soutien que j'ai reçu en cours de route de la part de nombreux hommes, supérieurs, pairs et subalternes, et de de dirigeants qui étaient tout aussi déterminés à faire évoluer la culture de notre institutionnelle navale.

Finalement, je serais ravie si mon cheminement de carrière incite de jeunes femmes intelligentes et talentueuses, et des hommes aussi, à se fixer des objectifs et à travailler dur pour les atteindre. Et je me réjouis de célébrer leurs succès.