La terrifiante bataille de l’Atlantique : le récit de mon père, Gavin Christie Clark

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Nouvelles de la Marine / Le 9 mai 2019

Article rédigé par Kevin Charles Clark

L’aîné d’une famille de 4 enfants, mon père, Gavin Christie Clark, a grandi à Toronto. Son père, Christie Thomas Clark, était capitaine dans le Corps expéditionnaire canadien. Il a combattu à Ypres et pendant la deuxième bataille de la Somme jusqu’à ce qu’il soit blessé. Au moment de l’appel du devoir de mon père durant la Deuxième Guerre mondiale, il a déclaré qu’il n’avait aucune intention de s’enrôler dans l’Armée de terre. Finalement, comme il adorait naviguer sur l’eau, il se résolut à entrer dans la Marine.

En 1940, Gavin a fréquenté le Collège de la Marine royale du Canada de Royal Roads. Il entre en service en 1941 à titre d’enseigne de vaisseau de 1re classe et est affecté au NCSM York. C’est à la suite de ce court séjour que Gavin s’est vu confier la responsabilité du Fairmile Q085, un de ces navires rapides et relativement agiles (d’une longueur de 120 pieds, ils pouvaient se déplacer facilement à 20 nœuds) construits et affectés à la Marine royale.

À l’âge de 19 ans, Gavin était considéré à l’époque comme l’un des plus jeunes commandants de la Marine royale du Canada. En contexte de forte demande, il incarnait bien les qualités que recherchaient les Alliés quant au recrutement d’hommes à peine adultes à des postes de commandement.

Les navires Fairmile étaient équipés d’un canon sur le pont avant et de grenades sous-marines alignées tout le long de la partie arrière. Ils avaient deux fonctions principales : ils protégeaient Terre-Neuve, la Nouvelle-Écosse et le golfe du Saint-Laurent en empêchant les sous-marins allemands d’y pénétrer et ils appuyaient et escortaient les convois de navires marchands à travers l’Atlantique, apportant une contribution essentielle à la chaîne d’approvisionnement de l’Europe occidentale.

Quand mon père me racontait ces traversées de l’Atlantique, il me disait combien elles étaient particulièrement difficiles. Selon les mers, ils naviguaient souvent sur la houle et comme ils n’étaient pas très hauts, ils passaient inaperçus, ce qui était autant un avantage qu’un problème. Il est évident que l’objectif consistait à escorter les convois aussi vite que possible, mais ils pouvaient seulement aller aussi vite que le navire le plus lent.

Mon père me racontait l’usage fréquent de voyants de signalisation en code Morse qui imploraient les navires de charge de ne pas dégager de fumée noire (No Smoke, No Smoke) pendant qu’ils essayaient de suivre la cadence. Les sous-marins allemands remarquaient les signaux des navires et ceux-ci devenaient des cibles faciles. Les navires Fairmile tentaient de couvrir ces convois en larguant des grenades sous-marines dans la mesure du possible dès qu’ils repéraient les navires allemands. C’était tragique de voir un navire de charge coulé, incapable de se défendre.

La peur constante de se faire torpiller était une expérience bouleversante. Durant ces missions, les matelots alternaient entre des quarts de veille et de repos de 4 heures ce qui causait beaucoup d’agitation et d’anxiété à bord du navire. Fait intéressant à noter, lors d’un dîner du Royal Canadian Military Institute (RCMI) auquel j’ai assisté avec mon père il y a 15 ans au sujet de ces missions, le conférencier invité, un ancien capitaine de sous-marin allemand (maintenant citoyen canadien), mentionnait à quel point lui et son équipage étaient terrifiés, à 100 ou 200 pieds sous la surface, et tentaient d’éviter ces bombardements en mer. Mon père s’est tourné vers moi et m’a dit : « Je ne sais pas qui avait le plus peur dans ces situations, nous étions tous terrorisés! »

Les officiers aimaient énormément le confort du pub Crow’s Nest à St. John’s, un coin de paradis qui leur était si précieux sachant qu’ils passaient toutes les saisons en mer et dans l’Atlantique. Ce petit pub miteux, aujourd’hui reconnu comme point de repère historique, n’était pas seulement un lieu où l’on embellissait des histoires, mais où l’on parlait franchement de la situation. Mon père participait activement aux discussions sur les sous-marins allemands. La capture, et l’exposition, d’un périscope allemand qui se trouve actuellement dans le pub fut un moment de fierté pour lui.

Mon père a entretenu durant toute sa vie un profond respect pour tout ce qui touchait la marine. Il a assisté à des rassemblements d’officiers de marine pendant de nombreuses années et a toujours été fier de porter son uniforme, ses médailles et son épée lors de telles commémorations. En fouillant les nombreux souvenirs de mon père et de mon grand-père, que j’espère remettre un jour au RCMI aux fins d’exposition, je réfléchis aux responsabilités importantes que ces jeunes hommes et femmes portaient à un si jeune âge; ce sont de belles histoires qui resteront longtemps dans notre mémoire.

Capitaine de corvette Gavin Christie Clark : 5 mai 1922 – 9 mars 2019.