La Marine royale canadienne et la guerre du Golfe, 1990 à 1991 (Opération FRICTION)

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Nouvelles de la Marine / Le 10 février 2016

Il y a 25 ans déjà, une guerre terrestre dans une région désertique lointaine chambardait l’orientation opérationnelle de la Marine royale canadienne (MRC). Cette guerre est également à l’origine de l’adaptation de la MRC, sinon des Forces armées canadiennes au grand complet, aux exigences opérationnelles du XXIe siècle.

Lorsque les Forces iraquiennes de Saddam Hussein ont envahi, sans crier gare, le Koweït, le 1er août 1990, il allait de soi que le Canada participerait à une opération traditionnelle de maintien de la paix une fois les hostilités terminées. Toutefois, en raison du changement rapide de la situation mondiale, sa participation fut fort différente. La guerre froide était sur le point de se terminer et le Canada siégeait au Conseil de sécurité des Nations Unies. Pendant que les États‑Unis lançaient l’opération DESERT SHIELD et constituaient une coalition pour empêcher une offensive iraquienne en Arabie saoudite, les Nations Unies adoptaient une série de résolutions autorisant un embargo naval. Le premier ministre Brian Mulroney – impatient de montrer son soutien au leadership des Nations Unies à l’égard de ce qu’on appelait « un nouvel ordre mondial » – a ordonné à la MRC de se joindre aux forces responsables de faire respecter l’embargo. L’officier de la marine de service au Centre des opérations du Quartier général de la Défense nationale (le lieutenant‑commandant Drew Robertson) a eu l’honneur de choisir le nom de code de l’opération – Opération FRICTION.

La flotte de la côte Est se préparait pour l’exercice automnal annuel TEAMWORK de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), mais tout le monde s’accordait pour dire que la flotte vieillissante de navires « à vapeur » ne faisait pas le poids face à la menace que posaient les Forces iraquiennes, équipées de chasseurs Mirage et de missiles Exocet. Cette mission a chamboulé le rôle de la flotte, habituée de la guerre traditionnelle anti‑sous‑marine en haute mer : elle allait mener une guerre anti‑surface et antiaérienne dans des eaux tropicales confinées. Ce fut un véritable coup de chance que le nouvel équipement destiné aux frégates de la classe Halifax en construction et au Projet de modernisation des navires de classe Tribal (MNCT) était entreposé à Halifax. Sur une période de deux semaines, les contre-torpilleurs NCSM Athabaskan et Terra Nova ainsi que le ravitailleur Protecteur et leurs cinq hélicoptères Sea King embarqués, ont été modernisés en y installant une multitude de capacités de guerre de surface et de capacités d’autodéfense.

Les navires ont levé l’ancre d’Halifax le 24 août et sont arrivés dans le golfe Persique le 1er octobre où ils ont immédiatement commencé leurs opérations. Au fil du temps, la mission a continué d’évoluer. Lors d’une réunion des forces navales de la Coalition, le commandant du groupe opérationnel, le commodore Ken Summers, a déterminé que le meilleur endroit pour ancrer les navires canadiens serait non pas dans la zone arrière sécuritaire dans la mer d’Oman, à l’extérieur du détroit d’Hormuz, mais plutôt à proximité de la menace, dans le golfe central, au nord‑est du Bahreïn. L’envoi de CF‑18 Hornets chargés de faire des patrouilles aériennes de combat en collaboration avec la Marine des États‑Unis, a renforcé la défense multiniveaux (au final, 24 chasseurs ont été déployés à Doha, au Qatar).

À la suite de cet engagement accru, le commodore Summers a été désigné pour prendre le commandement terrestre du premier quartier général interarmées canadien à Manama, au Bahreïn. Quant au capitaine D.M. « Dusty » Miller, il a assumé le commandement du groupe opérationnel maritime. Au cours des deux mois suivants, avec seulement 10 % de l’effectif total des forces déployées, les trois navires de guerre canadiens ont fait plus du quart des inspections de la coalition visant des cargos et des navires suspectés de vouloir forcer le blocus.

Malgré le resserrement de l’embargo, Saddam Hussein est resté de marbre. Lorsque les États‑Unis ont lancé l’opération DESERT STORM le 17 janvier 1991, le rôle du groupe opérationnel naval a encore une fois changé. Le capitaine Miller a été nommé « UNREP Sierra » et on lui a délégué le contrôle tactique de la Force logistique de la coalition (FLC), faisant de lui le seul officier non‑étatsunien assumant un commandement de guerre dans le conflit, une tâche qu’il a aisément assumée à partir de son commandement, installé à bord du NCSM Athabaskan. Toujours avec moins de 10 % des effectifs de la FLC, les trois navires canadiens se sont distingués : lorsque le croiseur USS Princeton (CG-59) a percuté une mine au large du Koweït, c’est le NCSM Athabaskan, équipé d’un sonar de détection de mines, qui l’a escorté vers un lieu sûr; le NCSM Terra Nova a exécuté plus de missions d’escorte que n’importe quel autre navire de guerre de la coalition dans le détroit d’Hormuz (surnommé « Silkworm Alley » en référence aux navires coulés durant la guerre Iran-Iraq entre 1980 et 1988); le ravitailleur Protecteur fut l’un des navires de soutien opérationnel le plus occupé, puisqu’il a procédé à 70 ravitaillements de navires de dix pays différents.

L’assaut terrestre a été lancé le 24 février et 100 heures plus tard – le 28 février – les Forces iraquiennes avaient été chassées du Koweït. Après le désengagement des Forces navales, le groupe opérationnel a levé l’ancre de Dubaï le 12 mars et est arrivé à Halifax le 7 avril.

Malgré le désengagement, l’embargo contre l’Iraq a été maintenu et le NCSM Huron a remplacé le NCSM Athabaskan. Il a été déployé dans le golfe Persique du 23 avril au 27 juin 1991. Durant cette période, il fut le premier navire de guerre de la Coalition à entrer dans le port du Koweït. Il a également appuyé la réouverture de l’ambassade canadienne et a accueilli la conférence des commandants des forces marines, le 7 juin. Le NCSM Huron est arrivé à Esquimalt, son port d’attache, le 2 août, après avoir fait le tour du globe – le premier navire à le faire depuis la guerre de Corée –, mettant ainsi fin à une année d’association navale entre le Canada et le golfe Persique.

Bien sûr, la participation navale du Canada aux opérations dans le golfe Persique ne s’est pas arrêtée là. Tous les marins ayant servi dans la Marine royale canadienne au cours des 25 dernières années confirmeront que la région est devenue « un second chez soi » pour la MRC.

Richard Gimblett, Ph. D., est l’historien du commandement de la MRC. Il a servi comme officier de combat sur le NCSM Protecteur durant la guerre du Golfe et a, par la suite, corédigé (avec Jean Morin) l’histoire officielle : Operation Friction: The Canadian Forces in the Persian Gulf, 1990-1991 (Dundurn, 1997).