La lutte contre les avaries dans sa véritable signification

FMAR(A) - Le point de vue de l'amiral / Le 13 mars 2014

Chaque jour, avec grâce, les navires de la flotte de l’Atlantique entrent au port et en sortent, occupés constamment à travailler dur pour assurer la disponibilité opérationnelle. C’est un spectacle qui ne cesse d’éveiller en moi une immense fierté à l’égard des membres de la Marine royale canadienne. Je sais par expérience l’énorme travail d’équipe qu’exige la vie à bord d’un navire de guerre. Je sais également que les magnifiques images des navires et de la mer cachent des dangers omniprésents que les marins affrontent systématiquement. L’univers impitoyable de la mer et l’usage intensif des machines en marche requièrent une vigilance constante, une maintenance continue et une méthodologie systématique pour chaque activité afin de minimiser les risques inhérents. De plus, chaque marin doit maintenir une capacité de préparation pour faire face à la possibilité d’accidents et au danger le plus redouté de tous : l’incendie en mer. Les récents évènements à bord du NCSM Protecteur nous obligent à faire un bref commentaire au sujet de notre fixation sur la lutte contre les avaries.

La lutte contre les avaries est l’activité coordonnée des membres d’équipage d’un navire pour lutter contre les dégâts causés par les inondations, les incendies, l’écrasement d’avion, l’échouage et les défaillances majeures d’équipements, pour n’en citer que quelques-uns. Elle est pratiquée sans répit, car les membres d’équipage doivent régler la situation en présence ou sombrer. Il n'y a aucun service d'incendie sur appel, et l’incapacité à maîtriser l’urgence laisse seulement un dernier recours qu'aucun marin n’ose envisager.

Par ailleurs, l’activité principale d’un navire de guerre consiste à mener des opérations et la formation des marins vise à garantir le succès de la mission, malgré les dommages de combat qui peuvent en découler. Motivés par l’instinct de survie et guidés par le succès de la mission, les membres d’équipage s’entraînent à l’utilisation des capteurs, au lancement d’aéronefs et à la défense de leur navire dans des scénarios qui simulent les effets néfastes et en cascade des d’incendies ou des inondations, des pannes électriques, de la fumée et du grand nombre de blessés.

Il s’agit d’un sujet sérieux, et rien n’est aussi important aux yeux des membres d’équipage que la lutte contre les avaries. Les leçons de la Seconde Guerre mondiale et nos vétérans doivent nous inspirer. Hormis les nombreux accidents qu’ont connus d’autres marines, nous avons également tiré les leçons de nos propres expériences sur les NCSM Kootenay (1969), Ottawa (2003) et Chicoutimi (2004). Nous avons investi dans des écoles de pompiers ultramodernes, capables de développer les scénarios les plus difficiles sans compromettre la sécurité du personnel et, technologies modernes, nous consacrons beaucoup de ressources à la mise à niveau de nos navires et de nos équipements de protection individuelle.

Mais plus important encore, nous nous entraînons sans relâche. Tous les membres d’équipage, peu importe leur grade ou leur spécialisation, sont des pompiers. Ils sont formés aux procédures de lutte contre les avaries lors de leur enrôlement dans la Marine, et leurs compétences sont mises à jour deux fois par an. Chaque jour, au port, la bordée de service exécute un scénario de lutte contre les avaries, qui est généralement un scénario de maîtrise d'un incendie. En mer, sous la direction de l’équipe de commandement, les scénarios sont plus complexes, plus axés sur l’équipe et font partie du rythme trépidant des activités quotidiennes du navire.

Tous les ans ou tous les deux ans, nos navires suivent un cycle d’instruction et d’évaluation externes qui dure au maximum quatre semaines. Ces séances sont offertes par des experts membres du personnel de l'entraînement maritime, spécialisés dans les domaines suivants : lutte contre les avaries, propulsion, combat et matelotage En mer, les scénarios probables les plus complexes, tels que les incendies graves dans la salle des machines, sont enseignés à fond, puis évalués. Les navires doivent démontrer un niveau de cohésion et de compétence de leurs membres d’équipage en matière de lutte contre les avaries et atteindre une note satisfaisante, avant d’être autorisés à participer à toute autre activité d’instruction ou de déploiement.

Cette fixation sur la lutte contre les avaries vise à établir une confiance sous-jacente à bord du navire en dépit des dangers omniprésents. Les premiers intervenants de la bordée réagissent avec empressement aux sonneries d’alarme du détecteur de fumée, d’incendie ou d’inondation, évaluent rapidement la situation, combattent immédiatement la menace, mettent le personnel à l’abri du danger et émettent une alarme plus précise. Derrière les premiers intervenants, toute l’équipe du navire active le quartier général central de lutte contre les avaries afin de diriger l’intervention d’urgence. Dans tout le navire, les membres du personnel se rendent à des centres prédéterminés, enfilent des combinaisons de lutte contre les incendies, forment des équipes et se tiennent prêts à être dépêchés dans le cadre d’un éventail d'activités coordonnées. Pendant que certains combattent le feu, d’autres refroidissent les pièces attenantes, évaluent les dégâts à une plus grande échelle, exploitent les systèmes principaux et auxiliaires et mettent en place des services d’urgence de fortune en cas de défaillance des systèmes redondants.

Les évènements à bord du NCSM Protecteur étaient un test de cette préparation. Il y aura sans doute de nombreux enseignements à tirer, mais l'intervention des vaillants membres d’équipage a renforcé en moi cette confiance nécessaire au déploiement de nos navires dans le cadre d’opérations, et a ravivé en moi cette immense fierté que je ressens chaque fois que je vois un de nos navires prendre la mer.