La cryptographe Olive Bailey a contribué de façon cruciale à mettre fin à la Seconde Guerre mondiale

Nouvelles de la Marine / Le 16 juin 2020

Par Peter Mallett

Pendant des décennies, Olive Bailey a gardé secrets son travail pendant la Seconde Guerre mondiale et le rôle essentiel qu’elle a joué pour mettre fin à cette guerre.

Elle était une jeune femme qui étudiait les mathématiques à l’Université de Londres et travaillait dans une usine de moteurs pour les bombardiers Halifax à l’époque du Blitz (les bombardements allemands à Londres et au pays de Galles). Elle a même survécu à un bombardement direct de son lieu de travail et a été secourue alors qu’elle était ensevelie sous les décombres.

Puis, en 1942, les services secrets britanniques l’ont affectée à Bletchley Park comme cryptographe. Il s’agissait d’un projet très secret dans un manoir victorien situé à 60 kilomètres au nord de Londres. On lui avait dit de ne jamais parler de son travail à qui que ce soit.

Son travail consistait à décrypter le code de la machine allemande Enigma, un dispositif utilisé pour encoder des messages stratégiques. Le projet était dirigé par Alan Turing, un légendaire mathématicien et pionnier de l’informatique.

« Il avait un très bon sens de l’humour et nous nous entendions très bien », a déclaré Mme Bailey.

En tant que membre d’une grande équipe, elle a travaillé sans relâche pour essayer de décrypter plus de 84 000 messages interceptés chaque mois qui étaient envoyés aux commandants des sous-marins allemands pour repérer et attaquer les navires alliés.

Elle a travaillé avec l’énorme système informatique de Turing, surnommé Victory (victoire), dont l’invention a finalement permis de décrypter le code de l’Enigma. Elle se souvient que l’invention de M. Turing était une masse intimidante de cadrans et un nombre infini de fils suspendus à l’avant de la machine.

Son travail consistait à apporter les messages décryptés au bureau où se trouvaient M. Turing et les « hauts placés et surdoués ».

Elle l’a décrit comme une personne qui parlait en rafales de mots et qui avait un bureau si encombré qu’il gardait sa tasse de café sur un radiateur adjacent.

Les contributions de M. Turing et des employés de Bletchley Park à l’usine de décryptage de code ont finalement porté leurs fruits. Les attaques meurtrières des sous-marins allemands à l’endroit des navires alliés dans l’Atlantique Nord ont diminué, avec beaucoup d’entre eux qui ont été coulés et dont les équipages ont été capturés.

Les travaux à Bletchley Park ont également contribué à préparer les débarquements du jour J en 1944. Certains historiens estiment que le décryptage du code de la machine Enigma a raccourci la durée de la Seconde Guerre mondiale de deux à quatre ans, et a ainsi permis de sauver des millions de vies.

Mme Bailey a épousé son mari Norman après la guerre en 1946. Il travaillait comme médecin dans la Royal Air Force.

Elle est restée silencieuse au sujet de ses activités de cryptographie même lorsque l’Angleterre a retiré ses restrictions concernant Bletchley Park dans sa Loi sur les secrets officiels dans les années 1970. Elle n’a parlé du projet à Norman qu’en 2001, lorsqu’un de ses anciens collègues l’a mentionné devant eux.

Elle a reçu une médaille pour son service à Bletchley Park et, plus récemment, la médaille de la Reine en reconnaissance de son travail pendant la Seconde Guerre mondiale.

Après la guerre, les Bailey se sont installés à Prince Albert et plus tard à Moose Jaw, en Saskatchewan, où son mari a travaillé comme chirurgien oculaire. Des années plus tard, le couple s’est installé sur l’île de Vancouver et ils sont restés ensemble depuis.