L’importante participation des navires de la MRC le jour J

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Nouvelles de la Marine / Le 5 juin 2019

« Il faisait encore nuit vers 4 h le jour J....quand tout s'est déclenché. Nos forces se trouvaient à environ 35 milles des côtes de Normandie. Des fusées éclairantes, des roquettes et des coups de feu ont commencé à illuminer le ciel depuis la côte. »

Le capitaine de corvette Piers Desmond, commandant du Navire canadien de Sa Majesté (NCSM) Algonquin, était aux premières loges lorsqu'une armada impressionnante de navires alliés a pris la mer le jour J, le 6 juin 1944.

La mission de l'opération NEPTUNE, la composante navale de l'opération OVERLORD, était de transporter les membres de la Force expéditionnaire alliée à travers la Manche, de les débarquer et de construire, maintenir et protéger les installations logistiques nécessaires pour soutenir la libération de l'Europe.

Au petit matin de ce jour fatidique, des navires de guerre, des navires amphibies, des navires auxiliaires et des péniches de débarquement sont mis à l'eau depuis la Grande‑Bretagne en direction de la côte française occupée. La force d'invasion constituait la plus importante flotte jamais rassemblée. Les opérations de débarquement amphibie nécessiteraient la coordination des éléments maritimes, terrestres et aériens pour une des opérations militaires les plus complexes jamais entreprises.

L'armada ainsi formée pour l'opération NEPTUNE comprenait 6 900 navires, allant des navires de guerre aux navires de la marine marchande, dont 64 navires de guerre canadiens et pas moins de 4 100 navires ou péniches de débarquement, dont 46 étaient sous les ordres de la Marine royale canadienne (MRC).

La contribution totale du Canada s'élevait à 110 navires et à plus de 10 000 hommes, soit 4 % de l’effectif naval total de la force d’invasion. Des destroyers, corvettes, frégates, dragueurs de mines et torpilleurs à moteur canadiens ont pris part aux combats en ce jour qui a changé le cours de la Seconde Guerre mondiale.

Les destroyers canadiens Haida, Huron et Iroquois ont participé à la protection des flancs de la flotte pendant la traversée.

Les marins canadiens des 16 dragueurs de mines de la classe Bangor ont été les premiers à participer à l'opération. Ils avaient la tâche cruciale de se frayer des passages dans la ligne défensive allemande afin que les péniches de débarquement puissent atteindre les plages. La 31e flottille a donc entrepris sa mission le 5 juin en début de soirée, ratissant et balisant un chenal menant au site de débarquement américain appelé Omaha Beach, et l'a terminée le 6 juin à l'aube.

Au fur et à mesure que les dragueurs de mines prenaient la mer, ils pouvaient voir des centaines de péniches de débarquement s'approcher de la côte sous le couvert d'un bombardement côtier intense effectué par des cuirassés, des croiseurs et des destroyers dans le but de neutraliser les défenses côtières des Allemands.

Les NCSM Algonquin et Sioux ont participé à ce bombardement. Leur tâche première  consistait à tirer sur les batteries côtières situées du côté est de Juno Beach. Les deux destroyers ont commencé à tirer peu après 7 h du matin.

Les navires de débarquement ont suivi et, en l'absence de contre-attaque ennemie, ont déchargé leurs péniches de débarquement remplies de soldats. Parmi les navires de débarquement d'infanterie se trouvaient deux croiseurs de la marine marchande canadienne convertis, le Prince Henry et le Prince David, et trois flottilles de péniches de débarquement. Plus à l'ouest, cinq corvettes canadiennes ont transporté des bateaux d’embouteillage pour former des ports artificiels au large de la plage.

Les NCSM Algonquin et Sioux sont restés au large de la côte jusqu'à ce que les troupes d'assaut aient sécurisé les plages, après quoi ils ont fourni un appui-feu aux officiers observateurs avancés qui ont débarqué avec l’infanterie.

Voici un extrait du journal personnel du Capc Piers :

« À 7 h 45, nous avons cessé le feu et les péniches de débarquement se sont posées sur la plage à l’heure prévue. Elles transportaient des unités du Corps du génie royal qui avaient la désagréable tâche d'éliminer les obstacles de la plage sous les tirs concentrés de l’ennemi. Le NCSM Algonquin était suffisamment proche de la côte pour tout voir en détail. 

Notre bombardement direct était terminé et notre prochain bombardement indirect ne devait pas avoir lieu avant que nos officiers d'observation de l'armée ne se soient établis à terre. Ainsi, pendant l’arrêt des tirs, nous sommes restés là à regarder attentivement des événements historiques se dérouler sous nos yeux. Le fait d’avoir pu en arriver là sans une égratignure était incroyable. »

Il a décrit la scène comme étant « incroyable » : des péniches de débarquement fourmillaient sur les plages et de puissants bulldozers détruisaient à toute vitesse la masse des obstacles avant la montée de la marée.  

« Des sapeurs procédaient au déminage. Les casemates et les centres de résistance allemands ayant résisté au bombardement soumettaient le rivage à des tirs incessants. Les bâtiments étaient en flammes, ainsi que quelques péniches de débarquement. Dans le ciel, on entendait le vrombissement des Spitfire et Thunderbolt qui défiaient les avions de la Luftwaffe, mais comme le défi n’a pas été relevé, nous avons été protégés des attaques aériennes. Tout allait bien. »

À 10 h 51, le NCSM Algonquin a été appelé à détruire deux canons automoteurs allemands et a réussi après la troisième salve.

« À mesure qu’on renforçait les têtes de pont à terre, des choses étranges et merveilleuses ont commencé à se produire sur les plages. Beaucoup de fournitures arrivaient par vagues successives. Peu après, la construction d’éléments importants comme les jetées a été entreprise. »

Pendant ce temps, les navires de débarquement Prince Henry et Prince David ont transporté 14 péniches de débarquement à Juno Beach. Vingt-six péniches de débarquement ont transporté des troupes de la deuxième vague. Des vedettes lance‑torpilles canadiennes ont patrouillé l'estuaire de la Seine. Bon nombre d’autres corvettes et frégates ont escorté les péniches de débarquement et patrouillé les routes de convoi. Les flotilles de péniches de débarquement de la MRC ont transporté  l’infanterie et les chars au rivage et leur ont fourni un appui-feu supplémentaire.

L'opération NEPTUNE a été couronnée de succès et à la tombée de la nuit, le 6 juin 1944, un peu plus de 150 000 soldats alliés étaient en France, mais au prix de 9 000 victimes, dont 1 081 Canadiens.   

À l’occasion du 75e anniversaire du jour J, la MRC se souvient du courage et du dévouement des marins qui ont fait le sacrifice en échange des libertés dont nous profitons aujourd’hui.

Sources

www.junobeach.info

https://www.canada.ca/fr/marine/services/histoire/service-naval-1910-2010/operations-a-l-etranger.html 

https://www.veterans.gc.ca/fra/remembrance/history/second-world-war/canada-and-the-second-world-war/warsea

Operation Neptune: From the Personal Diary of Desmond Piers, par J. Misner