Des navires de la MRC ont tenté de capturer un sous-marin allemand après une évasion de prison

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Nouvelles de la Marine / Le 27 avril 2020

Vous pourriez penser que les événements suivants ont eu lieu dans un roman d’espionnage complexe.

Mais ils ont réellement eu lieu.

À l’automne 1943, des capitaines de sous-marins allemands qui tentaient de s’évader d’un camp de prisonniers de guerre en Ontario ont mené la GRC directement à un lieu de rendez-vous sur la rive Nord du Nouveau-Brunswick.

Des navires de guerre de la Marine royale canadienne (MRC), sous le commandement du capitaine de corvette (Capc) Desmond Piers, attendaient tranquillement dans les environs qu’un sous-marin allemand fasse surface et tente de sauver ses compatriotes.

Les sous-marins allemands étaient le fléau de l’océan. Alors que la bataille de l’Atlantique faisait rage pendant la Seconde Guerre mondiale, il y a plus de 75 ans, ils rôdaient dans les profondeurs pour tenter de couler les convois alliés en route vers l’Europe avec des provisions.

Quatre capitaines de sous-marins allemands ont été capturés après des batailles, dont l’as de la flotte de sous-marins, Otto Kretschmer, qui a coulé des navires alliés équivalant à plus de 208 000 tonnes.

Appelé le « loup de l’Atlantique » en raison de ses succès, son règne de terreur a pris fin en mars 1941 lorsque son sous-marin a été coulé au sud-est de l’Islande.

Trois autres capitaines de sous-marins, Horst Elfe, Hans Ey et Hans Joachim Knebel-Döberitz, ont eux aussi été capturés et tous les quatre ont été envoyés au Camp 30, un camp de prisonniers de guerre à Bowmanville, en Ontario.

La vie au Camp 30, contrairement à la plupart des camps de prisonniers, n’était pas vraiment une dure épreuve. Il y avait beaucoup de choses qui manquaient dans les autres camps, comme une piscine intérieure, un complexe sportif et des terrains de soccer et de football. Les repas étaient bons et les prisonniers avaient accès à des soins médicaux et dentaires. Ils pouvaient envoyer du courrier et en recevoir de chez eux, et ils étaient payés par l’Allemagne, comme d’habitude.

Mais ils étaient néanmoins emprisonnés. Otto Kretschmer a commencé à formuler un plan d’évasion.

Mais avant de le mettre en œuvre, il devait obtenir l’autorisation du commandant supérieur des sous-marins de la Marine allemande, Karl Donitz. Pour ce faire, il envoyait des lettres codées par l’intermédiaire de colis de la Croix-Rouge. Il a proposé de faire venir un sous-marin pour récupérer les évadés, et a suggéré un emplacement près de la pointe de Maisonnette dans la baie des Chaleurs, au Nouveau-Brunswick.

La tentative d’évasion a été approuvée et les préparatifs ont commencé peu après.

Otto Kretschmer avait l’intention de creuser un tunnel sous le camp. Pour mettre les gardes du camp sur une fausse piste, trois tunnels ont été créés. Plus de 150 prisonniers ont participé au creusement. La voie d’évasion prévue devait dépasser les limites du camp et les barbelés qui l’entouraient. En même temps, d’autres personnes préparaient de faux papiers d’identité, des vêtements civils et des mannequins qui devaient prendre la place des évadés.

Pendant que les travaux étaient en cours, des lettres codées contenant des rapports d’avancement des efforts et des mises à jour étaient envoyées à l’Allemagne.

En août 1943, au moyen d’une lettre codée et d’une transmission radio, la date de l’évasion a été fixée et Otto Kretschmer a été informé que le U-536 ferait surface chaque nuit pendant deux semaines à partir du 23 septembre 1943.

Otto Kretschmer et ses hommes avaient 14 jours après leur évasion pour se rendre au lieu de rendez-vous.

À l’insu d’Otto Kretschmer, ses messages codés avaient été interceptés par le service du renseignement militaire canadien et la GRC, qui examinaient toutes les communications des prisonniers.

Charles Herbert Little, commandant du service du renseignement militaire canadien pendant la Seconde Guerre mondiale, a raconté comment ils ont découvert le plan d’évasion : « Un colis suspect a été envoyé à l’un des prisonniers allemands du camp de Bowmanville. Après l’avoir ouvert avec précaution, nous avons trouvé une carte pour une opération de sauvetage dans la baie des Chaleurs. Je suis alors allé voir l’amiral (Percy) Nelles [chef d’état-major de la Marine canadienne], ainsi que l’officier de l’Armée responsable des camps de prisonniers de guerre, pour leur expliquer la situation et leur proposer un plan ».

Une partie du plan consistait à permettre aux prisonniers de commencer leurs efforts d’évasion.

Les militaires, la GRC et les gardes du camp ont surveillé les prisonniers alors qu’ils commençaient à creuser plusieurs tunnels. Les prisonniers avaient créé un chemin de fer rudimentaire pour transporter la terre à l’extérieur du tunnel. Le poids de la terre excavée a causé l’effondrement d’une partie du plafond du bâtiment où ils la cachaient.

Les gardes du camp, conscients de ce qui se passait, ont laissé le creusement du tunnel se poursuivre.

Lorsque les prisonniers ont tenté de s’échapper, la GRC est intervenue et les a arrêtés. Dans la confusion, un des officiers allemands, Wolfgang Heyda, lui aussi interné dans le camp, a réussi à s’échapper en passant par-dessus les murs au moyen d’une tyrolienne de fortune installée sur des câbles électriques.

Wolfgang Heyda a échappé aux équipes de recherche et à l’intervention massive de la police et a réussi à voyager dans des trains de la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada, et ce, du Sud de l’Ontario jusqu’à la pointe de Maisonnette. Il est arrivé à l’heure prévue pour prendre contact avec le sous-marin allemand, mais a été arrêté par la GRC et le personnel de la Marine qui se trouvait déjà sur place.

Le Capc Piers, après l’avoir interrogé, a démasqué Wolfgang Heyda malgré ses dénégations initiales.

Se remémorant l’événement après la guerre, le Capc Piers a déclaré : « Je lui ai dit que j’étais désolé, mais j’ai dû le renvoyer en détention. J’ai téléphoné à la GRC. Ils sont venus en voiture et, quelques instants plus tard, je leur ai remis le détenu ».

Les autorités ont par la suite voulu capturer le sous-marin allemand.

La MRC et l’Armée canadienne ont mis en place une antenne réseau (radar) de surface portable sur la terre au phare de la pointe de Maisonnette, que la force opérationnelle navale, dirigée par le Navire canadien de Sa Majesté (NCSM) Rimouski, a utilisé pour repérer le sous-marin.

Le Rimouski, sous le commandement du lieutenant (Lt) John Pickford, était équipé d’un système expérimental d’éclairage diffus considéré comme révolutionnaire à l’époque.

Le camouflage utilisait des projecteurs de lumière pour rendre un navire presque invisible aux navires ennemis après la tombée de la nuit. Il rendait le navire invisible de loin, et difficile à voir et à identifier lorsqu’il était plus proche.

Le Lt Pickford a décrit le rôle du Rimouski dans l’opération : « L’équipage a installé une station radar et des postes d’observation sur la plage, et lorsqu’il a reçu un signe de la présence d’un sous-marin allemand, le NCSM Rimouski avec son camouflage lumineux devait abandonner la patrouille et entrer seul dans la baie. Naviguant lentement avec ses feux de navigation et son camouflage lumineux, il a créé l’illusion d’être un petit navire jusqu’à ce qu’il puisse capturer le sous-marin ».

Le reste de la force opérationnelle navale, y compris les NCSM Chelsea, Agassiz, Shawinigan et Lethbridge, attendait à proximité dans le port de Caraquet, obscurci par l’île de Caraquet.

Dans la nuit du 26 septembre 1943, le U-536 est arrivé au large de la pointe de Maisonnette pour son rendez-vous nocturne prévu.

Le personnel de la MRC et de l’Armée canadienne à terre a envoyé un signal avec une lumière que les évadés devaient utiliser. Un officier anglais qui parlait allemand a également tenté de contacter le U-536, mais sans succès.Le commandant du sous-marin allemand avait maintenant des soupçons, notamment lorsque ses hydrophones ont capté le son de la force opérationnelle canadienne à proximité.

Il a choisi de rester immergé et a commencé à échapper aux navires de guerre canadiens, qui l’ont cherché toute la nuit et ont tenté sans succès de l’attaquer avec des grenades sous-marines.

Bien qu’il ait évité le piège des Canadiens cette nuit-là, le U-536 a été coulé le mois suivant au nord-est des Açores par les NCSM Calgary et Snowberry, avec le Navire de Sa Majesté Nene, ce qui fait 38 victimes.

Bien que cette histoire semble être un roman d’espionnage captivant, ce sont les compétences, la détermination, l’ingéniosité et le travail d’équipe des forces militaires et civiles combinées qui ont permis de capturer les prisonniers de guerre évadés, et ont failli mettre fin au règne du U-536 en mer.

Sources

« Parmi les puissances navales » par W.A.B. Douglas

« Escape from Camp 30 » par Chris Chlon, Esprit de Corps, mai 2015