Des membres du NCSM Donnacona rendent une visite mémorable à une ancienne Wren

Nouvelles de la Marine / Le 30 décembre 2020

par l’enseigne de vaisseau de 1re classe Simon Bullock, NCSM Donnacona

Deux jours avant le jour du Souvenir, j’ai reçu l’appel le plus remarquable.

« Que va-t-il y avoir le jour du Souvenir cette année? », a déclaré la femme qui appelait.

« Eh bien, madame, en raison de la pandémie et des mesures de santé publique, il n’y aura pas de grandes cérémonies, et les citoyens sont encouragés à participer à l’acte du Souvenir en ligne », ai-je déclaré.

« Eh bien, c’est dommage! »

« Je suis tout à fait d’accord et je comprends. »

Nous avons parlé un peu plus longtemps et il devenu évident que je ne parlais pas à n’importe qui, mais à une femme au caractère et à la passion bien distincts. J’ai appris plus tard qu’elle s’appelait Vicky Lockwood-Drummond, ancien membre du Service féminin de la Marine royale du Canada (WRCNS) ayant participé à la Seconde Guerre mondiale.

« Vous ne devez pas parler à beaucoup de femmes de 97 ans, n’est-ce pas? », a-t-elle ajouté.

« Non, madame. »

« Eh bien, je suis vieille et vous allez devoir parler fort et clairement pour moi. »

« Oui, madame. »

J’ai recueilli ses coordonnées personnelles, son numéro de téléphone et son adresse.

Immédiatement après l’appel, j’ai fait irruption dans le bureau de mon collègue du Navire canadien de Sa Majesté Donnacona, la division de la Réserve navale à Montréal, pour lui parler de la remarquable dame avec laquelle je venais de parler.

« Nous devons faire quelque chose pour cette dame, une carte, une pièce commémorative, quelque chose! »

Je me suis mis au travail en coordination avec l’Association navale du Canada (ANC) pour valider ses références, et j’ai communiqué avec le lieutenant de vaisseau Anne-Marie Belisle aux fins de supervision et de consultation pour les affaires publiques, afin que les Fonds non publics obtiennent une pièce commémorative du navire, et pour que mon équipe de commandement examine la copie de la lettre qui serait rédigée.

Après une foule d’activités, tout était presque prêt.

Le jour du Souvenir, je suis arrivé à mon bureau tôt le matin pour rédiger une lettre au nom du commandant en écriture Copperplate.

Quelques heures plus tard, tout juste après la fin de la préparation de la lettre, l’enseigne de vaisseau de 2e classe (Ens 2) Cole Henry Forster et moi nous sommes rendus à Valleyfield (Québec) afin d’aider le capitaine de frégate Mathieu Leroux, chef d’état-major (région de l’Est), et le premier maître de 2e classe Pascal Rioux, capitaine d’armes de notre navire. Un dépôt de couronnes assez triste a suivi, au cours duquel nous avons rendu hommage à nos camarades tombés au combat, mais aussi à la mémoire du Navire canadien de Sa Majesté Valleyfield, une frégate de la classe River qui a été torpillée et coulée en mai 1944 pendant la bataille de l’Atlantique.

De retour à l’unité de la Réserve navale, j’ai continué mon activité frénétique, en faisant des appels à l’Ens 2 Forest pour servir comme personnel de soutien de la Marine, et à Charles O’Leary de l’ANC. M. O’Leary m’a informé qu’il serait accompagné par Anthony Colucci, également de l’ANC. De grands projets ont été élaborés; cependant, je les ai gentiment mis en garde qu’il ne fallait pas faire quelque chose de trop grand, car nous ne voulions pas effrayer Mme Lockwood-Drummond!

Nous sommes arrivés à l’adresse de Mme Drummond à l’avance, dans une formation provisoire devant sa porte, et nous avons fait une pause pendant un moment. J’ai frappé à la porte doucement au début, puis plus fermement.

« Deborah, attends, je dois aller ouvrir la porte », ai-je entendu dire Mme Lockwood-Drummond.

La porte s’est ouverte en grinçant.

« Deborah, je dois y aller! LA MARINE EST LÀ! »

« Je suis l’enseigne de vaisseau de 1re classe Simon Bullock, nous nous sommes parlés au téléphone plus tôt cette semaine. Comment allez-vous? », ai-je demandé.

« Oh mon Dieu, c’est merveilleux! La Marine est venue me rendre visite! Vous ne pouvez pas savoir à quel point cela est important pour moi. »

Nous avons veillé à garder nos distances physiques en raison de la pandémie et nous avons pris soin de garder nos masques durant toute la visite.

Elle n’a pas attendu longtemps avant de commencer à raconter des histoires concernant ses années de service. Ses récits étaient aussi pleins de vie qu’elle, même à un âge avancé.

L’énergie et la vitalité jaillissaient de chaque mot, ses yeux souriaient et s’illuminaient avec autant de jeunesse que la jeune femme en uniforme encadrée sur l’étagère au-dessus de son épaule.

Pendant notre visite, nous avons chanté un ou deux airs qui étaient populaires pendant la guerre, et elle a raconté ses souvenirs préférés de son service au sein du WRCNS, dans ses propres mots ci-dessous.

« Une violette? Vous n’êtes pas une violette, les violettes sont trop gentilles, vous êtes fougueuse. »

« La première femme s’est jointe au Service féminin de la Marine royale du Canada en octobre 1942; je m’y suis enrôlée le 8 février 1943. J’ai essayé de m’enrôler le 2 février, mais comme j’avais perdu un œil à l’âge de huit ans, le recruteur m’a jugée inapte.

J’ai dit : Que voulez-vous dire, je ne vois pas! Je vous vois très bien en ce moment.

Eh bien, j’ai pu obtenir le numéro de l’amiral et je l’ai appelé pour lui expliquer qu’il était absurde de penser que je ne pouvais pas servir en raison de l’absence d’un œil. Je vois très bien!

Eh bien, six jours plus tard, on m’a rappelée et l’amiral leur avait dit de me laisser me joindre à la Marine. C’est ainsi que je suis devenue connue sous le nom de Vicky; j’étais victorieuse. »

À propos de l’enterrement et de la cérémonie

Mme Lockwood-Drummond nous a ensuite parlé de son lieu de sépulture dans le Champ des héros et a dit qu’elle souhaite que sa famille communique avec nous à sa mort pour que nous puissions être présents.

« J’espère que ce ne sera pas avant longtemps », a répondu l’Ens 2 Forest.

« Oui, je suis sûr que vous pouvez vous rendre à 100 ans, » a ajouté M. Colucci.

« Oh mon Dieu, j’espère que non. Ne faisons pas traîner les choses, j’ai eu une belle vie », a répondu Mme Lockwood-Drummond.

« J’espère vraiment, vraiment que la Marine pourra être présente à mes funérailles, cela serait très important pour moi. »

« Cette journée serait très triste, mais ce serait un honneur. Le NCSM Donnacona sera là », ai-je promis.

Quand les yeux des Irlandais sourient

« On ne peut pas le voir sous ce masque, mais j’ai le sourire fendu jusqu’aux oreilles », a déclaré Mme Lockwood-Drummond.

« Vos yeux sourient et en disent assez, a déclaré M. O’Leary.

« When Irish Eyes are smiling sure it’s like a morning spring », a-t-il chanté sur un ton légèrement enjoué.

Sans faire de pause, Mme Lockwood-Drummond avait compris et avait continué la chanson : « In the lilt of Irish laughter, you can hear the angels sing. »

Nos visages se sont tous levés lorsque M. O’Leary et Mme Lockwood-Drummond ont harmonisé le reste du couplet.

« When Irish hearts are happy all the world seems bright and gay. But when Irish eyes are smiling sure they’ll steal your heart away. »

Tous nos yeux brillaient au-dessus de nos masques, et j’ai cru voir une larme remplir ses yeux.

Dans toutes ses histoires, elle finissait toujours par souligner l’importance incroyable de la Marine pour elle et sa famille. Combien elle l’aimait.

Nous lui avons sincèrement dit au revoir et nous lui avons laissé une carte écrite à la main et une pièce commémorative du navire.

« Oh, je suis tellement contente! C’est le plus beau jour », a-t-elle déclaré.

« J’ai hâte d’appeler toutes mes amies et de leur dire que la Marine est venue me rendre visite! C’est tout simplement génial. Je dois appeler tous les membres de ma famille maintenant et leur raconter cette visite. Merci beaucoup! »