Des femmes, au grade de premier maître de 1re classe, espèrent être une source d’inspiration pour les plus jeunes femmes

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Nouvelles de la Marine / Le 9 mars 2020

« Voir une femme occupant un poste de haute direction n’est pas seulement une réjouissance, mais la confirmation que cela est possible. »

Ces propos tenus par le premier maître de 1re classe (PM 1) Lucie Simpson soulignent les changements qui se produisent dans la Marine royale canadienne (MRC) depuis quelques années.

À mesure qu’un plus grand nombre de femmes s’enrôlent dans la Marine, ces pionnières qui occupent actuellement des postes supérieurs ont appris qu’il est essentiel de mobiliser et d’habiliter leurs plus jeunes collègues et de leur servir de mentor.

« Le leadership commence par la responsabilité de ses propres actes, de sorte que nous devons diriger ces femmes et les instruire en leur montrant le bon exemple et en ayant un impact sur elles dès le début de leur carrière », affirme le PM 1 Simpson, adjudant-chef du Groupe des services de santé des Forces canadiennes. « Être honnête dès le début – et ne pas cacher le fait que s’enrôler dans la MRC ne sera pas une partie de plaisir – mais que ce sera très enrichissant. Ces dernières années, en abattant certains obstacles, les femmes ont fait de brillantes carrières dans des équipes de dirigeants, aussi bien à terre qu’à bord de navires. »

De fait, neuf pm 1 actuels de sexe féminin, soit le grade le plus élevé de la Marine pour un sous-officier, possèdent au total 263 années de service et 10 050 jours de mer dans la MRC. Leurs carrières sont aussi longues que diversifiées. Elles ont été chefs d’embarcation à bord de bâtiments de défense côtière maritime et de frégates de patrouille canadiennes, ont travaillé dans la Force régulière et la Force de réserve en exerçant une grande diversité de métiers et ont occupé des postes de dirigeant dans des établissements terrestres.

Le PM 1 Simpson est la première femme de son groupe professionnel à dépasser le niveau de la formation. Chercheuse en communication, elle s’est enrôlée dans les Forces armées canadiennes en 1989. Elle a été affectée aux navires canadiens de Sa Majesté (NCSM) Huron et Algonquin à titre d’élément de soutien cryptologique direct, et déployée à bord du NCSM Ottawa pour une durée de six mois en Asie du Sud-Ouest. Elle occupe actuellement son second poste de cadre supérieur; elle a également été adjudant-chef des programmes de bien-être et de maintien du moral des Forces canadiennes.

Alors qu’elle servait à bord du Huron en 1996, le nombre de femmes à bord était tellement restreint que celles‑ci partageaient un seul mess avec six à huit couchettes.

« À cette époque, la culture commençait à changer », raconte le PM 1 Simpson. « Les cadres des forces navales ont pris la décision de recruter des marins, peu importe leur sexe. Cette même année, on nous a installées dans un mess suffisamment grand pour accueillir 30 femmes. »

Elle s’étonne toujours du fait que la plus jeune génération de marins se moque pas mal que les femmes occupent aujourd’hui des rôles traditionnellement assumés par des hommes. « Les femmes de ma génération se jugeaient les unes les autres, se faisaient concurrence et cherchaient à imiter ce qu’elles pensaient être les attentes à l’égard des femmes à l’époque. Lorsque je réfléchis à cette époque, c’est sans doute une norme que nous nous imposions à nous-mêmes pour mieux nous sentir à notre place. »

Parmi les conseils qu’elle prodigue aux femmes plus jeunes, il y a celui de trouver de bons mentors, en particulier d’autres femmes, qui peuvent être une source d’inspiration et de diversifier les fonctions qu’elles exercent dans la Marine.

« Elles écoutent attentivement les conseils que nous leur donnons, » ajoute-t-elle. « Je leur parle des possibilités d’emploi, des déploiements, de l’apprentissage d’une langue seconde, de la gestion des échéances et des attentes et je leur fais part également de mes propres expériences. »

Le PM 1 Ginette Seguin, actuellement responsable du Programme des distinctions honorifiques de la MRC, convient que le fait de mentorer des femmes est essentiel, afin de leur permettre d’observer le type d’avancement professionnel aujourd’hui possible.

Après avoir servi dans la MRC pendant 23 ans, elle n’ignore rien des progrès réalisés par la Marine qui offre désormais des chances égales d’emploi aux hommes et aux femmes. Pendant plus de 14 ans, elle a servi à bord de 11 bâtiments, notamment à titre de chef d’embarcation à bord des NCSM Shawinigan et Kingston, en plus d’être déployée dans le cadre de plusieurs missions opérationnelles.

« J’ai passé les 10 premières années de ma carrière à essayer d’être un homme, car je pensais que cela m’aiderait à me sentir à ma place, » affirme‑t-elle. « Mais ce que cela a fait en réalité, c’est de me déconnecter de moi-même et de qui je voulais être. »

« Alors que j’étais dans la vingtaine, je n’aimais guère ce que les pionnières avaient dû vivre pour que je me sente traitée sur un pied d’égalité et perçue comme faisant partie de l’équipe », reconnaît-elle. « Il est arrivé que je sois victime de discrimination sexuelle; mais cela n’avait rien de systémique. Je suis honnêtement persuadée que la diversité et l’inclusion sont aujourd’hui la norme et que ceux qui n’en sont pas convaincus sont de moins en moins nombreux chaque année. Le fait d’être inclusif n’est pas toujours facile, mais il est essentiel de rester informé et de s’éduquer. »

Aujourd’hui, alors qu’elle a un grade supérieur, elle comprend toute l’importance qu’il y a à être un modèle à émuler.

« Je reconnais l’importance qu’il y a à dépasser d’importants jalons en tant que femme, en particulier lorsque j’ai été promue au grade de premier maître de 2e classe. Plus le grade est élevé, moins il y a de femmes qui peuvent être des modèles à émuler; c’est pourquoi il est si important d’être présentes et ouvertes lorsque nous nouons des rapports avec des marins plus jeunes de sexe féminin. »

Elle affirme que parfois, il s’agit des choses les plus simples, comme de se promener dans un chantier naval et d’entamer une conversation avec une autre femme en uniforme.

« Ce faisant, j’espère leur inculquer un sentiment d’appartenance, en leur montrant qu’elles bénéficient de notre appui et en leur ouvrant la porte pour qu’elles puissent venir nous voir si elles en ressentent le besoin. Bien sûr, j’en fais autant pour les hommes, mais je suis convaincue que ce que les femmes en tirent est sans doute différent quand cela vient d’une autre femme. »

Elle se rappelle un moment antérieur dans sa carrière, alors qu’elle était assise à une réunion de planification d’un exercice majeur qui allait bientôt avoir lieu. « J’ai déclaré à un de mes amis assis à côté de moi, « Je me sens comme une petite fille dans un monde d’hommes. » Et cela l’a fait rire. Même si c’était une plaisanterie, une partie de moi-même se demandait si je possédais vraiment les qualifications voulues pour être là. Je crois sincèrement qu’une des difficultés auxquelles se heurtent les femmes dans la MRC, c’est d’arriver à faire taire ces pensées négatives sur elles-mêmes. Il est dans la nature humaine d’éprouver des sentiments d’insécurité, mais nous devons veiller à ce que ces insécurités ne minent pas la confiance que nous avons en nous-mêmes. »

Selon elle, la MRC peut surmonter ce défi en continuant à faire ce qu’elle fait : encourager, motiver et procurer un renfort positif, en plus de s’assurer que les dirigeantes qualifiées occupent des postes qui permettent aux femmes plus jeunes de les observer et de nouer des rapports avec elles.

Le PM 1 Simpson et le PM 1 Seguin tiennent à dire clairement que même si elles savent que l’obtention de leur grade supérieur est toute une réussite, qu’elles espèrent que d’autres femmes chercheront à les émuler. Elles veulent également que les hommes comme les femmes sachent qu’elles ont de la valeur et qu’elles sont utiles.

« Peu importe le grade, peu importe le sexe, nous sommes un morceau du casse-tête qu’il faut reconstituer pour remplir la mission », insiste le PM 1 Seguin.

Le PM 1 Simpson ajoute qu’elle est fière que la MRC « soit une organisation où aussi bien les hommes que les femmes touchent un salaire égal, bénéficient des mêmes possibilités de formation et d’éducation, aient accès à un système de distinctions honorifiques qui récompense les membres en fonction de leurs exploits individuels, et qu’elles puissent travailler dans un environnement exempt de harcèlement et parfaitement sécuritaire. »

« Lorsque je réfléchis à mes 30 dernières années, je m’étonne de toutes ces amitiés durables, et suis reconnaissante des occasions qui m’ont permis d’être un meilleur dirigeant et par conséquent une meilleure personne, et d’avoir acquis les compétences et les valeurs qui continueront de m’aider pendant le restant de ma vie. »

Tandis que les femmes continuent de s’enrôler dans la Marine, elles constatent clairement que d’autres femmes assument des rôles de cadre supérieur, aussi bien à titre d’officiers que de sous-officiers, qu’on les écoute et qu’on les valorise en tant que personnes et en tant que partie intégrante de la Marine dans son ensemble.