Comment naviguer sur un grand voilier chilien et se faire inviter à trois mariages en 60 jours

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Nouvelles de la Marine / Le 27 septembre 2019

 

Il est parti naviguer dans le Pacifique pendant deux mois à bord du majestueux grand voilier Esmeralda de la marine chilienne. Il est revenu avec une multitude d’expériences, un réseau mondial d’amis et trois invitations à un mariage.

 

L’aspirant de marine (Aspm) Isaac Goggin, a été choisi pour participer à l’opération REGULUS, un programme qui permet à des marins de se retrouver à bord de navires étrangers pour élargir leurs horizons et acquérir de nouvelles compétences.

Le 2 juin 2019, l’Aspm Goggin s’est joint à 20 aspirants de marine de partout dans le monde et à  à 60 aspirants marins chiliens dans le cadre d’un stage de formation alors que l’Esmeralda traversait le Pacifique, de Valparaiso (Chili) à la Nouvelle-Zélande.

L’Aspm Goggin a trouvé fascinant de passer du temps sur l’Esmeralda - un grand voilier de 109 mètres de long avec un mât de 50 mètres - avec des camarades de cours venus d’Angleterre, de Chine, d’Argentine, des îles Fidji, d’Australie, de Colombie et du Mexique.

« Ce navire est magnifique. La première fois que je l’ai vu, c’était la nuit. Il était éclairé par des lumières qui montaient le long du mât. Je m’attendais à quelque chose de la taille de l’Oriole [le grand voilier de la Marine royale canadienne], mais il est environ quatre fois plus grand », a-t-il déclaré. « Il est surnommé la "Dama Blanca" ou la "Dame blanche" - c’est un navire tellement élégant. »

Lancé en 1953, l’Esmeralda est le sixième navire à porter le nom "Esmeralda" dans une tradition remontant au XVIIIe siècle. Le navire a une coque en acier, mais parce qu’il est peint en blanc de la proue à la poupe et qu’il a de grandes voiles et une construction interne en bois, il a l’air très traditionnel.

« Le mess, qui est fait de vieux bois, et la cabine du capitaine ressemblent exactement à ceux du film Maître à bord : de l’autre côté du monde », a-t-il déclaré.

L’un des meilleurs souvenirs que garde l’Aspm Goggin de ce navire est sa première fin de semaine lorsque l’équipage chilien a organisé un tir à la corde tapageur pour l’ensemble du navire.

« Sur un navire où le tir à la corde est littéralement le premier travail de chacun, vous pouvez imaginer l’énergie qu’ils mettent dans ce sport. La célébration de la victoire prend un air de folie alors que les marins se tiennent par les épaules, en sautant, en criant et en chantant leur victoire. C’est enivrant et plus qu’un peu dangereux, mais très amusant, », raconte l’Aspm Goggin dans un journal relatant son expérience.

Deux fois par semaine, les aspirants marins de l’Esmeralda gravissaient le mât du navire en remplacement au CP habituel.

« Si cela vous semble mieux que l’aérobique, alors vous n’avez probablement jamais grimpé un mât de 50 mètres se balançant au milieu du Pacifique. Nous détestions tous ces deux jours de la semaine », a-t-il écrit.

L’Aspm Goggin a aimé explorer la Nouvelle-Zélande lors de ses visites de port en juillet et rencontrer de nouveaux amis du monde entier. Depuis, il a été invité à trois mariages dans trois pays différents.

« Ce fut une excellente occasion de voir le Pacifique Sud (et) une bonne expérience de rencontrer des gens d’autres marines - en particulier des officiers subalternes qui sont dans la même situation que moi - d’entendre leurs histoires, de se faire des amis et de vivre toutes sortes d’autres expériences, » il a dit. « Ce fut toute une aventure. »


L’Aspm Goggin a écrit au sujet du temps qu’il a passé à bord de l’Esmeralda :

L’aventure d’une vie

Par l’aspirant de marine Isaac Goggin

Cet été, j’ai eu l’occasion de naviguer à bord du grand voilier Esmeralda de la marine chilienne, l’un des plus grands voiliers toujours en service actif. Le navire, surnommé « Dama Blanca », ou « Dame blanche », a été mis en service en 1953 et a été nommé en référence à un navire du même nom capturé des Espagnols en 1820 par l’amiral Lord Thomas Cochrane, ancien membre de la Royal Navy.

Mon expérience à bord a commencé le 2 juin 2019, lorsque je suis arrivé à Valparaiso, au Chili. Valparaiso est le principal port d’attache de la flotte chilienne, et c’est là que j’ai rencontré mon parrain, un aspirant marin chilien du nom de Jose Kitzing. Il m’a fait visiter la ville pendant une semaine, me permettant de rester chez lui la nuit pour éviter les ennuis d’un hôtel. J’ai pu explorer tous les monuments et musées de la marine chilienne et voir quelques-uns de leurs navires en service actif.

Plus tôt que nous l’aurions souhaité, le navire a quitté Valparaiso au milieu de beaucoup de  fanfare et de nombreux adieux de proches en larmes. Je venais de réaliser que partout où allait la Dame Blanche, il y avait beaucoup de fanfare.

La première étape de notre voyage a duré presque exactement 30 jours entre Valparaiso et Wellington, en Nouvelle-Zélande. La première semaine a été la plus difficile; s’habituer à un nouveau navire est difficile dans le meilleur des cas, mais lorsque vous êtes incapable de parler la langue et que vous devez vous faire traduire pour vous en sortir, c’est encore plus difficile. Il faut ajouter à cela leurs petits déjeuners spartiates, généralement un morceau de pain avec du café soluble, et j’avais du mal à m’adapter.

Le fait de suivre un horaire de service régulier a beaucoup aidé. Les aspirants marins à bord sont intégrés à l’horaire d’un quart sur quatre du navire, lequel dure deux semaines. De façon plus claire, ils doivent effectuer un quart de quatre heures chaque matin et un quart de quatre heures chaque après-midi pendant la première semaine. La deuxième semaine, ils suivent des cours et travaillent à leurs différents travaux.

Les quarts de travail n’étaient pas différents des quarts de travail d’un navire de guerre ordinaire (par opposition à un grand voilier). Il y avait un aspirant marin dans chaque groupe de quart : un avec le navigateur sur la passerelle; un avec les communications sur le passerelle; deux pour la navigation dans la salle de navigation sous la passerelle; un surveillant le mess (malgré le manque d’alcool en mer); un dans la salle des machines; et un au « poste de manœuvre », qui impliquait de changer de voiles lorsque le vent ou les conditions météorologiques changeaient.

En tant qu’officier du génie de la Marine royale canadienne, j’ai beaucoup aimé les quarts de travail dans la salle des machines en raison de l’environnement détendu et de la nature simple et plaisante des membres du génie. De plus, lorsqu’on recevait un des quarts de travail les moins agréables (de minuit à 4 heures, par exemple) sous les ponts avec les membres du génie, ils vous préparaient un petit-déjeuner toujours meilleur que le pain froid servi au mess des aspirants marins.

J’ai aussi pu m’habituer facilement à l’horaire quotidien à bord. Tous les jours à 6 heures, les aspirants marins et leurs instructeurs se rassemblaient sur le pont de dunette (la poupe ou l’arrière du navire) et effectuaient un programme d’exercices d’aérobique comprenant des pompes et des redressements assis. Les mardis et jeudis cependant, les aspirants marins grimpaient au mât pour leur exercice quotidien. Si cela vous semble mieux que l’aérobique, alors vous n’avez probablement jamais grimpé un mât de 50 mètres se balançant au milieu du Pacifique. Nous détestions tous ces deux jours de la semaine. Après environ une heure de conditionnement physique, nous prenions notre douche, nous nous habillions et prenions notre maigre petit-déjeuner avant de nous diriger vers le pont pour la formation du matin.

Tous les jours (sauf le dimanche), tous les membres de l’équipage se rassemblaient sur le pont vers 8 heures pour un briefing de la part du responsable du navire. À 8 h 30, nous travaillions sur les voiles, ce pour quoi nous devions faire appel à nos muscles et au travail d’équipe. Le service du pont expérimenté du navire se promenait sur le pont en corrigeant les cordages et en veillant de façon générale à la sécurité lorsque nous levions ou baissions les voiles, en fonction des conditions météorologiques. Généralement, à 11 h 30, cette partie de la journée se terminait (si le temps se comportait comme prévu) et nous allions en bas pour notre déjeuner. L’équipage pouvait ensuite faire la sieste jusqu’à 14 heures, ce qui était le meilleur moment pour monter sur le pont et faire une séance d’entraînement personnelle. Plus tard, nous avions des cours jusqu’à 18 heures, puis les aspirants marins donnaient des briefings de 18 à 20 heures, heure à laquelle nous pouvions enfin manger.

J’ai pu m’habituer facilement à l’horaire quotidien, mais la routine à quai était complètement différente. Les officiers invités étaient presque entièrement libres à terre, à l’exception de quelques petits événements tels qu’une visite guidée de la base navale locale ou une cérémonie de dépôt de couronne devant un monument local. De plus, lors de la première nuit au port, le navire a organisé une imposante réception à bord pour tous les diplomates et attachés militaires locaux. S’il y avait encore de la place à bord, des aspirants marins locaux seraient également invités à bord, s’entassant sur le pont et échangeant des anecdotes d’entraînement jusqu’à ce que le soleil se lève et que le capitaine vide les ponts à contrecœur.

Les visites portuaires ont été le clou du voyage. Explorer les volcans de la Nouvelle-Zélande, plonger en Australie et visiter des sites célèbres tels que l’opéra de Sydney. Avec cinq jours dans chaque port, tout était possible. La plupart des membres d’équipage ont dormi dans des hôtels ou des auberges de jeunesse et se sont donnés comme mission de manger et de rapporter à bord autant de nourriture que possible. Ce n’est pas que la nourriture à bord du navire était mauvaise, mais les portions étaient petites, et chaque visite au port permettait de rapporter des milliers de livres de nourriture dans les ponts du mess et cachées avant que nous ne reprenions la mer.

Ma seule expérience en mer avec la Marine royale canadienne avant mon échange avec la marine chilienne fut une semaine de navigation dans le cadre d’un cours que tous les officiers subalternes de la marine doivent suivre. Cette expérience consistait à naviguer en tant que membre d’équipage à bord de navires d’entraînement Orca et était complètement différente de celle que j’ai vécue sur l’Esmeralda.

Cet échange présente de nombreux avantages. Bien entendu, établir des liens et des amitiés n’est pas seulement été un avantage pour ma satisfaction au travail, mais elle m’a également permis d’être en contact avec une profusion de collègues d’expérience à tous les stades de la formation, à qui je pourrais faire appel pour poser des questions ou simplement pour discuter. De plus, voir comment fonctionnent d’autres marines depuis leurs protocoles de sécurité (ou l’absence de protocole de sécurité) jusqu’à la nourriture du mess, peut nous aider à apprécier les forces de notre marine. Ces forces peuvent ensuite être étayées et soutenues de vive voix lorsque d’autres peuvent en douter.

Mon moment préféré de travail aux côtés de la marine chilienne n’est probablement pas un souvenir de travail, mais un souvenir des innombrables fêtes et divertissements à bord du navire. En fait, le premier samedi en mer décrit cela parfaitement : ils ont organisé un grand barbecue et un concours de tir à la corde pour l’ensemble du navire. Sur un navire où le tir à la corde est littéralement le premier travail de chacun, vous pouvez imaginer l’énergie qu’ils mettent dans ce sport. La célébration de la victoire prend un air de folie alors que les marins se tiennent par les épaules, en sautant, en criant et en chantant leur victoire. C’est enivrant et plus qu’un peu dangereux, mais très amusant. Malgré que je ne maîtrisais pas très bien la langue et que je n’étais avec eux que depuis deux semaines à peine, je faisais partie de l’équipe comme si j’étais avec eux depuis le début.

Grâce à la Marine royale canadienne, j’ai eu l’occasion de parcourir le monde, de vivre des expériences uniques et de nouer des relations internationales avec des marines du monde entier, y compris des amitiés durables. Et je serai toujours reconnaissant de cela. Cependant, avec la fin de l’été et maintenant que l’Esmeralda met les voiles pour Bali, en Indonésie, il est temps que je reprenne mon travail habituel. Pour moi, cela signifie terminer mon diplôme d’officier du génie au Collège militaire royal. Mais l’Esmeralda naviguera autour du Pacifique jusqu’en janvier, fendant les flots de sa coque blanche historique afin de permettre à des milliers de personnes de le visiter à quai et d’en tomber amoureux.