À la mémoire du lieutenant de vaisseau Andrew Webster - Marine royale canadienne

FMAR(A) - Le point de vue de l'amiral / Le 16 janvier 2014

Au cours de la semaine dernière, un sentiment de solennité a envahi la Marine royale canadienne, à la suite de la perte du lieutenant de vaisseau Andrew Webster.  Avec la permission de sa famille, je vais partager ces quelques pensées.

En tant que navigateur, Andrew passait beaucoup de temps sur la passerelle d’un navire de guerre à la poursuite d’un horizon fuyant constamment devant lui. Cette expérience est à la fois belle et perturbante. En fait, la plupart des gens ont à raison peur de l’océan.  Ses fréquentes colères en font l’un des milieux de travail des plus dangereux. Comme si les tempêtes et l’éloignement des côtes n’étaient pas encore assez, la plupart des gens céderont à la fatigue causée par des montagnes russes qui ne s’arrêtent jamais. Si vous vous demandez après cela ce qui motive un marin, les quartiers claustrophobiques et l’horaire éreintant de la vie à bord d’un navire de guerre ne feront qu’approfondir vos doutes.

Malgré tout cela, Andrew adorait le sens du défi et de l’aventure qui accompagnait la découverte de ce qui se trouvait au-delà de cet horizon. Il a rapidement fait preuve de qualités de leadership naturelles. Il n’avait pas froid aux yeux, et il se plaisait dans la cadence incessante de la vie à bord et de ses exigences physiques, repoussant la tension et la fatigue avec sa bonne humeur et son sourire contagieux. Il excellait en tant que navigateur, officier de la salle des opérations et instructeur. Son sens du devoir ressortait dans la façon dont il exerçait les fonctions très difficiles d’officier du combat à bord du NCSM Toronto, où il était au centre des nombreuses réussites enregistrées par le navire déployé dans le cadre de l’Opération Artemis en mer d’Oman. Au début de l’hiver, après un incendie qui s’était produit dans les machines tout juste quelques jours auparavant, le Toronto  a effectué une importante saisie de drogues, portant ainsi à son tableau d’honneur un autre succès durant cette longue et complexe mission loin de son port d’attache.

La triste réalité de ce déploiement loin au-delà de l’horizon, dans cette quête du défi, cette exploration d’un leadership de plus en plus complexe et cet engagement éreintant envers sa carrière, était la séparation d’avec son épouse et sa famille qui lui était si chers. Je reconnais à quel point cette longue séparation a dû être insupportable. Nous sommes tous attristés par la mort d’Andrew; à cause de son décès soudain, des derniers mots d’amour n’ont pu être prononcés, et des choses à accomplir n’ont pu l’être.  Mais l’effusion de sympathie provenant de la famille navale nous montre à quel point la contribution d’Andrew à un si jeune âge était exceptionnelle.

Tant à dessein qu’au fil du temps, la marine est devenue une famille qui s’est tissé des liens étroits pour faire face à l’adversité des conflits, aux dangers de l’exploitation de machines complexes et à la violence de la nature sur les océans.  Dans toutes les familles, il y a des leaders, et il en va de même à bord du Toronto, où Andrew était un leader clé. Il savait intuitivement comment mener et en même temps aimer, soutenir et encourager, et comme il faut souvent le faire, amener les plus timides à réaliser leur plein potentiel. En retour, les gens avec qui Andrew travaillait l’aimaient.  Il représentait le type d’officier que vous voulez avoir au sein de votre équipe : sa présence diffusait la tension. Il possédait une merveilleuse combinaison de confiance en soi, de compétences acquises, de vive intelligence et de personnalité attachante.  Avec le temps, il était en train de devenir un excellent leader exposé de plus en plus aux affaires complexes du commandement d’un navire de guerre.

Permettez-moi de vous relater une histoire provenant de l’un de ses anciens commandants.  Lorsqu’Andrew servait à titre d’instructeur au Centre d’instruction des officiers de marine, il avait une responsabilité très importante, soit celle de former la prochaine génération. Le commandant disait que souvent, les jeunes élèves-officiers parlaient de façon très positive de leur instructeur : voir la passion et l’enthousiasme rayonnant d’Andrew se refléter dans les personnes à sa charge était un sentiment tout simplement magique et digne d’envie.

Nous avons tous choisi comme modèles à suivre des personnes plus expérimentées et plus accomplies que nous, et pour ma génération, ces leaders sources d’inspiration incluaient des officiers tels que le capitaine Phil Webster (le père d’Andrew) et le vice-amiral Bruce MacLean (l’oncle d’Andrew).  Il était agréable d’apprendre alors que de jeunes officiers faisaient la même chose avec Andrew.  On ne peut offrir de plus grand compliment au lieutenant de vaisseau Webster et lui reconnaître un plus bel héritage que de constater que de nombreux marins de sa génération trouvaient leur inspiration dans ses grandes qualités.

Il arrive aussi parfois qu’une personne passablement plus jeune que nous réussit à capter notre imagination en faisant preuve de toutes les bonnes qualités qui définissent un officier de la marine. Pour le commandant beaucoup plus haut gradé, le lieutenant de vaisseau Webster était l’un de ces rares officiers dans lequel il voyait des qualités dignes d’être renforcées dans ses propres comportements.  

Il y a aussi un autre héritage. La MRC est une organisation apprenante; dans notre histoire, nous avons perdu d’autres marins, et chacun de ces chers compatriotes s’est gravé dans notre mémoire institutionnelle en y laissant les leçons que nous avons tirées d’eux. L’héritage du lieutenant de vaisseau Webster sera tout autant apprécié.  Qui plus est, maintenant que nous entreprenons de relever les défis de 2014 et des années subséquentes, nous le ferons enrichis du souvenir de la force de sa personnalité positive et de son leadership naturel qui ont marqué sa carrière dans les Forces armées canadiennes.