Le NCSM Carleton : bien ancré au Lac Dow

L'ENCRE - avril 2017 / Le 31 mai 2017

Par Fabrice Mosseray

L'inauguration d'un nouveau bâtiment constitue un beau moment dans l'histoire d'une unité de la Réserve navale et représente l'occasion de resserrer ses liens avec la communauté. La cérémonie d'armement du Navire canadien de Sa Majesté (NCSM) Carleton, qui a eu lieu le 16 novembre 2015, fut empreinte de joie, de fierté et d'émotion. Bâti face au Lac Dow qu'il domine depuis la Seconde Guerre mondiale, le Carleton a vu les plans de son nouveau bâtiment échafaudés au lendemain de l'affaissement sous le poids de la neige du toit de son pont de parade en 2008.

Le Carleton gravé sur le cœur

Cette cérémonie a été sans conteste un grand moment pour notre commandant de la Réserve navale, la commodore (Cmdre) Marta Mulkins, ainsi que pour le commandant d'alors, la capitaine de corvette (Capc) Carmen Lapointe, deux dames qui ont le Carleton à cœur. La Cmdre Mulkins, qui a passé l'équipage en revue, a non seulement rejoint le Carleton durant les années 80 en tant que mécanicienne-diesel, mais elle en a aussi pris le commandement de 2013 à 2014. L'équipage peut se targuer d'avoir été dirigé par la toute première femme de notre Marine à avoir commandé un navire de guerre. Démontrant un enthousiasme sans égal et illuminée d'un sourire des plus chaleureux, elle a mené de front les opérations relatives à la démolition du bâtiment principal et au réaménagement du bâtiment survivant du Carleton, tout en maintenant le standard de l'entraînement. Au moment de sa prise de commandement, elle avait alors demandé à l'équipage de faire preuve de souplesse et d'innovation en attendant l'inauguration du nouveau bâtiment. Lors de son discours en novembre, elle a déclaré : « De grands esprits issus des collèges et des universités d'Ottawa se sont enrôlés ici, dans la Marine. J'ai passé la plus grande partie de ma carrière au Carleton, et mes pensées vont à ceux et celles qui ont servi, qui ont été entraînés, et qui ont forgé des solides amitiés au fil des ans dans ces vieux bâtiments qui n'existent plus que dans notre imagination et dans nos souvenirs. Je suis heureuse de mener dans cette nouvelle ère un bâtiment d'avant-garde qui saura honorer sa vocation opérationnelle. »

Pour la Capc Carmen Lapointe, cette cérémonie a marqué l'aboutissement d'un projet dans lequel elle s'est totalement investie et a consacré sans compter, temps et énergie.

Le moment le plus poignant de la cérémonie a été certainement celui du vibrant « Hip Hip Hourra » lancé par l'équipage depuis la mezzanine surplombant le pont de parade et l'assistance. Ce cri venant du fond du cœur n'a pas laissé les 200 invités indifférents, comprenant entre autres d'anciens commandants et capitaines d'armes, l'amiral Buck, le capitaine de vaisseau Marin et le commodore (Ret) R. Baugniet. Au commandement du Capc Lapointe, l'équipage a agrippé la balustrade de la mezzanine qui tenait lieu de bastingage, un geste qui symbolise la prise d'un nouveau navire. Elle a alors déclaré: « Nous honorons ceux et celles qui ont servi le NCSM Carleton et nous veillerons à entraîner les marins de demain. Ce nouveau bâtiment offrira des facilités dont les marins auront bien besoin afin de maintenir leurs compétences et leurs aptitudes, et ce, afin de leur permettre de prendre part aux opérations navales, ici, au pays, et à l'étranger. » Un souper et une soirée dansante ont clos la cérémonie. Voir nos recrues partager le parquet de dance avec des anciens et anciennes enrôlés dans les années 60 et 70 était un plaisir pour les yeux.

Départs dans la digité

Dans l'année qui a suivi l'inauguration, le Carleton a souligné de nombreux départs dans la dignité dont ceux du lieutenant de vaisseau (Ltv) C. Hough et du jovial premier maître de 2e classe (PM 2) P. Frazier. Quant à lui, le sacré chic type qu'est le maître de 1ere classe (M 1) Yan McCandless nous a quitté en toute humilité. En novembre dernier, cinq autres départs ont été célébrés. Notre commandant, le Capc M. J. Zandliet, en a profité pour exprimer la surprise et la joie qu'il a ressenties en constatant le fort esprit d'équipe de l'unité. Le PM 2 Dean Boettger, qui s'est distingué comme capitaine d'armes, a pris part à la mise sur pied de la célébration du centenaire de notre Marine. Il a eu l'honneur de présenter la cloche du Centenaire au Sénat. Le PM 2 Joy Gillis, son enthousiasme et ses bonnes histoires de cuisinière à bord de navires d'entraînement tels que les navires de la classe Porte nous manquera beaucoup elle aussi. Elle a été émue de recevoir un drapeau du Canada qui a flotté sur le NCSM Oriole, le voilier de notre Marine, et sur lequel elle a eu la chance de servir.

Puis ce fut le tour de l'auteur de ces lignes. Maintenu au grade de matelot de 1ere classe depuis 1993 pour des raisons médicales, je laisse un héritage historique derrière moi; le Carleton possède désormais un livre de bord (1923 à ce jour) et des vitrines commémoratives bien remplies. Le maître de 2e classe Julie Soogree et moi avons mis en valeur le millier d'artéfacts, la centaine d'uniformes et les quelques 3 500 photos de l'unité. J'ai d'ailleurs cédé ma collection navale de près de 300 pièces. Lors de la cérémonie, la parution de mes 60 articles dans L'Encre depuis 1993 - un record inégalé - a été mentionnée.

Puis, le 26 novembre 2016, l'unité a célébré le départ du capitaine de frégate Evan Boettger, qui a commandé le Carleton en 1998 et dont la feuille de route est impressionnante. En plus d'avoir servi comme commandant de l'Unité de Défense Portuaire 3 (UDP3) en 2003, il a été déployé en Afghanistan en 2010 et au Soudan du Sud en 2012.

Pour sa part, après avoir servi sur les navires d'entraînement Fort Steele et ceux de la classe Porte, notre ancien commandant en second (2011-2013), le capitaine de corvette Daniel Haché, a été commandant en second puis commandant du UDP3 de 2002 à 2008.

À bord de sa frégate de pierre flambant neuve, le Carleton continue donc d'assurer avec honneur la présence de notre Marine dans la Capitale nationale et démontre sa capacité d'affronter efficacement les défis que lui réserve l'avenir. Les exercices Rideau Guard de 2016 et de 2017, couronnés de succès, en sont de bons exemples.