Jour du Souvenir 2016 : les militaires commémorent au Musée naval de Québec

L'ENCRE - avril 2017 / Le 31 mai 2017

Par Samuel Venière, Musée naval de Québec 

Le 10 novembre 2016, à la veille du Jour du Souvenir, le Musée naval de Québec recevait la visite de plusieurs membres de la Marine royale canadienne dont un grand nombre du Quartier général de la Réserve navale, dans la foulée des commémorations dédiées aux anciens combattants. Lors de cette visite, le directeur du Musée naval, M. André Kirouac ainsi que Samuel Venière, historien du Musée naval, étaient présents afin de commenter l'exposition Héritiers des Guerres, une exposition vouée à la mémoire des combattants de la Deuxième Guerre mondiale.

Bien que très peu de ceux ayant lutté pour le monde libre lors de ce conflit sanglant soient toujours vivants pour en témoigner, on doit se demander, une fois les anciens combattants disparus, que reste-t-il de leurs histoires, de leurs expériences de guerre, de leurs objets, de leur vécu. Ce sont leurs descendants, enfants ou proches, qui portent en eux ce patrimoine matériel et immatériel qui constitue le véritable héritage de ces combattants.

Lors de cette journée, ce fut, entre autres, l'occasion de remettre en lumière l'histoire du marin Émile Beaudoin. Tout juste enrôlé, il fut torpillé deux fois, la seconde, en 1944, alors qu'il est à bord du Navire canadien de Sa Majesté Athabaskan, avant d'être rescapé par les Allemands qui l'avaient coulé. Il passa le reste de la guerre dans un camp de concentration, sous bonne garde nazie. Pourtant, loin de détester ses geôliers, le marin Beaudoin s'attacha à enseigner le français aux prisonniers et à s'instruire, en retour, de la culture allemande. De retour au pays, il fonda le Cercle Goethe, un groupe de discussion sur les échanges entre les cultures canadiennes et allemandes. Il est de ceux qui contribuèrent après des années de tourmente, à rapprocher les peuples et à ramener la paix après la guerre.

Le rôle des femmes, encore trop occulté aujourd'hui, fut également prétexte à des discussions animées autour de l'histoire de Germaine Perry, une Gaspésienne ayant quitté son foyer pour servir dans la marine en tant que WREN (diminutif du Women's Royal Canadian Naval Service). Devenue infirmière, puis radiologiste, elle voyagea de base en base, d'un hôpital militaire à un autre, afin d'aider les marins dans le besoin. Mais radiographier les autres, à l'époque, signifie aussi se radiographier soi-même, et donc se laisser bombarder de radiations constamment. Il fallait bien manipuler ce bras cassé sous le projecteur, ou encore maintenir en place cette jambe meurtrie. Germaine Perry décéda ainsi très malade, presque aveugle, ayant sacrifié sa santé afin d'en faire bénéficier ses prochains.

Ce sont tous ces récits du quotidien, soigneusement recueillis par l'équipe du Musée naval de Québec, que nous racontent les descendants de ces combattants. À travers leurs témoignages, nous découvrons l'être humain derrière l'uniforme : ses souvenirs de guerre, ses objets, les impacts de la guerre sur sa vie quotidienne après la fin du conflit, ses histoires familiales, ses habitudes, sa personnalité, etc.

Nous sommes tous redevables à ces combattants, qui ont lutté pour que nous puissions jouir du monde dans lequel nous vivons aujourd'hui. En prenant connaissance de ces histoires, lors de ce jour si particulier, nous nous portons également acquéreurs de ce patrimoine sensible et universel qui fait partie de notre histoire commune, et devenons, par le fait même nous aussi, les Héritiers des Guerres.

Lors du Jour du Souvenir, encore faut-il savoir « de quoi » se souvenir, et tant d'histoires et de sacrifices demeurent toujours inconnus. En prenant un instant pour prêter l'oreille aux histoires de l'exposition Héritiers des Guerres, les marins canadiens ont ainsi respecté une des plus anciennes traditions de la Marine royale canadienne : honorer les héros disparus.