La mise à niveau de la suite logicielle de conduite de guerre sous-marine protège les marins contre les sous-marins et les torpilles silencieux

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Innovation / Le 10 juin 2019

Le monde des opérations navales est en constante évolution, et de petits avantages peuvent faire pencher la balance sur le plan stratégique dans une mission. Depuis quelques années, presque tous les pays qui possèdent des sous-marins consacrent d'importantes ressources pour que les sous-marins et les torpilles fonctionnent plus discrètement.

Pour faire face à ces menaces sans cesse croissantes, la Marine royale canadienne (MRC) prend des mesures pour perfectionner les capacités de détection de ses frégates de la classe HALIFAX. « Une grande partie des ressources investies à la fin de la guerre froide étaient consacrées aux sonars passifs », a déclaré le capitaine de corvette (capc) Félix Rancourt.« Le sonar passif a pour fonction de capter le son dans l'océan et d'essayer de trouver le bruit que le sous-marin fait dans l'eau. »Lorsque les frégates de la classe HALIFAX ont été construites, elles devaient intervenir dans l'Atlantique Nord et trouver des sous-marins nucléaires soviétiques. La technologie des sonars passifs est conçue pour la détection à longue portée de cibles « bruyantes » dans de grands plans d'eau. « Les sous-marins d'aujourd'hui sont construits pour des opérations menées près du littoral, près de la côte, dans des zones de circulation intense », a ajouté le Capc Rancourt.« Même s'il ne s'agit pas nécessairement d'un changement de plate-forme, ce changement concerne le lieu où la plate-forme est exploitée et où la Marine canadienne mène ensuite ses opérations. »

Les torpilles aussi se perfectionnent. Autrefois, les torpilles trouvaient leurs cibles par des techniques assez rudimentaires. Aujourd'hui, elles sont de plus en plus complexes, notamment grâce aux améliorations apportées à leurs systèmes de propulsion qui les rendent plus difficiles à détecter.

« Par le passé, nous cherchions à écouter le moteur de la torpille en mode passif », a expliqué le Capc Rancourt.

« Mais maintenant qu'elles sont plus silencieuses, nous envisageons d'autres possibilités de détection  pour les trouver. »

Grâce à ces améliorations, les torpilles peuvent se rapprocher de leur cible avant d'être détectées, ce qui pose un grand risque pour tous les navires de surface.

« C'est si important, car les torpilles lourdes sont fatales pour les navires de surface si on les compare aux attaques par missiles », a commenté Ken Johansen, de l’équipe technique chargée de la mise à niveau de la suite logicielle de conduite de guerre sous-marine.

Il suffit d'une seule torpille lourde pour endommager sérieusement un navire ou encore le faire couler. Il est donc très important que les navires de surface soient conscients de ce qui les entoure sous l'eau.

Au nombre des améliorations visant à faire échec aux nouvelles capacités des sous-marins et torpilles ennemis, il y a l'installation d'un nouveau sonar à antenne remorqué doté du projecteur Inline et de sonars à large bande montés sur coque, ainsi que l'inclusion du Système d'interception de signaux sonar de torpille TORSIC, une technologie courante pour sous-marins, qui permet de détecter les signaux sonars d'une torpille ennemie.

L'organisme de recherche du ministère de la Défense nationale, Recherche et développement pour la défense Canada (RDDC), a effectué la majorité des travaux préparatoires liés à l'installation du nouveau réseau de capteurs à bord des navires de la classe HALIFAX pour le Projet de sonars remorqués intégrés actifs et passifs qui avait été mis au point à la fin des années 1990. Les recherches de RDDC ont porté sur la faisabilité d'inclure une source active horizontale remorquée avec le récepteur, qui correspond au concept du produit que la MRC met actuellement en œuvre.

« Vous avez votre remorque, puis vous avez un élément actif et ensuite un élément passif au bout de celle-ci. RDDC a contribué de façon importante à ce genre de technologie en participant à ce projet »,  a rappelé le Capc Rancourt.

Les sonars remorqués actifs et passifs et les sonars montés sur coque conçus au Canada offrent des capacités uniques et une efficacité inégalée dans le monde. Les deux nouveaux capteurs tirent profit de l'expertise de l'industrie canadienne dans le domaine de la guerre anti-sous-marine, laquelle a été acquise depuis des décennies grâce aux investissements de la MRC et du ministère de la Défense nationale.

« La mise à niveau de la suite logicielle de conduite de guerre sous-marine a radicalement modifié les capacités opérationnelles du navire, y compris la détection », a déclaré Mark Thibodeau, responsable du programme de mise à niveau de la suite logicielle de conduite de guerre sous-marine pour General Dynamics Mission Systems–Canada.

« Les frégates de la classe HALIFAX seront en mesure de détecter des cibles silencieuses à des portées accrues, offrant ainsi la meilleure capacité de détection possible pour protéger les navires des menaces sous-marines. C'est un vrai changement. »

Les capacités intégrées faciliteront les opérations de guerre anti-sous-marine menées en collaboration avec d'autres navires ou des ressources aéroportées, notamment les CP140 Aurora et CH148 Cyclone canadiens.

Alors, que signifie tout cela ?

Les capteurs et les sonars améliorés qui sont utilisés de concert donnent un aperçu beaucoup plus détaillé du nouveau milieu marin dans lequel le navire et son équipage mèneront leurs opérations. Ces nouveaux milieux sont considérés comme peu profonds par rapport aux milieux traditionnels. Par exemple, la profondeur moyenne des eaux du golfe Persique est d'environ 50 mètres, alors que celle de l'océan Atlantique est de plus de 3 000 mètres. Les capteurs et les sonars améliorés se prêtent mieux à la détection de différents types de contacts, chose importante dans les zones de circulation intense.

Une meilleure capacité de détection permet aux opérateurs et aux équipes de commandement d'avoir plus de temps pour prendre des décisions, si bien que les marins sont plus en sécurité.

Ces nouveaux capteurs et sonars jetteront également les bases de l'avenir. Depuis les années 1970 et 1980, on a fait d'importants progrès dans la détection des menaces par les navires grâce à de meilleurs logiciels et à des vitesses et une puissance de traitement supérieures, sans pour autant renoncer aux anciens capteurs et aux systèmes fermés.

Grâce aux nouveaux capteurs, ainsi qu’aux projets de construction de nouveaux systèmes de gestion embarqués basés sur une architecture ouverte permettant d'apporter des améliorations plus rapidement, la MRC pourra mieux s'adapter à son milieu.

« C'est une véritable réussite. Si le Canada veut renforcer ses capacités, c'est ainsi qu'il devrait le faire, à mon avis », a conclu le Capc Rancourt.