Ciblage dans l’ensemble du spectre

Galerie d'images

Innovation / Le 22 novembre 2018

La Marine royale canadienne (MRC) mène à bien le ciblage dans l’ensemble du spectre, ce qui favorisera une interopérabilité harmonieuse dans toutes les Forces armées canadiennes (FAC) ainsi qu’avec les alliés lors d’opérations futures.

En 2016, le Chef d’état-major de la défense, le général (Gén) Jonathan Vance, a demandé aux FAC d’établir un collectif du ciblage interarmées afin de procéder à un ciblage dans l’ensemble du spectre, ce qui comprend, pour la MRC, l’utilisation de capacités, qu’elles soient basées sur des munitions (l’unité des missiles et l’appui-feu naval) ou non basées sur des munitions (opérations d’influence et d’information).

L’entreprise, qui regroupe la MRC, l’Armée canadienne (AC) et l’Aviation royale canadienne (ARC), est une démarche d’état-major dirigée par le commandement et appuyée par le renseignement. Bien que le concept de ciblage ne soit pas nouveau dans la MRC, il sera dorénavant officialisé et encadré en fonction des responsabilités hiérarchiques des différentes organisations envers le cycle de ciblage – allant des approbations jusqu’aux effets d’armes.

Afin de mener des missions de ciblage en appui aux objectifs de campagne terrestre et aérienne, la MRC a élaboré les procédures d’état-major requises et intégré des outils de ciblage, tels que le système automatisé de coordination des opérations en profondeur interarmées (Joint Automated Deep Operations Coordination System, un outil de commandement et de contrôle qui aide à assurer la coordination stratégique et à obtenir une connaissance de la situation lors d’opérations, tant au niveau opérationnel que tactique), des systèmes de communication et des armes (comme la version du missile Harpoon pour attaque terrestre).

« Du point de vue de la MRC, le nouveau processus de ciblage fait en sorte que les navires peuvent faire appel au lien arrière et obtenir des ordres de ciblage approuvés par l’état-major supérieur », a déclaré le capitaine de vaisseau (Capv) John Tremblay, directeur de Guerre de l’information navale. Il insiste toutefois sur le fait que la capacité de ciblage interarmées ne doit pas empêcher le commandant d’un navire canadien de prendre les mesures appropriées pour protéger un des navires canadiens de Sa Majesté (NCSM).

Mise à l’essai des concepts de ciblage

Dès les débuts, les planificateurs ont déterminé que la meilleure façon de confirmer l’efficacité du nouveau système consistait à le tester durant un exercice de tir d’armes existant.

En conséquence, on a appliqué les nouveaux concepts de ciblage au tir de missile Harpoon équipé de son Block II durant un exercice de ciblage terrestre interarmées (Joint Land Targeting Exercise [JOLTEX]). On a mené à bonne fin trois JOLTEX au large des côtes de San Diego et en Norvège. Durant chacun des exercices, des leçons ont été retenues pour valider le nouveau processus et mettre en lumière les améliorations à apporter.

« Durant JOLTEX 18, le processus de ciblage a été pleinement exécuté, comme si la force était déployée au sein d’une coalition contre une nation hostile », a expliqué le capitaine de frégate (Capf) Victoria DeVita, commandant de la composante maritime, officier responsable des plans et du ciblage. « On estime que les trois exercices ont été couronnés de succès compte tenu des progrès réalisés, et la MRC a atteint tous ses objectifs en élaborant dans le détail une capacité de ciblage maritime. »

Le Capf DeVita a ajouté que le but stratégique de JOLTEX 18 visait à relier tous les intervenants en ciblage dans l’ensemble des FAC. L’unité de tir était le NCSM Ottawa, un navire de la côte ouest, tandis que la cible était définie au nœud de la RCN, au Centre de renseignement de ciblage interarmées situé à Ottawa, au Commandement des opérations interarmées du Canada (COIC). La mission a été planifiée par l’état-major du commandant de la composante maritime, à Halifax.

« Le COIC a travaillé en relations très étroites avec la MRC, par l’entremise des états-majors du commandant de la composante maritime et de la flotte afin de s’assurer que les systèmes d’armes existants de la MRC et les capacités de ciblage étaient bien enchâssés dans l’entreprise de ciblage global des FAC, a commenté le lieutenant-général Michael Rouleau, commandant du COIC. « JOLTEX 18, qui a remporté un vif succès, se fondait sur des activités de disponibilité menées antérieurement. Cet exercice nous a donné la chance inouïe de former plusieurs états-majors provenant de l’ensemble du spectre du ciblage dans les FAC et de peaufiner cette importante capacité. »

La tenue de missions aussi complexes exige la production d’une grande quantité de renseignements afin de soutenir une planification détaillée et une exécution éventuelle, a expliqué le Capf DeVita. « Il a fallu coordonner beaucoup d’éléments mobiles dans les différents états-majors. L’avant-dernière étape consistait à présenter les cibles au Chef d’état-major de la défense lors d’un conseil de ciblage stratégique, au cours duquel il a approuvé les cibles que le NCSM Ottawa devait prendre à partie. »

Globalement, « l’application réussie du ciblage interarmées par la MRC signifie que la Marine du Canada possède dorénavant les moyens nécessaires pour déployer pleinement les capacités de ciblage des FAC lors d’un futur conflit », a annoncé le Gén Vance. « Bravo Zulu à la MRC! »

Formation afin de mieux comprendre le processus de ciblage

Durant les étapes initiales menant vers la concrétisation d’une capacité de ciblage interarmées au sein des FAC, le Capv Tremblay a compris que les officiers d’état-major avaient besoin de formation pour mieux comprendre le processus de ciblage. Il s’agissait d’officiers dont les fonctions d’état-major consistaient à rédiger des procédures, à produire des outils de communication et à élaborer la doctrine du renseignement. Les cours offerts aux officiers du ciblage canadiens sont donnés au Centre de guerre des Forces canadiennes, à Ottawa. Les officiers d’état-major du ciblage canadiens ont également participé à des cours sur le ciblage aux États-Unis et à l’école de l’OTAN, à Oberammergau, en Allemagne.

« En élaborant cette capacité, nous continuons d’aller dans le sens de nos partenaires de l’OTAN et du Groupe des cinq (Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni et États-Unis), a commenté le ministre de la Défense Harjit Sajjan. Il s’agit d’une étape importante, qui met en lumière l’un de nos principaux piliers de la politique Protection, Sécurité, Engagement. En effet, nous nous adaptons de manière proactive aux défis émergents en tirant parti des nouvelles technologies, en privilégiant des effectifs résilients et en misant sur l’innovation, les connaissances et les nouvelles façons de faire. »

La MRC continuera d’étendre et de peaufiner cette capacité dans les prochaines années, aux côtés de l’Armée canadienne et de l’Aviation royale canadienne, selon le Capv Tremblay.

« Les prochaines étapes consisteront à comprendre le déroulement des opérations d’information dans un contexte naval, en plus d’approfondir nos procédures d’état-major et de former un cadre d’effectifs de la MRC spécialisés en ciblage à Ottawa, sur les côtes et à bord de notre flotte. »