L’héritage de commandement

FMAR(A) - Le point de vue de l'amiral / Le 5 avril 2017

Par le contre-amiral John Newton, commandant de la Force opérationnelle interarmées de l’Atlantique et des Forces maritimes de l’Atlantique

Je me suis dit que le meilleur cadeau que le commandant de la base sortant aurait pu offrir à son personnel fidèle et dévoué est une journée de neige.

Mère Nature avait prévu une journée de neige de la fin mars pendant toute la semaine, mais, malheureusement, pas au point où nous aurions vécu une détresse complète et subi un froid sibérien et des vents glacés, des pannes de courant et des dangers sur les routes.

En quelque sorte, j’en suis venu à aimer les journées de neige. Je sais qu’elles sont perturbatrices et qu’elles nuisent à la production de l’IMF Cape Scott et, ainsi, à l’état de préparation opérationnelle de la flotte.

Toutefois, pour chaque journée de neige, ou bien pour chaque congé imprévu, vous recevez trois mois de stationnement gratuit.

Je sais que c’est une blague cinglante, mais lorsque je songe au service du capitaine Sutherland, je constate que son héritage le plus mémorable peut fort bien être le fait qu’il a réussi à soustraire la base à une formule de stationnement payant en faveur d’un avantage imposable, réduisant de moitié les frais mensuels en apparence injustes imposés au personnel qui est affecté à cette base urbaine.

J’aime dire que la base d’Halifax est urbaine. J’aime à penser que nous sommes une des rares bases urbaines du Canada. Elle est donc unique de bien des façons, ce qui enrichit l’expérience qu’on y vit.

En premier lieu, je veux que vous compreniez que les soldats et les marins ont travaillé au cœur de cette ville depuis le début des temps. Ce sont les marins qui, les premiers, ont établi la garnison dans la ville, puis sont venus les soldats, mais toujours dans des casernes et des bâtiments militaires que nous appelons aujourd’hui une base.

La ville s’est développée autour de la base, et dans la course aux terrains pour l’industrie, le commerce, les réseaux de transport, les quartiers résidentiels et les installations de loisirs, la base a été un élément clé des propositions de développement des planificateurs municipaux et des résidents.

Je crois que cette grande base exerce une influence stabilisatrice sur le conflit des forces dans une ville en plein développement, et les membres du personnel militaire sont des représentants cruciaux de l’identité d’Halifax, dont tous les résidents de la ville peuvent être fiers lorsqu’ils songent à la place de leur ville dans l’ensemble du Canada.

En effet, le personnel militaire de la base a joué un rôle d’avant-plan lors de la tragédie de l’explosion qui a eu lieu à Halifax et du rétablissement qui a suivi. Il convient de signaler ce point en raison du 100e anniversaire de cet épique événement national, à une époque où la Première Guerre mondiale touchait nos côtes.

Le personnel militaire qui se trouvait à Halifax a été appelé à servir en temps de conflit et, encore une fois, à représenter les Canadiens et leurs intérêts dans la bataille de l’Atlantique qui s’est étendu jusque dans le port, en Corée lorsque nos navires ont été déployés à partir d’Halifax, dans la libération du Koweït lorsque notre flotte a été déployée en août 1990 et suite aux frappes terroristes du 11 septembre 2001.

Maintes et maintes fois, les marins, les aviateurs et les soldats ont été déployés depuis Halifax à des endroits éloignés, parfois même en appui à nos concitoyens canadiens, et même dans des périodes de grand danger et de grands besoins lors de l’ouragan Katrina - s’inspirant de l’aide que Boston a consentie à Halifax en 1917, par exemple - ou en offrant de l’aide suite à la dévastation causée par le tremblement de terre à Haïti.

Il s'agit sans contredit d’une base exceptionnelle. C’est peut-être une des plus unique et grande du pays.

Les bâtiments militaires, les propriétés, les navires et les aéronefs sont très visibles dans la ville. Ils démontrent la technologie, la richesse et la prospérité du Canada, ainsi qu’un intérêt indéniable de la part de notre gouvernement envers la protection des éléments qui font du Canada un pays exceptionnel.

Le personnel militaire porte avec fierté son uniforme dans cette ville, sans qu’aucune discrimination ou haine ne lui soit manifestée.

Le respect se mérite et se préserve, non seulement par la réalisation d’opérations à l’étranger, mais également en raisin du fait que la base est un bon voisin, un intendant de l’environnement, une force bienveillante qui effectue des actes de bienfaisance, un constructeur d’infrastructure et un employeur de main-d’œuvre locale et un client de fournisseurs de services.

La base est une force économique qui offre un fondement de prospérité dans la ville, par le biais de contrats de service, de l’emploi de civils, de la solde des militaires, de la passation de contrats par l’entremise de la chaîne d’approvisionnement, de programmes d’enseignement, d’impôts et même de construction navale en vue de la modernisation de notre flotte.

Une bonne partie de cela et des relations qui sont requises sont, directement ou indirectement, du ressort du commandant de la base. Il a la responsabilité de s’orienter vers l’extérieur afin de s’assurer que nous demeurons un bon voisin, et de favoriser à tous les égards de meilleurs résultats quant aux divers enjeux liés au port et aux questions civiques qui se présentent.

Il participe à l’activité sociale en qualité de directeur de Centraide et, par le biais de cette fonction secondaire, il s’adapte à la culture, au stress et à la réalité propres à la vie de tous les gens, particulièrement nos voisins.

Le commandant de la base a aussi pour responsabilité de répondre aux besoins de 10 000 militaires et de leurs familles en matière de santé, de moral et de mieux-être, et il est l’hôte de capacités militaires qui ne relèvent pas de son commandement, notamment des hôpitaux, des écoles de la Marine, des bases aériennes, des champs de tir et des dépôts de munitions.

Il s'agit d’une étrange relation; d’autres gens qui se trouvent à des endroits éloignés comme Ottawa contrôlent l’argent, mais le commandant de la base offre les services ou défend la politique.

Il faut bien admettre que certaines des activités militaires comme celles liées aux champs de tir pour l’entraînement, aux dépôts, aux aérodromes et aux ports ne font pas de nous un bon voisin, et le travail du commandant de la base est donc ardu. Il prend la parole pour défendre les plans ministériels et des Forces armées canadiennes, nos propositions et nos stratégies en vue de la gestion d’enjeux complexes pour lesquels il n’existe pas de solution directe et facile.

Par conséquent, il est difficile de dire adieu à quelqu’un qui a dirigé avec grâce et enthousiasme un secteur d’activité très complexe, en assurant l’intégration efficace d’une équipe qui comprend des planificateurs opérationnels, le personnel de la préparation, les équipages des navires, une unité de réparation des navires, des spécialistes des soins de santé, des écoles de la Marine et les responsables de la gestion de la chaîne d’approvisionnement.

Je remercie le capitaine Sutherland de son leadership. Je souhaitais qu’il reste plus longtemps. Je souligne la belle réalisation de la base qui a su, sous le leadership de Chris, accueillir avec succès la Conférence navale interaméricaine en juin 2016. Cet événement a énormément contribué aux efforts maritimes professionnels et de coopération en matière de sécurité maritime dans l’hémisphère occidental.

Suite aux démarches du chef d'état-major de la Défense visant à changer la culture de l’inconduite sexuelle, Chris a travaillé à la mise en place d’un espace positif, en offrant une éducation sur le respect et la tolérance. Il a recherché et rapatrié des initiatives de l’Université d’Ottawa et il a facilité notre première représentation organisée dans le défilé de la Fierté gaie.

Chris a aussi axé ses efforts personnels sur le bien-être mental et il a fait la promotion d’une foule d’initiatives afin d’adapter les ressources nombreuses et variées dont nous disposons, dans le but d’appuyer les personnes qui ont souvent des difficultés, en se servant de son histoire personnelle pour lutter contre les forces de la stigmatisation qui frappent les victimes de diverses façons.

Il est suffisamment difficile de diriger une entreprise de cette taille et, qui plus est, est diversifiée et il est encore plus difficile lorsqu’il s’agit, notamment, d’en améliorer l’efficacité, de changer les structures organisationnelles et de centraliser les diverses initiatives nationales, comme celles liées à la rémunération et aux avantages sociaux, de gérer les biens immobiliers et de s’occuper du système d’instruction de la Marine, par exemple.

Et ce n’est pas parce ça devient difficile lorsque toutes les discussions et la théorie du changement prennent fin et que les étapes progressives de la transformation commencent que le commandant peut sourciller et s’opposer, déclarer « je vous l’avais dit » et se plaindre.

Le véritable leadership commence dans des postes comme ceux du commandant de la base, du commandant de la flotte et du commandant de l’unité de réparation des navires. Ceux-ci doivent travailler en équipe afin que les problèmes d’un secteur n’entraînent pas un effet nuisible pour un autre secteur.

Le capitaine Sutherland s’est intégré de manière exceptionnelle à l’équipe des hauts dirigeants et il a collaboré efficacement à tous les instants. Il nous manquera. Ce fut un plaisir de servir avec lui, et il laisse sa marque grâce aux véritables changements apportés et à l’amélioration des conditions, des services du personnel et de la préparation de la flotte.

Je vous remercie Chris de vos efforts et de vos réussites, et de votre grande contribution à la bonne réputation des Forces armées canadiennes à Halifax.

Personne ne forme nos chefs afin qu’ils dirigent des civils et des militaires dans ce milieu complexe.

Ils apprennent comment procéder correctement en faisant preuve d’un esprit ouvert et d’une écoute active et en augmentant leur patience et leur volonté de faire des compromis.

Il faut apprendre à aller au-delà des restrictions des politiques et à adapter les approches autoritaires en faveur d’un consensus et d’une collaboration.

Le capitaine Paul Forget prendra la barre de la base comme tous ceux qui l’ont précédé et, en toute humilité, il entreprendra d’exercer les fonctions de l’une des nominations de commandement les plus enrichissantes au sein des Forces armées canadiennes.

Il se rendra compte sous peu que la base est tout aussi responsable  que toutes les autres capacités militaires de l’état de préparation opérationnelle de la flotte de la Marine royale canadienne, des hélicoptères maritimes qui décollent de Shearwater ou des soldats des nombreuses unités de la Réserve de la région.

En qualité de commandant supérieur, il saura d’emblée comment s’acquitter de son rôle quant à l’optimisation de l’état de préparation opérationnelle des Forces armées canadiennes, afin d’offrir, au pays, le meilleur soutien possible aux familles de notre personnel et de demeurer un voisin exceptionnel pour nos collègues municipaux et provinciaux, ainsi que pour la population d’Halifax qui fait preuve d’une grande gentillesse.

Paul a des antécédents importants. Il a été mon chef d'état-major pendant un an, c’est un ami, un compagnon d’équipage et un proche de nous tous, membres de la petite famille de la Marine, et il a de solides liens communautaires par le biais de la famille, des enfants et des sports.

Paul, je vous félicite et je vous remercie de vous acquitter de cette exceptionnelle responsabilité.